Le signe d’un suicide, Roland Barthes

L’empire des signes est un livre assez exceptionnel dans lequel Roland Barthes fait état de ses impressions lors d’une visite au Japon. Le livre est dédié à Maurice Pringuet. Barthes commente plusieurs points de la vie sociale des Japonais comme l’écriture, la politesse, le jeu de pachinko, les repas, la cuisine, le théâtre (bunraku), où l’architecture des villes japonaises.

L’idée centrale est que le sujet japonais serait « vide » conformément aux principes du zen et contrairement au sujet oriental qui serait gonflé de sa théologie. Il en découlerait que le sujet japonais quand il parle, ne produit que des signes opposés au baratin existentialiste infatué du soi des occidentaux.

Barthes le montre très bien dans la cuisine japonaise. Celle-ci est faite de la désignation de l’aliment par les baguettes, sa séparation et sa distinction.

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La cause et l’effet

« Les meilleurs meurent souvent de leur propre main
Juste pour se libérer
Et ceux qui restent
Ne comprennent jamais vraiment
Pourquoi
On voudrait
Se libérer
D’eux ».

Charles Bukowski

Poème extrait du recueil Le ragoût du septuagénaire (1999), éditions Grasset et Livres de Poche, traduction de Michel Lederer

Le comique signe la présence de l’objet

Regardez les séquences de répétition de Mme Butterfly au moment de son suicide (avec Roberto Alagna, Histoire d’opéras, Madame Butterly, Sttatsoper de Munich (2012), documentaire diffusé sur Arte le 01  12 2013).

On voit l’une de ses collègues attendre son cri, puis son voisin lui faire un signe : c’est bon ! C’était bien ! Bravo mon gars ! Un moment hilarant alors qu’il s’agit d’un suicide tragique.

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Mais, qu’est-ce qu’ils veulent de plus ? J. Ellul

Jacques Ellul sur la technique

Personne n’échappe à la technique. Tous la servent, tous en profitent et tous en subissent les effets néfastes. Ce monde technique est celui de l’insignifiance où tout est équivalent à tout. Celui de la puissance aussi car, quand on peut tout faire, rien n’a plus de sens.

« Je ne pense pas non plus, qu’une conduite suicidaire soit une façon effective de mettre en question la société moderne. Je sais, bien, c’est ça qui me paraît tragique dans l’appel désespéré des jeunes qui se droguent. Parce que c’est un appel désespéré, se droguer. Continuer la lecture de « Mais, qu’est-ce qu’ils veulent de plus ? J. Ellul »

Le « mot » de la fin !

Au fil de nos commentaires, nous avons pu préciser plusieurs choses à propos de l’Ophélie de la tragédie de Shakespeare. Les diverses qualités qui nous la présentent. Les fonctions qu’elle peut assumer dans ses relations avec les autres personnages de la pièce. Les effets que cela a dans le déroulement de cette pièce et en particulier pour Hamlet. Je considère que les qualités de la présentation, les fonctions assumées dans les relations et les effets de ces fonctions, sont trois modalités du sujet Ophélie dans cette pièces, trois modes de son être.

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La mort est une pensée, vidéo de Jacques Lacan à Louvain

Un petit passage de l’intervention de Lacan à Louvain (1974) est assez instructif sur sa position philosophique sur la mort. La mort est un produit de la pensée et de la croyance. Dans le fond, le problème pour le suicide serait de trop y croire. Lacan est à l’opposé de Cioran (« la vie est supportable uniquement avec l’idée qu’on puisse la quitter quand on veut »).

Lacan : « La mort… est du domaine de la foi. Continuer la lecture de « La mort est une pensée, vidéo de Jacques Lacan à Louvain »

Les doigts de l’homme mort, Ophélie se suicide (11)

L’Ophélie de Shakespeare va se noyer sous les « feuilles blanches » d’un saule « dans le miroir de l’eau ». Non sans avoir distribué des fleurs auparavant, en guise d’adieu à son entourage. Ophélie, par le seul geste de choisir et de distribuer ces fleurs, les assemble en « ingénieuses guirlandes (1) » (« fantastic garlandes »). Il s’agit d’une tresse de mots. Puisque ces fleurs sont des signifiants énigmatiques. 0206

Au sujet des « tresses », il y a un rapprochement distrayant à faire avec Freud. Une théorie en ethnologie veut que les femmes aient inventé le textile pour cacher leur sexe. Freud suppose que les femmes ont d’abord tressé leurs poils pubiens, avant de les détacher pour en faire des pagnes (2). De là, par extension, les tresses désignent la castration par extension. L’objet détaché est le résultat de cette opération symbolique. Comme les phallus et les serpents dont la Gorgone ou les sirènes se parent. De fait, Ophélie figure un tel personnage. Elle est celle qui nous met la castration sous le nez !  Continuer la lecture de « Les doigts de l’homme mort, Ophélie se suicide (11) »