L’anti-politique du suicide

Pour répondre à la question du suicide comme acte politique, il faudrait parvenir à montrer que cet acte transforme l’opinion publique, change les esprits, modifie le monde dans lequel nous vivons. C’est-à-dire distinguer entre la visée de l’acte (par le sujet) et son effet (public, dans l’Autre, les discours ou la réalité).

Quoi qu’en dise Carlos Ghosn, ou plutôt, quoiqu’il en veuille, les suicides en série chez Renault au Technocentre, dans leur répétition même, par leur aspect cumulatif, ont eu au moins cet effet de le contraindre à proposer des mesures pour le groupe. Continuer la lecture de « L’anti-politique du suicide »

D’un acte qui ne soit pas politique ?

L’acte politique d’après Arendt, peut aussi bien conduire à une répétition mortelle qu’à une création. Pour le suicide, nous tombons sur une double division pour l’acte.

La fausse distinction entre un suicide qui échoue et un suicide qui réussit, renvoie à la différence entre un acte répète l’existant, qui reproduit sans modifier les choses, qui ne change rien, et un acte qui prend une signification nouvelle, un acte créateur de signification susceptible d’une reprise dans l’opinion publique, d’un changement dans le discours, un acte qui a un effet de signification valable pour tous. C’est-à-dire, un acte qui a une portée politique. Continuer la lecture de « D’un acte qui ne soit pas politique ? »

Les deux appels de l’acte : inédit et pensée

Arendt cherche surtout une définition de l’acte qui ait une portée politique. Nous cherchons à en voir l’intérêt pour le suicide.

Politique ?

C’est-à-dire qui touche à l’universel, nous concerne. Non pas une partie des hommes, une faction, un groupe politique, une classe sociale ou une individualité, un Roi, un tyran, un leader. Une action politique qui pourrait atteindre tous les hommes et les mobiliser. En ce sens, elle porterait au-delà de l’individu qui en est l’auteur. C’est tout le paradoxe d’un acte particulier dont les effets seraient universels.

A ce niveau, la recherche d’Arendt ne serait-elle pas une utopie ? Continuer la lecture de « Les deux appels de l’acte : inédit et pensée »

L’homme est libre parce qu’il est un commencement !

Il s’agit de cerner la définition de l’acte formulée par Hannah Arendt. Un acte dans sa dimension politique. J’ai déjà évoqué son côté fondateur, un acte est un début dans la mesure où il tranche avec un passé.

C’est aussi quelque chose d’indépendant de la volonté simple. Il ne suffit pas de vouloir. Car la volonté est divisée en elle-même en deux parties. Cette division est « monstrueuse » et cache un conflit mortel, dit Arendt.

Enfin, la volonté sépare le sujet de la pensée et du savoir.

Fonder la liberté d’un acte sur la seule volonté, c’est faire de la volonté un pouvoir qui devient oppresseur Continuer la lecture de « L’homme est libre parce qu’il est un commencement ! »

Vouloir ou ne pas vouloir…..

Il s’agit de cerner ce que représente l’acte pour Hannah Arendt 1.

Pour elle, l’acte est politique. Mais dans quelles conditions ? Quelles en sont les éléments nécessaires ou contingents ?

Nous venons de voir que l’acte peut signifier un commencement, un début, une fondation, un changement, une nouveauté ou une ouverture vers l’avenir. Pour certains, il est révolutionnaire.

Ce qui est est une assertion tout à fait paradoxale en ce qui concerne le suicide. Continuer la lecture de « Vouloir ou ne pas vouloir….. »

Un acte public ou privé ?

Vient une question sur l’acte à propos du suicide. Peut-on le considérer comme une fin, un terme, la borne d’un parcours qui marque le point d’achèvement d’un projet ? Le suicide peut-il avoir une direction, désigner un point vers lequel il va tendre et vers lequel l’acte sera orienté ? Ce point est-il politique ?

La lecture de Hannah Arendt, en particulier La crise de la culture conduit à cette remarque. Essentiellement politique, l’acte est un début. Il est fondateur et tranche sur ce qui précède. Ce n’est pas le terme d’un parcours dont il serait possible de déduire la fin. Au contraire, il tranche sur ce qui précède. Continuer la lecture de « Un acte public ou privé ? »

L’écriture pour différer le suicide

Le suicide de Virginia Woolf est assez intéressant. Cet auteur a écrit « Mrs Dalloway [1] » dans lequel il y a la possibilité d’en approcher les motifs. Et aussi, ses Lettres ou son Journal, et enfin, la somme biographique d’Hermione Lee [2] et les nombreux témoignages qu’il contient.

Woolf nous en apprend plus que n’importe quel manuel de suicidologie ! Continuer la lecture de « L’écriture pour différer le suicide »

Le suicide de Didon

Après son départ en mer d’Enée, Didon brûle ses vêtements et se brûle :

« Vêtements (d’Ilion, Athène) chers à mon cœur, tant que les destins et les dieux le permirent, recevez mon âme et délivrez-moi de mes tourments, j’ai fini de vivre et la course que le destin m’a accordée, je l’ai accomplie….»

« J’ai bâti une ville magnifique, j’ai vu mes remparts, j’ai vengé mon mari et puni mon frère meurtrier »… Continuer la lecture de « Le suicide de Didon »

Rien ne protège du suicide

A la fin du témoignage de Agnès Favre sur le suicide de sa fille, Marie Choquet tire les conclusions de ce texte.

Elle parle de la position des parents qui ont perdu leur enfant. Tous plongés dans une souffrance incommensurable. Et M. Choquet se pose la question cruciale. Que peut faire un psy pour l’un de ces parents ?

Dans certaines conditions il est possible que ce psy « fasse intrusion » dans la vie quotidienne de ceux qui « survivent » (un terme mal choisi). Pour aider ces parents à comprendre. En sachant que la science ne peut « entièrement » expliquer l’acte d’un jeune qui a fait une tentative de suicide.

Il y a des facteurs qui nous induisent en erreur à propos du dépistage du risque suicidaire d’autrui.

1- l’origine sociale, les jeunes suicidants ne sont pas forcément pauvres, malades, déscolarisés, habitant dans un quartier « chaud ». Au contraire, le suicide est surtout élevé dans les pays riches comme la Suisse.

2- Certains de ces jeunes suicidants étonnent par leur beauté physique

3- Ils peuvent être créatifs et investis dans des activités de loisirs ou humanitaires

4- Ils peuvent être de bons élèves donnant satisfaction à leur enseignant

5- Il arrive qu’ils bénéficient de toute l’attention de leurs parents, voire qu’ils aient des parents qui les « surinvestissent ».

6- Il arrive enfin qu’ils soient eux-mêmes investis dans une relation amoureuse

Donc, si vous êtes des parents aisés, habitant dans un quartier tranquille, et que votre enfant est beau physiquement, qu’il s’investit dans ses loisirs, qu’il réussit à l’école, ce à quoi vous êtes attentif, et qu’il un(e) petit(e) copain(ine), alors : rien de tout cela ne le protège du suicide.

Ce que M. Choquet résume de la façon suivante : « Il a tout ce qu’il veut, mais justement, c’est cela qui le perturbe ».

Rien de ce que l’on connaît jusqu’à maintenant sur le suicide n’explique entièrement le passage à l’acte d’un proche. « Ainsi, on voit des jeunes, dans la même situation que des jeunes suicidants, mais qui ne passent pas à l’acte. On voit aussi des jeunes dans des situations bien pires, qui eux aussi ne manifestent ni idées suicidaire, ni passage à l’acte ».

Mais, selon M. Choquet, il est quand même possible de faire quelque chose. Aider les parents à s’exprimer et chercher à comprendre. Percevoir mieux et plus vite qu’un adolescent va mal et prendre cela au sérieux.