ASP entreprise est une association de comportementalistes, comme l’indique sa plaquette de présentation qui ne détaille d’ailleurs pas quels sont praticiens psychologues ou psychiatres en exercices. ASP propose un contrat aux entreprises: le « forfait psy ». C’est-à-dire, une convention, établie à l’avance, sur la durée, le tarif et le résultat d’une psychothérapie. Une psychothérapie calibrée selon les besoins de l’entreprise. Des psychothérapeutes à la solde du patron.

En effet, comme le révèle Marie-Joelle Gros dans Libération, après convention avec la direction d’une société, ASP entreprise propose aux salariés un carnet de 10 séances avec un psychothérapeute. Ce psychothérapeute est imposé à l’employé dans la mesure où le psy doit avoir passé un contrat avec la direction de la société, ses coordonnées sont fournies avec le carnet.

Il y avait les centres de vacances Sncf, les hôpitaux psychiatriques mutualistes de la MGEN, etc, nous avons maintenant la psy tarifée au forfait ! Un symptôme moderne du malaise dans les entreprises…

Surtout, il ne faudrait pas penser que le carnet psy engage la responsabilité de l’employeur, c’est le contraire.

Une fois terminé ses dix séances, le salarié se rendant compte que son malaise dans l’entreprise est plus important qu’il ne le croyait est prié de payer de sa poche. Bon vent ! Ce n’est plus le problème de la direction de l’entreprise, cela se dégrade  en un « problème personnel et intime » à l’employé. L’entreprise se dédouane ainsi à peu de frais de sa responsabilité dans la souffrance de ses salariés au travail.

Qui pourra alors reprocher une maltraitance hypocrite à sa direction ? N’aura-t-elle pas eu le soucis de financer le forfait-psy ? N’aura-t-elle eu des égards, certifiés et approuvés par ASP entreprise, pour le bien-être de ses salariés ? N’aura-t-elle pas fait le nécessaire pour soutenir ses salariés ?

 

Les débuts contestés du «ticket psy»

Mise en place par certaines entreprises pour lutter contre le stress au travail, l’initiative est décriée par les praticiens, Le Figaro, 26 01 2009, par Anne Jouan

Le «ticket psy» a été récemment mis en place par ASP, une société qui se présente comme «spécialisée en conseil et expertise dans le développement des conditions de qualité de vie au travail». De quoi s’agit-il ? ASP propose à une dizaine d’entreprises clientes des carnets de «tickets psy» (chaque carnet en contient entre 5 et 10). Un peu sur le modèle des tickets­-repas. Ces derniers sont délivrés aux salariés intéressés par le médecin du travail. «Il s’agit de consultations d’écoute et de conseil, explique Valentine Burzynski, directrice générale d’ASP. Notre objectif est d’offrir des espaces où le salarié peut prendre du recul par rapport à sa situation.»

Sa société revendique une petite centaine de praticiens dans toute la France. Il s’agit pour l’essentiel de psychologues, puis de psychothérapeutes, seuls quelques psychiatres seraient concernés. Ces praticiens sont entièrement rémunérés par ASP, suite à un contrat conclu entre les deux parties, le patient ne donnant au psy que le ticket.

«Un gadget qui donne bonne conscience à l’entreprise»

Du côté des psychologues, on est plutôt sceptique sur la démarche. Le syndicat national de la profession regrette notamment que la liste des praticiens ne soit pas connue. «Avec le ticket-restaurant, on peut manger presque n’importe où, estime son secrétaire général adjoint, Jacques Borgy. Or avec ce ticket-là, les patients ne peuvent pas avoir accès à tous les psychologues, car le choix se fait à partir d’une liste établie par l’entreprise.» Le syndicat déplore également le manque de clarté sur la formation de ces praticiens. La position du Syndicat des psychiatres français est « pour le moins réservée», déplorant, au nom de principes éthiques, que des psychiatres aient adhéré à une démarche comme celle-là assimilée à du «racolage». La mise en place de ce ticket relève de «la psychologisation croissante de la société, comme s’il fallait toujours avoir recours à un psy », regrette Jean-Pierre Capitain, son président, pour qui ce système de tickets s’apparente à «un gadget qui donne bonne conscience à l’entreprise».

Le Conseil de l’ordre des médecins se montre également très critique. «Nous sommes choqués, car la médecine n’est pas un commerce», martèle Pierrick Cressard, président de la section éthique et déontologie de l’Ordre. Ce dernier insiste sur le fait que les contrats signés entre les praticiens et l’ASP n’ont aucune valeur puisqu’ils n’ont pas été enregistrés auprès des conseils départementaux de l’Ordre, comme cela doit être le cas. À cela s’ajoute le fait, toujours selon l’Ordre, que ce n’est pas à une entreprise de choisir un praticien mais bien au patient puisqu’en France le choix du praticien est libre.

Cette polémique entre les différents types de praticiens de la «psy» intervient dans un contexte particulier. Le Conseil de l’ordre et les représentants des syndicats psychiatriques sont en discussion avec le ministère de la Santé pour que le titre de psychothérapeute soit défini par le Conseil d’État, car, estime le conseil, «on ne se dit pas psy comme on se dit diseuse de bonne aventure.» Aujourd’hui en France, les psychiatres ont fait une dizaine d’années d’études de médecine, les psychologues cinq ans à l’université de lettres, alors que les psychothérapeutes n’ont pas de formation spécifique sanctionnée par des diplômes d’État.

 

 

Chaud divan, sur le modèle du Ticket-Restaurant, le Ticket-Psy vient d’être lancé

 

Marie-Joelle Gros, Libération 21 01 2009

«Je peux vous payer en Ticket-psy ?» Après le Ticket-Restaurant, puis le Chèque-Vacances, voici le dernier-né des coupons destinés aux salariés : le Ticket-Psy, qui permet de s’offrir une séance de psychothérapie aux frais de son employeur.

La formule est toute récente. Mais déjà, dans différents domaines d’activités (banque, transports de fonds, informatique…), des entreprises auraient franchi le pas et souscrit un abonnement. L’idée a germé au sein d’un cabinet de prévention des risques psychosociaux, ASP Entreprises, spécialisé dans les problématiques de stress au travail. Mal-être, dépression, la souffrance psychique liée à l’activité professionnelle a cessé d’être tabou en France depuis une quinzaine d’années. Mais, «dès que l’on réfléchit à des solutions, deux visions s’opposent : repenser l’organisation du travail ou soutenir les gens», résume Valentine Burzynski, directrice générale d’ASP Entreprises. Autant sortir de cette polémique et considérer la souffrance au travail en tant que telle, quelle qu’en soit la raison».

Médecine du travail. On ne va pas chercher ses Ticket-Psy à la direction des ressources humaines comme on le fait pour les Ticket-Restaurant. Impératif de confidentialité oblige. C’est à la médecine du travail qu’il faut s’adresser. Les médecins du travail sont souvent en première ligne pour constater les symptômes et expressions d’un mal-être. Mais leur mission n’est pas de proposer un traitement au cas par cas. En outre, les salariés ne sont pas tenus d’attendre leur convocation à la médecine du travail (obligatoire tous les deux ans), mais peuvent demander un carnet de Ticket-Psy dès que le besoin se fait sentir. Les coordonnées des thérapeutes partenaires sont fournies en même temps que les coupons.

Une centaine de psychologues, psychothérapeutes et psychiatres seraient déjà entrés dans le réseau du Ticket-Psy. «Nous les avons recrutés en fonction de leur expérience et de leur connaissance du monde de l’entreprise», explique ASP. A Paris et Lyon, l’offre semble assez dense et un salarié peut se voir proposer plusieurs professionnels et faire son choix. Si le contact passe mal avec l’un, il aura la possibilité de s’adresser à un autre. Ailleurs sur le territoire, ce n’est pas toujours possible. En tout cas pour l’instant.

«Recul». Pour l’entreprise, la valeur d’un ticket est de 100 euros, un montant qui comprend le règlement de la consultation du psy et les frais annexes. Un salarié peut légitimement demander à bénéficier de deux carnets, soit dix séances de psychothérapie. «Ce volume de séances permet de prendre suffisamment de recul», estime ASP. Au bout de dix séances, si le salarié souhaite poursuivre sa psychothérapie, il devra le faire à ses frais. «Le rôle de l’employeur n’est pas de financer la thérapie du salarié, rappelle ASP. Nous préconisons un temps moyen qui permet de soulager des situations professionnelles, mais dès lors que l’on entre dans un travail plus personnel et intime, ce n’est plus la responsabilité de l’employeur.»

Ceux qui ont déjà fait une analyse ou une psychothérapie dans leur vie ne sont a priori pas concernés par ce dispositif. Le Ticket-Psy, qui se veut pratique et gratuit, offre peut-être à certains les moyens de franchir un cap. La question du coût d’une séance de psy est souvent considérée comme un frein à cette démarche. Avec la période de tensions qui s’annonce dans le monde du travail, le Ticket-Psy aura-t-il le temps de trouver son public ?

Ce service est trop neuf pour pouvoir en dresser un bilan. Les langues ne se sont pas encore déliées. On imagine mal un salarié demander à l’occasion de son recrutement si les Tickets-Psy font partie des avantages offerts par l’employeur. «Notre proposition ne laisse pas indifférent», note cependant ASP Entreprise, pour l’instant seule sur ce créneau. Au sein des entreprises, les délégués des comités d’hygiène et de sécurité (CHSCT) l’évoquent dans les négociations.

Depuis la loi de modernisation sociale de 2002, il est fait obligation à l’employeur de s’occuper de la santé physique de ses salariés, mais aussi de leur santé mentale. Il ne s’agit pas de dorloter l’intégralité de ses troupes. On considère qu’en moyenne 5 % des salariés ont besoin d’un soutien psychologique. De quoi convaincre les employeurs que la formule ne leur coûtera pas les yeux de la tête ?