Un acte public ou privé ?

Vient une question sur l’acte à propos du suicide. Peut-on le considérer comme une fin, un terme, la borne d’un parcours qui marque le point d’achèvement d’un projet ? Le suicide peut-il avoir une direction, désigner un point vers lequel il va tendre et vers lequel l’acte sera orienté ? Ce point est-il politique ?

La lecture de Hannah Arendt, en particulier La crise de la culture conduit à cette remarque. Essentiellement politique, l’acte est un début. Il est fondateur et tranche sur ce qui précède. Ce n’est pas le terme d’un parcours dont il serait possible de déduire la fin. Au contraire, il tranche sur ce qui précède. Continuer la lecture de « Un acte public ou privé ? »

Le comique signe la présence de l’objet

Regardez les séquences de répétition de Mme Butterfly au moment de son suicide (avec Roberto Alagna, Histoire d’opéras, Madame Butterly, Sttatsoper de Munich (2012), documentaire diffusé sur Arte le 01  12 2013).

On voit l’une de ses collègues attendre son cri, puis son voisin lui faire un signe : c’est bon ! C’était bien ! Bravo mon gars ! Un moment hilarant alors qu’il s’agit d’un suicide tragique.

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Personne ne croit à sa propre mort, Freud

A lire la conclusion freudienne de 1915, « Si tu veux supporter la vie, organise-toi pour la mort !», nous pourrions penser que Freud encourage au suicide.

Il n’en est rien. Freud a des certitudes sur la mort, certes. Mais son pessimiste plaidoyer exclut la possibilité même du suicide. Nous sommes en pleine première guerre mondiale. Continuer la lecture de « Personne ne croit à sa propre mort, Freud »

Mais, qu’est-ce qu’ils veulent de plus ? J. Ellul

Jacques Ellul sur la technique

Personne n’échappe à la technique. Tous la servent, tous en profitent et tous en subissent les effets néfastes. Ce monde technique est celui de l’insignifiance où tout est équivalent à tout. Celui de la puissance aussi car, quand on peut tout faire, rien n’a plus de sens.

« Je ne pense pas non plus, qu’une conduite suicidaire soit une façon effective de mettre en question la société moderne. Je sais, bien, c’est ça qui me paraît tragique dans l’appel désespéré des jeunes qui se droguent. Parce que c’est un appel désespéré, se droguer. Continuer la lecture de « Mais, qu’est-ce qu’ils veulent de plus ? J. Ellul »

Le « mot » de la fin !

Au fil de nos commentaires, nous avons pu préciser plusieurs choses à propos de l’Ophélie de la tragédie de Shakespeare. Les diverses qualités qui nous la présentent. Les fonctions qu’elle peut assumer dans ses relations avec les autres personnages de la pièce. Les effets que cela a dans le déroulement de cette pièce et en particulier pour Hamlet. Je considère que les qualités de la présentation, les fonctions assumées dans les relations et les effets de ces fonctions, sont trois modalités du sujet Ophélie dans cette pièces, trois modes de son être.

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La cause et l’effet

« Les meilleurs meurent souvent de leur propre main
Juste pour se libérer
Et ceux qui restent
Ne comprennent jamais vraiment
Pourquoi
On voudrait
Se libérer
D’eux ».

Charles Bukowski

Poème extrait du recueil Le ragoût du septuagénaire (1999), éditions Grasset et Livres de Poche, traduction de Michel Ledererhttps://images.duckduckgo.com/iu/?u=https%3A%2F%2Fwww.liberezvotrevie.com%2Fwp-content%2Fuploads%2F2016%2F02%2Frupture-amoureuse-1.jpeg&f=1

Les doigts de l’homme mort, Ophélie se suicide (11)

L’Ophélie de Shakespeare va se noyer sous les « feuilles blanches » d’un saule « dans le miroir de l’eau ». Non sans avoir distribué des fleurs auparavant, en guise d’adieu à son entourage. Ophélie, par le seul geste de choisir et de distribuer ces fleurs, les assemble en « ingénieuses guirlandes (1) » (« fantastic garlandes »). Il s’agit d’une tresse de mots. Puisque ces fleurs sont des signifiants énigmatiques. 0206

Au sujet des « tresses », il y a un rapprochement distrayant à faire avec Freud. Une théorie en ethnologie veut que les femmes aient inventé le textile pour cacher leur sexe. Freud suppose que les femmes ont d’abord tressé leurs poils pubiens, avant de les détacher pour en faire des pagnes (2). De là, par extension, les tresses désignent la castration par extension. L’objet détaché est le résultat de cette opération symbolique. Comme les phallus et les serpents dont la Gorgone ou les sirènes se parent. De fait, Ophélie figure un tel personnage. Elle est celle qui nous met la castration sous le nez !  Continuer la lecture de « Les doigts de l’homme mort, Ophélie se suicide (11) »

Le saule, Ophélie se suicide (12)

Le suicide d’Ophélie dans Hamlet, la pièce de Shakespeare, nécessite de nombreux commentaires avant de pouvoir en saisir l’enjeu. Avant de conclure, je compte évoquer deux points supplémentaires : le statut du saule sous lequel Ophélie se rend pour se suicider et la question de l’être pour Hamlet. Ensuite, il me sera possible de ramasser les éléments parcourus pour tenter une construction de ce suicide.feuillage Éventuellement, en montrer « la structure ». Ce que Lacan pense envisageable : « Si nous essayons de porter ceci à propos de chaque cas, si nous faisons dans chaque cas un effort d’interrogation, nous retrouverons là ce que je prétends avancer comme une structure 1 ». Continuer la lecture de « Le saule, Ophélie se suicide (12) »

Porter son souci, le suicide d’Ophélie (10)

Shakespeare décrit en détail le suicide d’Ophélie dans Hamlet. Et plus j’avance dans ce commentaire, plus je réalise à quel point sa description est précise et complète. Elle apparaît comme un enchaînement d’événements, articulés les uns aux autres. Une articulation logique qui peut nous laisser espérer discerner la structure d’un tel acte.   lajeunefillealafleur

Déchue de l’amour d’Hamlet, elle est contrainte de lui rendre ses lettres. Son père Polonius décédé, elle devient folle. Dans un tourbillon de déclamations, ses déclarations sont autant de lettres d’adieu à ceux qu’elle a connue, Ophélie se rend sous un saule puis, se noie. Continuer la lecture de « Porter son souci, le suicide d’Ophélie (10) »