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Le blog

Karl Abraham : le grand progrès dans l’orientation de la psychanalyse

La lettre de Sigmund Freud à Karl Abraham 2 du 14 janvier 1912 3 est un moment clé de l’histoire de la psychanalyse. Elle donne un bon aperçu du travail théorique d’Abraham. Abraham vient d’annoncer à Freud qu’il travaille sur Amenhotep IV. Au moment où Freud lui parle de ses « travaux sur la psychanalyse de la religion 4». Freud a terminé « l’horreur de l’inceste » qu’il fait publier dans Imago. Ce texte deviendra le premier chapitre de Totem et tabou.

Freud lui répond : « C’est un grand progrès dans l’orientation de la psychanalyse. Savez-vous que vous êtes maintenant, avec Stekel 5 et Sadger6, au nombre des « bêtes noires » de la psychanalyse contre lesquels j’ai toujours été mis en garde. C’était manifeste depuis votre Segantini, que sera-ce à fortiori après Amenhotep ? Mais vous n’en avez cure ».

« Bêtes noires » ? Façon de dire qu’il est fou de se lancer dans ce genre d’étude. Abraham passerait ainsi pour un original comme Stekel et Sadger. « Mais, vous n’en n’avez cure », nuance-t-il.

Alors, pourquoi s’en offusquer ? Freud n’est-il pas justement en train de travailler la psychanalyse de la religion ? Comment pourrait-il lui reprocher ce qu’il fait lui-même ?

Les « bêtes noires »

Je pense que cela s’explique par le contexte politique7. Abraham s’est installé à Berlin depuis 1907 après avoir quitté la Suisse, Bleuler et Jung. Il lance une sorte de tête de pont à Berlin pour la psychanalyse. Il a mis Freud en garde contre Jung, dont il doute de la fidélité. Mais, Freud ne se rend pas aux arguments d’Abraham. Freud cherche des alliances et des partisans. Il ne veut pas qu’Abraham pousse Jung « du côté opposé » par une maladresse ou sa « clarté tranchante 8». Si Abraham se comporte de façon scandaleuse à l’égard de Jung, ce sera le cas.

Mais, le milieu des psychiatres a tendance à rejeter la psychanalyse.

Par exemple, Abraham évoque sa participation à la Société berlinoise de psychiatrie et maladies nerveuses fin 19089. Il est « seul face à l’assemblée et à défendre prudemment les « concordances » entre les points de vue d’Oppenheim et ceux de Freud sur les enfants névrosés ». Abraham avance avec prudence. Il s’abstient d’évoquer le rôle de l’homosexualité. Malgré ces précautions, Freud fait « l’effet d’un chiffon rouge », Ziehen déclare que Freud « n’est qu’absurdités ». Abraham est attaqué publiquement pour ses « affirmations irréfléchies ». Quand il prend l’exemple de Conrad Ferdinand Meyer pour illustrer « l’amour de la mère », le Dr Braatz lui reproche de s’en prendre aux « idéaux allemands » ! La relation à la mère est un point sensible !

La source des sublimations

En 1912, Abraham a déjà publié son important travail sur Segantini.

Les deux études sur Segantini et Amenhotep ont des points communs. Elles portent sur la question de la fidélité masculine. Pourquoi Segantini et Amenhotep restent-t-il monogames ?

Dans ces deux travaux, Abraham conclut à l’importance de la mère dans la psychopathologie de ces hommes.

Avec Segantini, c’est évident : il s’agit d’un « travail derrière lequel se trouvent quelques complexes personnels 10 » pour Abraham. Abraham est lui-même travaillé par les questions qu’il soulève.

L’article sur Segantini est très original. Il est susceptible de faire de la psychanalyse une science « absurde ». Pour Freud, ce risque est « manifeste ». Mais ce n’est pas tant l’originalité du travail d’Abraham qui pose problème. Ce sont ses thèses sur la sublimation.

Commentant les réactions du public au congrès des psychiatres de 1908, Freud l’a déjà pointé : « Les gens ressentent le malaise qui émane de l’analyse de la source des sublimations, et nous le font payer 11».

A propos de Segantini, Abraham explique qu’il a échoué dans la sublimation de son amour pour la mère. Peintre suisse, Segantini a perdu sa mère à l’âge de cinq ans. Abandonné par son père, il tente d’idéaliser les mères dans sa peinture. Malheureusement, l’un de ses tableaux est second à une exposition importante. De là, Segantini décompense. Il devient quérulent et hallucine « une voix qu’il reconnut comme celle de sa mère »12.

Autant dire qu’Abraham a entrevu l’importance de la question de la sublimation. Pour Abraham, la base de cette sublimation, c’est la perte de la mère13. Ce qui est important pour la mélancolie. Un sujet que Abraham va particulièrement développer dans ses études ultérieures.

L’observation de Segantini est d’autant plus remarquable qu’Abraham ne dispose alors pas d’un certain nombre de concepts freudiens importants. Pour Freud, la distinction entre idéal du moi et moi idéal est postérieure. De même que la question de la répétition. Dans son appendice à l’article sur Segantini14, Abraham corrigera légèrement le tir. Mais pour l’essentiel, Abraham maintient son point de vue sur la perte de la mère tout en intégrant la notion de répétition freudienne15.

Ce que cela implique pour l’avenir

Je pense que c’est peut-être cette découverte sur la place de la mère, entre autre, qui a attiré les analystes femmes en formation chez lui. Parmi elles : Mélanie Klein, Hélène Deutsch, Karen Horney et Sabina Spielrein. Horney a déjà commencé son analyse avec Abraham vers 1910. A ce que je sais, Spielrein (vers 1913) et Klein (vers 1922), ont commencé leur analyse avec Abraham après 1912. Les « mères de la psychanalyse », comme les a appelé Janet Sayers16. Ce sont elles qui ouvriront la voie pour l’analyse des enfants. Qu’en est-il du travail sur Amenhotep ?

Amenhotep IV

La première visite d’Abraham à Freud a lieu le 15 décembre 190717 à Vienne. A son départ pour Berlin, Freud lui donne deux statues égyptiennes. Le 11 janvier 1912, dans la lettre qui précède la réponse de Freud, Abraham lui annonce l’existence de son travail sur Amenhotep. Abraham fait allusion au « premier enseignement d’égyptologie dont il a bénéficié 18» à Vienne en décembre 1907. Freud et Abraham ont-ils abordé le cas d’Amenhotep ? S’agissait-il d’une première tranche d’analyse pour Abraham ?

Pour Abraham, Amenhotep est un idéaliste « spirituel 19». Contrairement à son père et son grand-père, Amenhotep n’est pas un guerrier viril et conquérant. Il ne se montre intéressé que par les questions religieuses et fonde le premier monothéisme de l’histoire. Cette « spiritualité » est selon Abraham le signe du grand attachement d’Amenhotep pour sa mère.

La famille de sa mère vénère le Dieu Aton, d’une part. D’autre part, Amenhotep rejette radicalement la croyance de son père pour le Dieu Amon. Amenhotep ira jusqu’à détruire les monuments construits par son père à l’effigie d’Amon. Donc, Amenhotep efface Amon au profit d’Aton. Ce qui constitue la base de la sublimation de son amour pour sa mère.

Il se trouve que Freud utilisera largement la référence à Amenhotep dans L’homme Moïse et la religion monothéiste (publié en 1939).

Mais, Freud ne cite jamais Abraham !

Amenhotep est une partie importante de la démonstration. Freud suppose un lien spirituel entre Amenhotep et Moïse. L’un des fidèles d’Amenhotep serait l’ancêtre de Moïse. Freud explique que Moise est issu de « la même école » qu’Amenhotep et « utilise la même méthode 20». C’est-à-dire, la promotion d’un Dieu unique et monogame. Ainsi que le rejet du Dieu précédent. Il y aurait donc un lien de l’ordre de la transmission d’un savoir.

Quelle est cette transmission ? Amenhotep efface les traces du culte du Dieu de son père. A la place, il met le sien. Pour Moïse, Freud fait le même constat d’un effacement et d’un rejet. Au final, Freud a pris21 l’idée du monothéisme à Abraham en écartant la question de la sublimation de la perte de la mère. Du coup, le mécanisme en question se réfère au père.

L’objet de la transmission ne serait-il pas le signe de cet effacement ? La transmission, un Nom du Père ? Ou un destin de la sublimation ?

________________

1 – Intervention au séminaire de Franz Kaltenbeck, Le devenir du psychanalyste, Aleph, le 17 janvier 2007

2Karl Abraham est né à Brême le 03 05 1877, il décède prématurément le 25 12 1925

3Ibid., lettre 121F page 191

4 – Sigmund Freud, Karl Abraham, Correspondance complète, 1907-1925, Paris, PUF, 2006, p. 189

5 Stekel : quatrième membre fondateur de la société psychologique du mercredi, fervent, un peu sectaire, exalté et extravagant. Dès 1908, il est très attaqué par Tausk qui le suspecte d’inventer des cas. « Cochon absolu » pour son indécence selon Freud. Freud lui fait quitter la revue en juillet 1910 au moment de sa création, le Zentralblatt für Psychoanalyse. Le 6 novembre 1912, il démissionne en accusant Freud de lui avoir volé ses idées sans le citer. C’est le deuxième « dissident » après Adler. Roudinesco E., Plon M., Dictionnaire de la psychanalyse, Fayard, Paris, 1997

6 – Sadger : il adhère à la Société psychologique du mercredi en 1906. « Fanatique »  de la sexualité selon Freud, il attaquait ceux qui ne pensaient pas comme lui. Il reste dans le cercle de Freud. Il est déporté et exterminé par les nazis en 1942. Roudinesco E., Plon M., Dictionnaire de la psychanalyse, Fayard, Paris, 1997

7 – mais aussi peut-être, deux autres occurrence du « noir » dans la correspondance. « Le blanchissage des nègres », Ibid., p. 79 36A, au sujet des patients qui ne changeront pas malgré le traitement. Au sujet de Moll, fondateur de la sexologie et d’une revue, que Freud taxe de « malhonnêteté » (Ibid., lettre 53F du 12 11 1908 p. 103) : « hic niger est, hunc tu Romane caveto » (celui-ci est une âme noire, à celui-ci, Romain, prends garde. Horace dans Satires), Ibid., 65F, p. 123. Freud explique à Abraham que Moll veut les combattre. Freud est froissé que Moll ne l’ai pas cité dans sa revue par « perfidie ». Pour Freud, Moll mérite une « plainte pour diffamation ».

8 Ibid., lettre 44F du 23 07 1908

9 – Ibid., lettre 52A du 10 11 1908, p. 101

10 Ibid., lettre 101A du 11 02 1911. Déjà, Abraham estsurprisquandtrèsvite, Freud luiaffirmeque son épouseest « cellequ’illuifaut », Ibid., 14F du 01 01 1908, p. 45

11 – Ibid., lettre 114F du 30 08 1911

12 – Abraham K., « Giovanni Segantini. Essai psychanalytique », Œuvres complètes, tome I, 1907-1914, Science de l’homme Payot, Paris, Payot, 2000, p. 205

13 – Abraham K., « Giovanni Segantini. Essai psychanalytique », Œuvres complètes, tome I, 1907-1914, Science de l’homme Payot, Paris, Payot, 2000 : « Les états mélancoliques succèdent très régulièrement à un évènement auquel la constitution psychique du sujet ne peut faire face : une perte qui a ébranlé les assises même de sa vie psychique », p. 208 et « C’est toujours la mère qui lui fait connaître, à cette période précoce de la vie, une telle déception », p. 209

14 – ajoutée en juin 1924, p. 208 à 211

15Abraham K., “Giovanni Segantini. Essai psychanalytique », Œuvres complètes, tome I, 1907-1914, trad. I. Barande, Paris, Payot sciences de l’homme, 1965, p. 209

16 – Sayers, Les mères de la psychanalyse, Paris, PUF, 1991

17Ibid., lettre 13A p. 44

18Ibid., lettre 120A p. 190

19Abraham K., “Amenhotep IV (Echnaton). Contribution psychanalytique à l’étude de sa personnalité et du culte monothéiste d’Aton », Œuvres complètes, tome I, 1907-1914, trad. I. Barande, Paris, Payot sciences de l’homme, 1965, p. 244. Amenhotep était un peu « efféminé ». Il est connu pour avoir créé un style très particulier, une certaine façon de peindre les portraits par le profil. Un style que les égyptologues savent reconnaître du premier coup d’œil.

20 – Freud S., L’homme Moïse et la religion monothéiste, NRF Gallimard, 1986, p. 120

21 – Freud le reconnaît pour la démence précoce, il a largement « plagié » Abraham : « Je me suis aperçu que vous aviez déjà dit la même chose avec beaucoup de netteté. Il va de soi que, dans ce travail, je suis obligé de vous plagier très abondamment », lettre du 18 décembre 1910, Ibid, p. 165

Le cerveau n’a pas d’esprit

Dans le contexte polémique de la « santé mentale », il très utile de lire l’article de Alain Erhenberg[1].

Alain Erhenberg[2] est sociologue. Dans cet article, Alain Erhenberg étudie les neurosciences. Il examine à quelle tendance de la philosophie des sciences et de l’histoire correspondent-elle. Erhenberg évite d’aborder le comportementalisme en tant que tel, ce faisant, il montre que les neurosciences s’en passent fort bien.

Erhenberg parvient à expliquer le succès des neurosciences : ce mouvement est issu de la conjonction d’une forte demande sociale (en finir avec la stigmatisation par la maladie et la mise en cause de la famille des patients) et de la promesse de soulager la souffrance par la connaissance du cerveau. Erhenberg considère que les neurosciences font l’impasse sur le social. Read more »

Ali Magoudi à la lettre

La lecture du dernier livre de Ali Magoudi[1] nous est très profitable. C’est un texte sur ce qu’est un psychanalyse. Magoudi a décidé de le rédiger après la lecture de celui de Gérard Haddad qui est un témoignage sur sa cure avec Lacan[2]. Magoudi est de père arabe : celui-ci s’est retrouvé en Pologne en 1942, puis il s’est marié en 1947. Le père de Magoudi voulait laisser une trace de son existence. Il avait chargé son fils de rédiger sa biographie. Ce que Magoudi n’a jamais fait. Par contre, Magoudi a rédigé plusieurs ouvrages dont le célèbre Oreste Saint Drôme[3] sur la difficulté de choisir son analyste. Magoudi rompt son anonymat, la co-auteure restant toujours inconnue du grand public.

Sa mère est polonaise et l’a élevé dans la langue polonaise. Magoudi était d’abord chirurgien ORL avant, dans un grand passage à l’acte, de changer de voie pour choisir la psychiatrie et commencer une analyse. Le déclic est venu quand il s’est dit qu’il ne voulait plus se transformer en Singer[4]. Il avait passé son enfance à côtoyer l’atelier de couture où travaillaient sa mère et d’autres femmes aimantes.

Un matin, dans sa voiture et se rendant à son travail, il se dit intérieurement « demain, la mer ». C’est une injonction intime déconnectée de son contexte que Magoudi réfère à sa mère. Cette injonction est banale dans ce qui la provoque. La mère comme cause du désir d’un jeune homme, cela parait trop simple. Pourtant, elle est une surprise totale pour Magoudi. Il se croyait à l’abri de son inconscient et découvre que celui-ci ne manque pas une occasion pour se manifester. C’est ce que l’on comprend en lisant ce livre. La révélation scandaleuse de l’inconscient, même pour quelqu’un qui est déjà nourri abondement de lectures en psychiatrie et en psychanalyse.

L’auteur se donne comme objectif de dire simplement ce qu’est l’analyse sans recours à une terminologie lacanisante abusive. N’oublions pas que Magoudi est aussi l’auteur d’un dictionnaire de 55 concepts lacaniens[5]. Il aurait pu tomber dans une vulgarisation trompeuse, mais l’exercice est réussi car son style est direct. En quatre ou cinq points, Magoudi nous fait saisir les déterminants de ses grands choix dans la vie, les diverses répétitions de son histoire et la façon dont elles furent installées.

Magoudi arrive à nous faire comprendre à quel point la lecture ne parvient pas à remplacer l’analyse comme expérience personnelle. Que les concepts ne sont qu’une façon de parler à peu de frais de son désir, mais qu’en eux-mêmes, ils ne permettent pas d’y accéder.

Magoudi explique aussi très bien à quel point le choix de son analyste était lié au langage. Avant même de rencontrer son analyste, Magoudi ne pouvait choisir que celui-là et pas un autre. Magoudi est allé voir Pierre Legendre. La partie signifiante « gendre » recouvrait la signification de son propre prénom, Ali, le gendre de Mahomet. Magoudi allait donc à la rencontre d’un semblable en prenant rendez-vous avec Legendre.

Magoudi nous montre aussi l’incroyable répétition de la « lettre de l’inconscient »[6] dans son parcours. C’est le plus impressionnant de son livre. Il s’agit d’une notion de Jacques Lacan pour désigner l’instance de la lettre dans l’inconscient. La « lettre de l’inconscient » est une lettre qui survient à de nombreuses occasion, ce que Freud a montré dans l’histoire de l’homme au loup[7] pour qui beaucoup de symptômes étaient battis sur la lettre V, M ou W : la peur déclenché par le battement des ailes d’un papillon, le désir déclenché par la position agenouillée les jambes écartées d’une femme, la déprime à cinq heures de l’après-midi, les cinq loups du cauchemar (Wolf)…

Dans le cas de Magoudi, cela s’est vu dans le fait de choisir le « r » de son métier d’ORL. Mais, aussi dans sa signature. Le père de Magoudi était né « Magouri ». Lors de son inscription à l’état civil français, le « r » a été remplacé par le « d ». Mais, le père de Magoudi n’a jamais accepté cette nouvelle lettre : il signait « Magou i ». Sans s’en rendre compte, Magoudi a lui aussi longtemps signé « Magou i», refusant de choisir entre le « d » et le « r » par un effacement du « r ». A la différence de l’homme au loup, Magoudi efface une consomme, reprennant en cela le refus de son père à son compte. Jusqu’à son anorexie déclenchée à un an lors de la mort dès la naissance de son petit frère. Anorexie dont il garde « un plaisir ineffable à rester sans manger ». Magoudi l’épingle comme une anorexie « Ali-ment-r »[8]. La lettre « r » effacée par son père fait retour pour Magoudi sous la forme de la jouissance de ne rien manger.

Ce livre est très vite lu car il est clair. Sur ce point, Magoudi a réussi la mission qu’il s’est donné. Mais, il reste très pudique sur de nombreux points personnels : le choix de son partenaire en particulier. La simplicité de son ouvrage est trompeuse. C’est pourtant bel et bien le résultat de son analyse. Il dit clairement ce qu’il a mis des années à clarifier.

Espérons que Magoudi nous livre encore d’autres productions aussi captivantes et didactiques.

E. Fleury


[1] – Magoudi A., Le monde d’Ali, comment faire une psychanalyse quand on est polonais, chirurgien, arabe, élevé dans le sentier, Albin Michel, Paris, 2004 [2] – Haddad G., Le jour où Lacan m’a adopté, Grasset, Paris, 2002

[3] – Oreste Saint Drôme, Comment choisir son psychanalyste (1987), Le Seuil, Paris, 2001

[4] – p. 27

[5] – Oreste Saint Drôme, Dictionnaire de 55 termes visités par Jacques Lacan, Le Seuil, Paris, 1994

[6] – p. 136

[7] – Freud S., Cinq psychanalyses, PUF, Paris, 1954, p. 326-420

[8] – p. 150

L'idéal divergent

L’idéal est source de plus-value

Ce qui me frappe souvent dans la vie des entreprises, c’est sa dimension idéale[2]. Nous assistons à une présentation très enviable des sociétés par elles-mêmes. On apprend qu’elles privilégient la qualité, la compétitivité ou le rendement. C’est-à-dire qu’elles demandent le mieux de ce que peuvent leur donner leurs membres[3]. Nous avons ainsi très vite l’idée que ce que l’on appèle « pousser » les employés, c’est leur fixer un idéal, un objectif à atteindre, ce qui permettrait de tirer un bénéfice profitable à la société.

C’est aussi ce que l’on se dit quand on assiste au spectacle de la remise des prix pour les cadres commerciaux. Celui du meilleur vendeur qui pourra partir une semaine à Marrakech. Je pense alors que la carotte du voyage voile la finalité de la cérémonie. Le patron prescrit une cible que tous les commerciaux sont censés viser dans un effort commun.

De la grande école au top 15 des entreprises

Le principe de placer un idéal privilégié à atteindre est une des techniques de l’éducation nationale. Plus un établissement est prestigieux, plus il est censé assurer une compétence à l’élève. Il semblerait que cet élément idéal soit très présent dans les domaines du commerce et de la gestion. De même qu’au niveau du recrutement, les cabinets semblent toujours en quête de la meilleure « tête ». Mais l’idéal est-il toujours utile aux entreprises ?

L’idéal en psychanalyse

La psychanalyse distingue une instance de la conscience qui juge et une instance qui supporte l’idéal du moi. Il ne faut pas confondre l’idéal du moi avec le moi idéal. Le moi idéal est la façon dont le sujet se présente aux autres. L’idéal du moi est le point auquel le sujet réfère ses actes. C’est cette confusion qui amène Nicole Auber et Vincent de Gaulejac à penser que l’idéal peut se façonner et se modifier. Si bien que sur la base de cette confusion, la poursuite d’un idéal qui serait au-delà du sujet est rabattue sur une quête « narcissique » où le sujet se prend pour cible.

Lacan[4] utilise l’exemple suivant. Le jeune bourgeois qui roule en Austin dans les rues de Paris affiche son moi idéal. Il affiche ce qu’il croit être, un jeune homme élégant et aisé. Dans son automobile, il peut avoir une tendance fâcheuse aux excès de vitesse. Si on lui demande pourquoi, il répondra que « c’est pour faire chier, père ». Ce père en question, sous les yeux duquel se déroule ces excès de vitesse, est l’idéal du moi. Par ailleurs, le surmoi est la source de la culpabilité, de l’autopunition et des reproches. Il est féroce et tyrannique. Les auteurs divergent pour préciser les rapports existants entre le surmoi et l’idéal du moi. Tantôt, le surmoi est une catégorie qui englobe l’idéal du moi, tantôt, il en est séparé.

Un facteur de cohésion sociale

L’idéalisation va bien plus loin que tout cela. Si je reprends l’exemple des prix décernés aux meilleurs commerciaux d’une société, la cérémonie de remise de ces prix ne manque pas d’impressionner. Pourquoi ces immenses assemblées enthousiastes au bonheur de celui qui reçoit son voyage ? Voyez ce public uni autour de leur projet ! Car l’idéal a aussi cette fonction d’unifier les masses ce que Freud avait remarqué. Il est alors assez tentant de penser que l’idéal serait un facteur de cohésion de l’entreprise et que par conséquent il va contre les ruptures entre l’employé et sa société. Il est vrai que les ouvriers peuvent en arriver à faire état de leur nostalgie pour un travail passé pourtant pénible.

Je reçois une patiente qui est facilement persécutée. Elle pense que dès qu’un homme lui parle, c’est pour lui faire des avances. Y compris au travail. Évidemment, cela soulève le problème de son départ car c’est insupportable. Malheureusement, Patricia a aussi l’idée que ce pour quoi elle est faite, ce vers quoi elle doit tendre est une sorte de discipline professionnelle très spécialisée. Or, il existe très peu d’entreprises à employer des experts dans ce domaine. Si bien que cela fait déjà deux ans qu’elle sait et dit qu’elle veut partir de son entreprise mais qu’elle ne le fait pas pour ne pas perdre sa spécialisation. Dans ce cas, l’idéal de Patricia l’emporte sur sa persécution. Son idéal l’enchaîne à sa société au lieu de l’aider à rompre.

Un idéal divergent

Il arrive très souvent que l’idéal du moi soit supporté par une figure différente du cadre ou de patron d’entreprise. On aura alors tendance à penser que le patron manque de charisme. Ce qui n’est pas forcément le cas. C’est une erreur car rien n’oblige l’idéal du moi à se porter là où l’on veut qu’il aille. L’enthousiasme pour son patron ne se décrète pas.

Je reçois Olivier en consultation après qu’il a démissionné d’un poste à très haute responsabilité qui le plaçait à la tête de plusieurs filiales de son groupe. Il avait un souci particulier. À chaque fois qu’il croisait une femme, il lui faisait un clin d’œil. Puis, il avait le besoin irrépressible d’en faire le rapport à son épouse : « chérie, je crois que je plais à ma secrétaire » ou alors: “ je crois que j’ai une touche avec la stagiaire ». Bien évidemment, son épouse s’énerve et menace de divorcer. Sur le plan de l’amour, Olivier reste très « nostalgique » d’un amour d’enfance. Son désir ne se porte plus vers son épouse mais vers les femmes dont il lui parle.

Le manège des clins d’œils a considérablement contribué à l’effondrement professionnel d’Olivier au point qu’il lui aura fallu deux ans pour reprendre son activité. Devoir faire quelque chose sous le regard d’un autre est très problématique pour l’entreprise. Cela vient directement contredire le principe de la rentabilité de l’individu dans l’entreprise. En quelques sortes, les clins d’œils d’Olivier sont venus parasiter son travail.

Olivier agit sous le regard de son épouse. Il est absolument nécessaire que quelqu’un le sache et c’est son épouse qui remplit ce rôle. Elle est en position d’idéal du moi. Son PDG n’étant pas le référent principal, quand Olivier s’effondrera, il n’aura aucun mal à rompre avec sa société. Ce n’est pas l’idéal du moi, ni Olivier lui-même qui a provoqué la rupture. C’est la localisation de l’idéal du moi qui l’a autorisé. L’idéal du moi est situé à un point distinct des enjeux de sa société. L’idéal du moi ne se loge pas dans les instances hiérarchiques de la société. Il en diverge et il est même fort à parier que ce soit le cas le plus fréquent. Il apparaît donc que l’idéal du moi ne se met pas si facilement en place.

Un idéal anti-social

Il n’est pas certain que l’idéal du moi soit un facteur de cohésion de masse. En effet, un idéal du moi n’autorise pas forcément le sujet à partager avec l’autre. Je reçois un monsieur qui occupe un poste de gestionnaire d’une équipe de 20 ans. C’est un célibataire vieillissant, fil unique, dont la principale nécessité vitale est de soigner sa mère et sa tante avec lesquelles il vit. Il se trouva qu’il s’il soigne ses parentes avec la même attention que son travail. Le point d’idéal du moi est lié à un oncle maternel. Mais il y a une condition à ce que sa mission soit correctement remplie. Il doit la réaliser strictement seul. Si bien que quand il a dû, à contre-cœur et après bien des années, demander de l’aide à une infirmière à domicile pour le diabète de sa tante, Jacques s’est retrouvé en faute. Il a alors gravement déprimé. Dans son travail, c’est le même problème, Jacques doit rester le seul à diriger l’équipe, il ne peut donc pas partager, il s’avère incapable d’embaucher un adjoint qui pourrait pourtant faciliter les choses. L’idéal du moi de Jacques le pousse à l’anti-social, il le mène à refuser l’agrégation et le lien social. Il est facteur d’isolement. Ce n’est pas son idéal qui chute ou disparaît quand il décompense. C’est le sujet lui-même qui se retrouve en faute par rapport à cette instance de l’idéal du moi.

L’idéal du moi ne facilite pas la rupture quand elle est nécessaire. Il peut menacer le bon déroulement d’une activité et contribuer à l’isolement du sujet. Enfin, il est probable qu’un idéal du moi ne peut pas s’installer si facilement ou sur commande car les sujets ont parfois recours à un idéal divergent. Une stratégie de management qui aurait tendance développer un idéal s’exposerait donc à des risques majeurs. Ce qui ne veut pas dire non plus qu’il faut lutter contre un idéal. Il y a de fortes probabilités pour que ce soit cet idéal qui l’emporte. L’idéal du moi est aussi ce qui peut soutenir un sujet dans ses projets.


[1] 17 place Leclerc, Lille, 59800, tél : 03 20 92 58 42

[2]– Intervention aux journées nationales d’études de l’EDHEC et de l’IAE, « Transformations et ruptures » à Lille, le vendredi 7 juin 2002

[3]– Auber N., De Gaulejac V., Le coût de l’excellence, Paris, Seuil, 1991. « Volonté d’excellence, recherche de qualité totale, poursuite du « zéro défaut », mise en place de cercles de qualité, élaboration de projets d’entreprise ou de chartres « performance » allant peu à peu imprégner toutes les pratiques de management… du « zéro défaut » à « zéro répit », la course à la performance devient une obsession, et la logique managériale, issue du secteur privé, finit par s’imposer partout », p. 12.

[4]– Lacan J., Le transfert, Le séminaire, livre VIII, Paris, Seuil, 1991, p. 398 et 399.

L’idéal divergent

L’idéal est source de plus-value

Ce qui me frappe souvent dans la vie des entreprises, c’est sa dimension idéale[2]. Nous assistons à une présentation très enviable des sociétés par elles-mêmes. On apprend qu’elles privilégient la qualité, la compétitivité ou le rendement. C’est-à-dire qu’elles demandent le mieux de ce que peuvent leur donner leurs membres[3]. Nous avons ainsi très vite l’idée que ce que l’on appèle « pousser » les employés, c’est leur fixer un idéal, un objectif à atteindre, ce qui permettrait de tirer un bénéfice profitable à la société.

C’est aussi ce que l’on se dit quand on assiste au spectacle de la remise des prix pour les cadres commerciaux. Celui du meilleur vendeur qui pourra partir une semaine à Marrakech. Je pense alors que la carotte du voyage voile la finalité de la cérémonie. Le patron prescrit une cible que tous les commerciaux sont censés viser dans un effort commun.

De la grande école au top 15 des entreprises

Le principe de placer un idéal privilégié à atteindre est une des techniques de l’éducation nationale. Plus un établissement est prestigieux, plus il est censé assurer une compétence à l’élève. Il semblerait que cet élément idéal soit très présent dans les domaines du commerce et de la gestion. De même qu’au niveau du recrutement, les cabinets semblent toujours en quête de la meilleure « tête ». Mais l’idéal est-il toujours utile aux entreprises ?

L’idéal en psychanalyse

La psychanalyse distingue une instance de la conscience qui juge et une instance qui supporte l’idéal du moi. Il ne faut pas confondre l’idéal du moi avec le moi idéal. Le moi idéal est la façon dont le sujet se présente aux autres. L’idéal du moi est le point auquel le sujet réfère ses actes. C’est cette confusion qui amène Nicole Auber et Vincent de Gaulejac à penser que l’idéal peut se façonner et se modifier. Si bien que sur la base de cette confusion, la poursuite d’un idéal qui serait au-delà du sujet est rabattue sur une quête « narcissique » où le sujet se prend pour cible.

Lacan[4] utilise l’exemple suivant. Le jeune bourgeois qui roule en Austin dans les rues de Paris affiche son moi idéal. Il affiche ce qu’il croit être, un jeune homme élégant et aisé. Dans son automobile, il peut avoir une tendance fâcheuse aux excès de vitesse. Si on lui demande pourquoi, il répondra que « c’est pour faire chier, père ». Ce père en question, sous les yeux duquel se déroule ces excès de vitesse, est l’idéal du moi. Par ailleurs, le surmoi est la source de la culpabilité, de l’autopunition et des reproches. Il est féroce et tyrannique. Les auteurs divergent pour préciser les rapports existants entre le surmoi et l’idéal du moi. Tantôt, le surmoi est une catégorie qui englobe l’idéal du moi, tantôt, il en est séparé.

Un facteur de cohésion sociale

L’idéalisation va bien plus loin que tout cela. Si je reprends l’exemple des prix décernés aux meilleurs commerciaux d’une société, la cérémonie de remise de ces prix ne manque pas d’impressionner. Pourquoi ces immenses assemblées enthousiastes au bonheur de celui qui reçoit son voyage ? Voyez ce public uni autour de leur projet ! Car l’idéal a aussi cette fonction d’unifier les masses ce que Freud avait remarqué. Il est alors assez tentant de penser que l’idéal serait un facteur de cohésion de l’entreprise et que par conséquent il va contre les ruptures entre l’employé et sa société. Il est vrai que les ouvriers peuvent en arriver à faire état de leur nostalgie pour un travail passé pourtant pénible.

Je reçois une patiente qui est facilement persécutée. Elle pense que dès qu’un homme lui parle, c’est pour lui faire des avances. Y compris au travail. Évidemment, cela soulève le problème de son départ car c’est insupportable. Malheureusement, Patricia a aussi l’idée que ce pour quoi elle est faite, ce vers quoi elle doit tendre est une sorte de discipline professionnelle très spécialisée. Or, il existe très peu d’entreprises à employer des experts dans ce domaine. Si bien que cela fait déjà deux ans qu’elle sait et dit qu’elle veut partir de son entreprise mais qu’elle ne le fait pas pour ne pas perdre sa spécialisation. Dans ce cas, l’idéal de Patricia l’emporte sur sa persécution. Son idéal l’enchaîne à sa société au lieu de l’aider à rompre.

Un idéal divergent

Il arrive très souvent que l’idéal du moi soit supporté par une figure différente du cadre ou de patron d’entreprise. On aura alors tendance à penser que le patron manque de charisme. Ce qui n’est pas forcément le cas. C’est une erreur car rien n’oblige l’idéal du moi à se porter là où l’on veut qu’il aille. L’enthousiasme pour son patron ne se décrète pas.

Je reçois Olivier en consultation après qu’il a démissionné d’un poste à très haute responsabilité qui le plaçait à la tête de plusieurs filiales de son groupe. Il avait un souci particulier. À chaque fois qu’il croisait une femme, il lui faisait un clin d’œil. Puis, il avait le besoin irrépressible d’en faire le rapport à son épouse : « chérie, je crois que je plais à ma secrétaire » ou alors: “ je crois que j’ai une touche avec la stagiaire ». Bien évidemment, son épouse s’énerve et menace de divorcer. Sur le plan de l’amour, Olivier reste très « nostalgique » d’un amour d’enfance. Son désir ne se porte plus vers son épouse mais vers les femmes dont il lui parle.

Le manège des clins d’œils a considérablement contribué à l’effondrement professionnel d’Olivier au point qu’il lui aura fallu deux ans pour reprendre son activité. Devoir faire quelque chose sous le regard d’un autre est très problématique pour l’entreprise. Cela vient directement contredire le principe de la rentabilité de l’individu dans l’entreprise. En quelques sortes, les clins d’œils d’Olivier sont venus parasiter son travail.

Olivier agit sous le regard de son épouse. Il est absolument nécessaire que quelqu’un le sache et c’est son épouse qui remplit ce rôle. Elle est en position d’idéal du moi. Son PDG n’étant pas le référent principal, quand Olivier s’effondrera, il n’aura aucun mal à rompre avec sa société. Ce n’est pas l’idéal du moi, ni Olivier lui-même qui a provoqué la rupture. C’est la localisation de l’idéal du moi qui l’a autorisé. L’idéal du moi est situé à un point distinct des enjeux de sa société. L’idéal du moi ne se loge pas dans les instances hiérarchiques de la société. Il en diverge et il est même fort à parier que ce soit le cas le plus fréquent. Il apparaît donc que l’idéal du moi ne se met pas si facilement en place.

Un idéal anti-social

Il n’est pas certain que l’idéal du moi soit un facteur de cohésion de masse. En effet, un idéal du moi n’autorise pas forcément le sujet à partager avec l’autre. Je reçois un monsieur qui occupe un poste de gestionnaire d’une équipe de 20 ans. C’est un célibataire vieillissant, fil unique, dont la principale nécessité vitale est de soigner sa mère et sa tante avec lesquelles il vit. Il se trouva qu’il s’il soigne ses parentes avec la même attention que son travail. Le point d’idéal du moi est lié à un oncle maternel. Mais il y a une condition à ce que sa mission soit correctement remplie. Il doit la réaliser strictement seul. Si bien que quand il a dû, à contre-cœur et après bien des années, demander de l’aide à une infirmière à domicile pour le diabète de sa tante, Jacques s’est retrouvé en faute. Il a alors gravement déprimé. Dans son travail, c’est le même problème, Jacques doit rester le seul à diriger l’équipe, il ne peut donc pas partager, il s’avère incapable d’embaucher un adjoint qui pourrait pourtant faciliter les choses. L’idéal du moi de Jacques le pousse à l’anti-social, il le mène à refuser l’agrégation et le lien social. Il est facteur d’isolement. Ce n’est pas son idéal qui chute ou disparaît quand il décompense. C’est le sujet lui-même qui se retrouve en faute par rapport à cette instance de l’idéal du moi.

L’idéal du moi ne facilite pas la rupture quand elle est nécessaire. Il peut menacer le bon déroulement d’une activité et contribuer à l’isolement du sujet. Enfin, il est probable qu’un idéal du moi ne peut pas s’installer si facilement ou sur commande car les sujets ont parfois recours à un idéal divergent. Une stratégie de management qui aurait tendance développer un idéal s’exposerait donc à des risques majeurs. Ce qui ne veut pas dire non plus qu’il faut lutter contre un idéal. Il y a de fortes probabilités pour que ce soit cet idéal qui l’emporte. L’idéal du moi est aussi ce qui peut soutenir un sujet dans ses projets.


[1] 17 place Leclerc, Lille, 59800, tél : 03 20 92 58 42

[2]– Intervention aux journées nationales d’études de l’EDHEC et de l’IAE, « Transformations et ruptures » à Lille, le vendredi 7 juin 2002

[3]– Auber N., De Gaulejac V., Le coût de l’excellence, Paris, Seuil, 1991. « Volonté d’excellence, recherche de qualité totale, poursuite du « zéro défaut », mise en place de cercles de qualité, élaboration de projets d’entreprise ou de chartres « performance » allant peu à peu imprégner toutes les pratiques de management… du « zéro défaut » à « zéro répit », la course à la performance devient une obsession, et la logique managériale, issue du secteur privé, finit par s’imposer partout », p. 12.

[4]– Lacan J., Le transfert, Le séminaire, livre VIII, Paris, Seuil, 1991, p. 398 et 399.

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