Le suicide, pur signe

Les années 80 sont une période féconde pour l’étude du suicide au Japon. Jugez-en !

Nous avons : la traduction en français des quatre romans ultimes de Mishima i, l’essai de Marguerite Yourcenar ii sur Mishima, « l’empire des signes » de Roland Barthes iii et surtout l’étude de Pringuet iv. Lacan avait tenu son séminaire sur l’écriture, particulièrement la calligraphie orientale : « d’un discours qui ne serait pas du semblant » en 1971.

Tout cela est évoqué par Pringuet dans son livre sur le suicide au Japon. Il nous y donne une définition du signe et de son usage au Japon.

À partir de 1868, les privilèges du samouraï furent abolis l’un après l’autre par décret impérial. À la place, la dynastie impériale devient une sorte de « mythologie solaire v». Il s’installe alors une sorte de double législation dans l’esprit des Japonais les plus chauvins.

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Le Shinju : mourir d’amour au Japon

Le théâtre et la littérature japonaise regorgent d’ouvrages racontant des récits de suicide de couple amoureux, un suicide appelé shinju. Citons le recueil de Shohoken qui témoigne de la sympathie des auteurs japonais à l’égard des amants désespérés1, ou encore, les Contes d’amour des samouraïs, par Saikaku2.

Pringuet3 s’est intéressé à cet aspect de la culture japonaise. Ces récits sont marqués par des traits précis. Qui sont autant de constantes de la trame dramatique de ces histoires. Ce sont le plus souvent des amours contrariés par les familles. Des versions japonaises de Roméo et Juliette.

Pringuet met en évidence certains de ces traits qui s’avèrent utiles pour l’approche du suicide.

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Lecture japonaise du suicide contre aperçu occidental, selon Pringuet

Pringuet, bien que sociologue et historien, s’appuie largement sur les apports de la psychanalyse et en particulier sur l’enseignement de Lacan. Nous avons vu précédemment que Pringuet interprète les fondements culturels de la famille japonaise sous l’angle unique du désir de la mère avec ce que cela entraîne pour la question de la faute et de la responsabilité.

Le prédicat de cette logique serait justement une sorte de forclusion, « l’absence du non du père », comme Pringuet le dit lui-même : « la mère japonaise est si gratifiante, si peu interdite par le non du père qu’un enfant ne pourrait contrôler sa jalousie à l’égard d’un petit frère venu la lui ravir, si l’on ne prenait grand soin d’établir entre eux des différences de hiérarchie et d’expliquer à l’aîné la supériorité qui lui est acquise par son âge et par sa sagesse i».

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Le symptôme suicide japonais, selon Pringuet

Pringuet est orienté vers la recherche d’un sens (qui soit culturel) pour le suicide dans l’histoire du Japon. Il veut dégager les différentes signification du suicide au fil des époques historiques que le Japon a traversées.

Dans une première étape, il a commencé par se démarquer de la science médicale pour en dénoncer la sottise. À l’opposé, le suicide de remontrance (Kanshi), est un acte tout entier inscrit dans l’opinion générale, la rumeur et dont la signification paraît tout particulièrement politique.

Il est évident que Pringuet nuance et qu’il ne se limite pas à schématiser les formes de suicides selon une bipolarité trompeuse. Il ne mentionne la typologie de Baechler que pour en dénoncer l’insuffisance quand elle se trouve appliquée au Japon. Cette classification arbitraire des caractères des suicides par Baechler, n’habille pas toutes les formes que le suicide prend dans l’histoire du Japon. Il lui faut d’autres vêtements.

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Pringuet : le sottisier médical et la bosse du suicide

Pringuet privilégie et revendique la complexité pour la compréhension du suicide. Pour lui, le suicide est « un symptôme dont le sens doit être compris avant d’y remédier ».

Sage précaution !

Notre époque médicale est dans une phase où règnent les neurosciences et le cognitivisme. En matière de suicide, nos vaillants chercheurs en neurosciences ne désespèrent pas de trouver LA zone cérébrale du suicide ou LE gène qui commanderait au suicide. Non exempt d’enjeux commerciaux, l’IRM est une machine qui coûte très cher, les tests de biologie ont aussi un coût non négligeable, cette tendance forte de la médecine est aveuglée par le profit qu’elle pourrait retirer d’une telle découverte.

Et c’est pour cela que l’approche de Pringuet est salubre. Ne pas oublier les leçons de l’histoire de la médecine et de la pensée, nous introduit à la prudence. Et Pringuet de dénoncer le « sottisier médical » en matière de suicidologie.

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L’anti-politique du suicide

Pour répondre à la question du suicide comme acte politique, il faudrait parvenir à montrer que cet acte transforme l’opinion publique, change les esprits, modifie le monde dans lequel nous vivons. C’est-à-dire distinguer entre la visée de l’acte (par le sujet) et son effet (public, dans l’Autre, les discours ou la réalité).

Quoi qu’en dise Carlos Ghosn, ou plutôt, quoiqu’il en veuille, les suicides en série chez Renault au Technocentre, dans leur répétition même, par leur aspect cumulatif, ont eu au moins cet effet de le contraindre à proposer des mesures pour le groupe. Continuer la lecture de « L’anti-politique du suicide »

D’un acte qui ne soit pas politique ?

L’acte politique d’après Arendt, peut aussi bien conduire à une répétition mortelle qu’à une création. Pour le suicide, nous tombons sur une double division pour l’acte.

La fausse distinction entre un suicide qui échoue et un suicide qui réussit, renvoie à la différence entre un acte répète l’existant, qui reproduit sans modifier les choses, qui ne change rien, et un acte qui prend une signification nouvelle, un acte créateur de signification susceptible d’une reprise dans l’opinion publique, d’un changement dans le discours, un acte qui a un effet de signification valable pour tous. C’est-à-dire, un acte qui a une portée politique. Continuer la lecture de « D’un acte qui ne soit pas politique ? »

Les deux appels de l’acte : inédit et pensée

Arendt cherche surtout une définition de l’acte qui ait une portée politique. Nous cherchons à en voir l’intérêt pour le suicide.

Politique ?

C’est-à-dire qui touche à l’universel, nous concerne. Non pas une partie des hommes, une faction, un groupe politique, une classe sociale ou une individualité, un Roi, un tyran, un leader. Une action politique qui pourrait atteindre tous les hommes et les mobiliser. En ce sens, elle porterait au-delà de l’individu qui en est l’auteur. C’est tout le paradoxe d’un acte particulier dont les effets seraient universels.

A ce niveau, la recherche d’Arendt ne serait-elle pas une utopie ? Continuer la lecture de « Les deux appels de l’acte : inédit et pensée »

L’homme est libre parce qu’il est un commencement !

Il s’agit de cerner la définition de l’acte formulée par Hannah Arendt. Un acte dans sa dimension politique. J’ai déjà évoqué son côté fondateur, un acte est un début dans la mesure où il tranche avec un passé.

C’est aussi quelque chose d’indépendant de la volonté simple. Il ne suffit pas de vouloir. Car la volonté est divisée en elle-même en deux parties. Cette division est « monstrueuse » et cache un conflit mortel, dit Arendt.

Enfin, la volonté sépare le sujet de la pensée et du savoir.

Fonder la liberté d’un acte sur la seule volonté, c’est faire de la volonté un pouvoir qui devient oppresseur Continuer la lecture de « L’homme est libre parce qu’il est un commencement ! »

Vouloir ou ne pas vouloir…..

Il s’agit de cerner ce que représente l’acte pour Hannah Arendt 1.

Pour elle, l’acte est politique. Mais dans quelles conditions ? Quelles en sont les éléments nécessaires ou contingents ?

Nous venons de voir que l’acte peut signifier un commencement, un début, une fondation, un changement, une nouveauté ou une ouverture vers l’avenir. Pour certains, il est révolutionnaire.

Ce qui est est une assertion tout à fait paradoxale en ce qui concerne le suicide. Continuer la lecture de « Vouloir ou ne pas vouloir….. »