Déterminisme symbolique des actes manqués par méprise, Le suicide inconscient, S. Freud, 2

Dans son chapitre 8 de la Psychopathologie de la vie quotidienne 1, Freud commence par distinguer clairement entre les actes suicidaires conscients et les actes inconscients. Parmi les actes suicidaires inconscients (des actes qui surviennent comme par erreur), il oppose les actes suicidaires par méprise (l’effet de l’acte paraît manqué) et les actes suicidaires symptomatiques (l’action tout entière apparaît absurde et semble ne répondre à aucun but). Ces trois catégories d’actes suicidaires ont tous un but, même si ce but n’est pas conscient, ni facilement déchiffrable.

Freud commence par exposer des cas d’actes manqués par méprise. C’est une longue énumération.

a – Sortir sa clé devant la porte du domicile d’un autre, expression du désir de se sentir chez l’autre comme chez soi.

b- Se tromper d’étage lors d’une visite chez un patient, expression du désir de vouloir « aller trop loin ».

c- Prendre un objet pour un autre (prendre un marteau à reflexes au lieu du diapason).

Freud se pose la question : « quel est donc celui qui s’est le dernier saisi du diapason ? ». C’était un enfant idiot. Or, un marteau, Hammer, est un mot qui consonne avec âne,chamer en hébreu.

Puis, Freud se demande quelle est la signification de cette injure. Elle lui rappelle une erreur idiote antérieure (une erreur de diagnostic pour un patient). La méprise signifie donc : « tu es un âne ». « La voie de la critique à l’égard de soi-même » s’est exprimée « par la méprise », page 191. « La méprise actuelle en représente une autre ». L’acte sert dans ce cas de pont et de lien entre 2 signifiants représentant 2 erreurs de Freud. Le lien établi par ce pont est un lien signifiant et métonymique. L’erreur de l’acte manqué métonymise la première erreur.

Erreur 1 (se tromper pour un patient) – méprise de l’acte – erreur 2 (se tromper d’objet)

L’erreur 2 représente une critique après coup de l’erreur 1

d- la méprise « peut être utilisée par une foule d’autres intentions obscures ». Par exemple, pour casser un objet. Finalement, Freud considère ces méprises « très conformes au but » (inconscients), page 192.

La violence et la certitude de ces mouvements maladroits conformes au but (inconsient), s’apparente à la fausse maladresse/exactitude des mouvements de l’hystérie.

La méprise « sert » des « intentions inavouées ». Elle accomplit une sorte de «  sacrifice » se mêlant à un « hommage galant ». L’objet de la seconde méprise, une petite statue de marbre de Vénus, représente l’objet de la première erreur, «  une proche parente » dont l’état de santé s’est amélioré. A ce point, Freud corrige un peu le tir. L’objet de la méprise vaut pour un objet du désir.

Freud reprend aussi l’exemple de Lou Andreas-Salomé qui arrête de laisser le lait déborder de la casserole quand elle perd son chien. Il s’agit donc d’un objet perdu.

A l’inverse, « le sacrifice » de la méprise peut-être dicté par le désir de détourner un malheur au lieu de la reconnaissance envers le sort (épargner une amitié).

«  La destruction de l’objet » peut aussi servir à exprimer son «  exécution masquée » (casser l’objet plutôt que de casser la jambe de son fils), page 194.

« Le calme et l’impassibilité avec lesquels on accepte dans tous ces cas le dommage subi indiquent bien qu’on a été guidé par une intention inconsciente dans l’exécution des actes ayant abouti à la destruction des objets », page 194. Ces actes manqués sont « insignifiants », page 195. Ils présentent un « déterminisme symbolique » en symbolisant l’objet initial, page 196.

Résumons.

Ces actes par erreur, ces méprises, sont des actes violents, certains, exacts dans la réalisation de leur but, ils entraînent calme et impassibilité, signent une intention inconsciente et valent pour un autre objet que celui sur lequel porte l’erreur. Leur déterminisme est symbolique de l’objet initial. Ils signifient la destruction, le sacrifice ou l’exécution du premier objet qui peut être perdu.

Objet 1 – méprise de l’acte – objet 2

e- Freud aborde alors sa première observation concernant indirectement un suicide (plus précisément : le désir du suicide d’une femme par amour pour l’auteur de l’acte manqué). Cette observation lui provient d’un collègue, ML Jekels et a fait l’objet d’une publication dans le journal international de psychanalyse en 1913.

Je vais m’en tenir là. L’exposé détaillé de l’article de Jekels fera l’objet du prochain billet.

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1 – S. Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne (trad. S. Jankélévitch), 1901, édition de 1923, petite bibliothèque Payot, 11, Paris, 1967

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Article précédent, « le suicide inconscient » pour Freud :

– Le suicide inconscient

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