Personne ne croit à sa propre mort, Freud

A lire la conclusion freudienne de 1915, « Si tu veux supporter la vie, organise-toi pour la mort !», nous pourrions penser que Freud encourage au suicide.

Il n’en est rien. Freud a des certitudes sur la mort, certes. Mais son pessimiste plaidoyer exclut la possibilité même du suicide. Nous sommes en pleine première guerre mondiale. Continuer la lecture de « Personne ne croit à sa propre mort, Freud »

Un aperçu des modalités « caractéristiques » du suicide des hommes et des femmes

Ludwig Binswanger était d’abord psychiatre à la clinique du Burghozli dirigée par Eugen Bleuler. Après sa rencontre avec Freud, il échange avec lui une correspondance assez volumineuse. Il crée ensuite la Daseinanalyse qui inspire la phénoménologie.

Dans l’une de ses lettres [1], Freud évoque d’abord le cas d’une patiente de Binswanger, Mlle Faure (le cas serait publié ( ?) dans Essai d’analyse d’une hystérie, 1909).

Mlle Faure a le fantasme d’une grossesse. Inconsciemment, elle considère que la grossesse est un empoisonnement. Sa peur de l’infection recouvre son envie d’avoir un enfant.  Continuer la lecture de « Un aperçu des modalités « caractéristiques » du suicide des hommes et des femmes »

Les modalités sexuées du suicide selon Freud

Voici une lettre de Sigmund Freud adressée à Binswanger, publiée dans la correspondance (Sigmund Freud – Ludwig Binswanger : correspondance, 1908-1938, trad. R. Menahem et M. Strauss, Calmann-Lévy, Paris, 1995).

Cette lettre est précieuse pour poursuivre la réflexion à propos du suicide. En particulier, le commentaire centré sur la différence des sexes qui pourrait faire croire qu’il existe un suicide d’homme et un suicide de femme. Continuer la lecture de « Les modalités sexuées du suicide selon Freud »

L’étonnant sang-froid en présence de prétendus accidents, le suicide inconscient, 4

Dans son chapitre 8 de la Psychopathologie de la vie quotidienne 1, Freud indifference-poster-c12276930s’appuie sur des exemples cliniques pour étayer la thèse que les actes manqués relèvent d’intentions inconscientes sexuelles et multiples. Il en arrive alors à considérer les effets de ces actes manqué qui pour la plupart paraissent anodins pour leur auteur.

Peu-il arriver que ces actes manqué aient des effets graves ? Continuer la lecture de « L’étonnant sang-froid en présence de prétendus accidents, le suicide inconscient, 4 »

Le dédoublement de l’acte, Le suicide inconscient, S. Freud, 3

Dans son chapitre 8 de la Psychopathologie de la vie quotidienne 1, Freud 3braqueétudie les actes maladroits. Il a commencé par distinguer les actes par méprise, des actes symptomatiques. En précisant les actes par méprise, il en est venu à souligner leur « déterminisme symbolique ». L’acte manqué représente un objet. Il traduit une intention inconsciente à l’égard de cet objet initial que le deuxième objet sur lequel porte l’acte vient représenter à son tour.

Freud en vient alors à évoquer l’observation de MJ Jekels publiée en 1913 dans le journal international de psychanalyse, p.195 à 197. Continuer la lecture de « Le dédoublement de l’acte, Le suicide inconscient, S. Freud, 3 »

Le « trouble fête » de l’amour déclenche le suicide

Mis à part le cas de la jeune homosexuelle, Freud a aussi analysé le cas du suicide de Nathanaël raconté par E. T. W. Hoffman dans le conte passionnant de L’homme au sable, dont j’ai fait un premier commentaire.

Cette analyse de Freud me parait très importante pour la compréhension du suicide par la psychanalyse.

Je souhaite y revenir en détail. Car Freud évoque la « compulsion de répétition » qui a quelque importance dans le suicide. Mon commentaire est une deuxième étape qui ne sera sans doute pas la dernière. Veuillez m’en excuser l’aridité et la sécheresse.

Dans le conte d’Hoffman, l’angoisse serait liée au doute sur la vie d’une poupée. Est-ce que la poupée Olimpia est vivante ? Sinon, un robot peut-il devenir humain ? L’angoisse serait-elle comme une peur du robot. Continuer la lecture de « Le « trouble fête » de l’amour déclenche le suicide »

Le suicide dans les textes de Freud

Voici les principales références de Freud au suicide dans ses textes. Je compte compléter cette page au fur et à mesure. Certains de ces textes font l’objet d’un commentaire dans ce blog.

Envoyez un mail si vous souhaitez me recommander une référence

Freud S., « Manuscrit N » (31 mai 1897), Naissance de la psychanalyse, 1956

« Les pulsions hostiles à l’endroit des parents (désir de leur mort) sont également partie intégrante des névroses. Elles viennent consciemment au jour sous la forme d’idées obsessionnelles. Dans la paranoïa, les délires de persécution les plus graves (méfiance pathologique à l’égard des chefs, des monarques) émanent de ces pulsions. Elles se trouvent refoulées dans les périodes où les sentiments de pitié pour les parents l’emportent – au moment de leurs maladies, de leur mort. Dans le deuils, les sentiments de remords se manifestent, alors on se reproche leur mort (c’est ce que l’on décrit sous le nom de mélancolies) ou bien l’on se punit soi-même sur le mode hystérique, en étant malades comme eux (idée de rachat). L’identification n’est alors, comme on voit, qu’un mode de penser et ne nous délie pas de l’obligation de rechercher les motifs », p. 183.

« Le mécanisme de la création poétique est le même que celui des fantasmes hystériques. Goethe prête à Werther quelque chose de vécu : son propre amour pour Lotte Kästner et, en même temps, quelque chose dont il a entendu parler : le sort du Jérusalem qui se suicida. Goethe jour probablement avec l’idée de suicide et y trouve un point de contact qui lui permet de s’identifier à Jérusalem. Il prêt à celui-ci des motifs tirés de sa propre histoire d’amour. C’est un moyen de ce fantasme qu’il se prémunit contre les conséquences de sa propre histoire », p. 184

Les premiers psychanalystes, Minutes de la Société psychanalytique de Vienne, trad. N. Bakman, Gallimard, Paris, 1976, I, 1908-1910, séance du 13 02 1907, p. 136

« Le suicide est l’apogée de l’auto-érotisme négatif »

Les premiers psychanalystes, Minutes de la Société psychanalytique de Vienne, trad. N. Bakman, Gallimard, Paris, 1978, II, séance du 24 03 1909, p. 180-181

« La différence dans la forme de suicide choisie par les deux sexes illustre que le symbolisme s’étend jusqu’à la mort. Le choix des moyens du suicide révèle le symbolisme sexuel le plus primitif, que nous connaissons depuis longtemps. Un homme se tue avec un revolver, c’est-à-dire qu’il joue avec son pénis, ou bien il se pend, c’est-à-dire qu’il devient quelque chose qui pend de toute sa longueur, un « pénis » (« pendere ») ».

Les premiers psychanalystes, Minutes de la Société psychanalytique de Vienne, trad. N. Bakman, Gallimard, Paris, 1976, II, p. 481-482

« Le suicide ne serait pas tant une conséquence qu’un substitut de la psychose, bien que les deux formes puisse bien entendu se combiner à un degré quelconque »

(…) « On a l’impression que, dans beaucoup de cas, c’est la peur de l’inceste qui mène les enfants au suicide »

(…) « Pour l’instant, nous pouvons accepter sans hésiter la thèse (…) selon laquelle, dans le suicide, la pulsion de vie est vaincue par la libido (dans ce texte, Freud oppose la pulsion du moi et les pulsions sexuelles».

(…) « Il serait intéressant d’établir si le désespoir d’être jamais aimé est effectivement chaque fois la condition du suicide (des écoliers) ; la formule a quelque chose de séduisant »

Sigmund Freud – Ludwig Binswanger : correspondance, 1908-1938, trad. R. Menahem et M. Strauss, Calmann-Lévy, Paris, 1995, 02 05 1909 p. 74, ou 1970 p. 283

Les remarques de Freud sont les même que dans la séance des Minutes de la Société Psychanalytique de Vienne, séance du 24 03 1909.

Freud S., Psychopathologie de la vie quotidienne, 1901, édition de 1923, trad. S. Jankélévitch, PBP, Payot, 1990, p. 207-214

Le suicide et le désir de suicide sous ses formes « inconscientes ». Dans cet ouvrage, le suicide est vu comme un acte manqué. Le suicide peut-il accéder au statut d’un symptôme ?

Freud S., Totem et tabou, trad. S. Jankélévitch, PBP, Payot, 1992, 1912-1913, p. 230 ou 307 selon l’édition

“D’après la loi du talion, qui est profondément enracinée dans la sensibilité humaine, un meurtre ne peut être expié que par le sacrifice d’une autre vie ; le sacrifice de soi renvoie à un crime de sang ».

Note 2 : « Les impulsions suicidaires de nos névrosés se révèlent régulièrement être des autopunitions pour des désirs de mort dirigés contre autrui ».

Freud S., « Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort » (1915), Essais de psychanalyse, petite bibliothèque Payot, 15, Paris, Payot, 1981, (Article en ligne). Commentaire de cet article.

« Notre propre mort ne nous est pas représentable et aussi souvent que nous tentons de nous la représenter nous pouvons remarquer qu’en réalité nous continuons à être là en tant que spectateur. C’est pourquoi dans l’école psychanalytique on a pu oser cette déclaration : personne, au fond, ne croit à sa propre mort ou, ce qui revient au même : dans l’inconscient, chacun de nous est persuadé de son immortalité ».

« Ne devons-nous pas convenir qu’avec notre attitude de civilisé à l’égard de la mort nous avons, une fois encore, vécu psychologiquement au-dessus de nos moyens et ne devons-nous pas faire demi-tour et confesser la vérité ? Ne vaudrait-il pas mieux faire à la mort, dans la réalité et dans nos pensées, la place qui lui revient et laisser un peu plus se manifester notre attitude inconsciente à l’égard de la mort, que nous avons jusqu’à présent si soigneusement réprimée. (…) cela présente l’avantage de mieux tenir compte de la vraisemblance et de nous rendre la vie de nouveau plus supportable. Supporter la vie reste bien le premier devoir de tous les vivants. L’illusion perd toute valeur quand elle nous en empêche. (…) Si tu veux supporter la vie, organise-toi pour la mort ».

Freud, « Deuil et mélancolie », Métapsychologie, Gallimard, Paris, 1991, p. 160-161

« Ainsi, l’investissement d’amour du mélancolique pour son objet a connu un double destin ; il a, pour une part, régressé à l’identification mais, pour une autre part, sous l’influence du conflit d’ambivalence, il a été reporté au stade du sadisme, qui en est plus proche. Nous avons reconnu, comme état originaire d’où provient la vie pulsionnelle, un si prodigieux amour de soi de la part du moi, nous voyons se libérer, dans l’angoisse qui survient quand la vie est menacée, un montant si gigantesque de libido narcissique, que nous ne saisissons pas comment ce moi peut consentir à son auto-destruction (…) il n’est pas de névrosé, éprouvant des intentions suicidaires qui n’en ait fait retour sur soi à partir d’une impulsion meurtrière contre d’autre (…) L’analyse de la mélancolie nous enseigne que le moi ne peut se tuer que lorsqu’il peut, de par le retour de l’investissement d’objet, se traiter lui-même comme un objet, lorsqu’il lui est loisible de diriger contre soi l’hostilité qui concerne un objet (…) Ainsi, dans la régression à partir du choix d’objet narcissique, l’objet a certes été supprimé, mais il s’est pourtant avéré plus puissant que le moi lui-même. Dans les deux situations opposées, celle de l’état amoureux le plus extrême et celle du suicide, le moi, bien que par des voies tout à fait distinctes, est terrassé par l’objet ».

Freud S., « Sur la psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine », Névrose, psychose et perversion, PUF, Paris, 1974, p. 261

« Peut-être personne ne trouve l’énergie psychique pour se tuer si premièrement il ne tue pas du même coup un objet avec lequel il s’est identifié, et deuxièmement ne retourne par là contre lui-même un désir de mort qui était dirigé contre une autre personne ».

Note 2 : « Ces interprétations du mode de suicide par des accomplissements de désirs sexuels sont depuis longtemps familières à tous les analystes (s’empoisonner = devenir enceinte ; se noyer = enfanter ; se précipiter d’une hauteur = accoucher) ».

Déterminisme symbolique des actes manqués par méprise, Le suicide inconscient, S. Freud, 2

Dans son chapitre 8 de la Psychopathologie de la vie quotidienne 1, Freud commence par distinguer clairement entre les actes suicidaires conscients et les actes inconscients. Parmi les actes suicidaires inconscients (des actes qui surviennent comme par erreur), il oppose les actes suicidaires par méprise (l’effet de l’acte paraît manqué) et les actes suicidaires symptomatiques (l’action tout entière apparaît absurde et semble ne répondre à aucun but). Ces trois catégories d’actes suicidaires ont tous un but, même si ce but n’est pas conscient, ni facilement déchiffrable.

Freud commence par exposer des cas d’actes manqués par méprise. C’est une longue énumération.

a – Sortir sa clé devant la porte du domicile d’un autre, expression du désir de se sentir chez l’autre comme chez soi.

b- Se tromper d’étage lors d’une visite chez un patient, expression du désir de vouloir « aller trop loin ».

c- Prendre un objet pour un autre (prendre un marteau à reflexes au lieu du diapason).

Freud se pose la question : « quel est donc celui qui s’est le dernier saisi du diapason ? ». C’était un enfant idiot. Or, un marteau, Hammer, est un mot qui consonne avec âne,chamer en hébreu.

Puis, Freud se demande quelle est la signification de cette injure. Elle lui rappelle une erreur idiote antérieure (une erreur de diagnostic pour un patient). La méprise signifie donc : « tu es un âne ». « La voie de la critique à l’égard de soi-même » s’est exprimée « par la méprise », page 191. « La méprise actuelle en représente une autre ». L’acte sert dans ce cas de pont et de lien entre 2 signifiants représentant 2 erreurs de Freud. Le lien établi par ce pont est un lien signifiant et métonymique. L’erreur de l’acte manqué métonymise la première erreur.

Erreur 1 (se tromper pour un patient) – méprise de l’acte – erreur 2 (se tromper d’objet)

L’erreur 2 représente une critique après coup de l’erreur 1

d- la méprise « peut être utilisée par une foule d’autres intentions obscures ». Par exemple, pour casser un objet. Finalement, Freud considère ces méprises « très conformes au but » (inconscients), page 192.

La violence et la certitude de ces mouvements maladroits conformes au but (inconsient), s’apparente à la fausse maladresse/exactitude des mouvements de l’hystérie.

La méprise « sert » des « intentions inavouées ». Elle accomplit une sorte de «  sacrifice » se mêlant à un « hommage galant ». L’objet de la seconde méprise, une petite statue de marbre de Vénus, représente l’objet de la première erreur, «  une proche parente » dont l’état de santé s’est amélioré. A ce point, Freud corrige un peu le tir. L’objet de la méprise vaut pour un objet du désir.

Freud reprend aussi l’exemple de Lou Andreas-Salomé qui arrête de laisser le lait déborder de la casserole quand elle perd son chien. Il s’agit donc d’un objet perdu.

A l’inverse, « le sacrifice » de la méprise peut-être dicté par le désir de détourner un malheur au lieu de la reconnaissance envers le sort (épargner une amitié).

«  La destruction de l’objet » peut aussi servir à exprimer son «  exécution masquée » (casser l’objet plutôt que de casser la jambe de son fils), page 194.

« Le calme et l’impassibilité avec lesquels on accepte dans tous ces cas le dommage subi indiquent bien qu’on a été guidé par une intention inconsciente dans l’exécution des actes ayant abouti à la destruction des objets », page 194. Ces actes manqués sont « insignifiants », page 195. Ils présentent un « déterminisme symbolique » en symbolisant l’objet initial, page 196.

Résumons.

Ces actes par erreur, ces méprises, sont des actes violents, certains, exacts dans la réalisation de leur but, ils entraînent calme et impassibilité, signent une intention inconsciente et valent pour un autre objet que celui sur lequel porte l’erreur. Leur déterminisme est symbolique de l’objet initial. Ils signifient la destruction, le sacrifice ou l’exécution du premier objet qui peut être perdu.

Objet 1 – méprise de l’acte – objet 2

e- Freud aborde alors sa première observation concernant indirectement un suicide (plus précisément : le désir du suicide d’une femme par amour pour l’auteur de l’acte manqué). Cette observation lui provient d’un collègue, ML Jekels et a fait l’objet d’une publication dans le journal international de psychanalyse en 1913.

Je vais m’en tenir là. L’exposé détaillé de l’article de Jekels fera l’objet du prochain billet.

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1 – S. Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne (trad. S. Jankélévitch), 1901, édition de 1923, petite bibliothèque Payot, 11, Paris, 1967

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Article précédent, « le suicide inconscient » pour Freud :

– Le suicide inconscient

Le suicide inconscient, S. Freud

Dans son chapitre 8 de la Psychopathologie de la vie quotidienne 1, Freud étudie la possibilité d’une erreur dans les actes après avoir examiné les erreurs dans l’emploi du langage. Il distingue les actions symptomatiques et les méprises, selon que l’effet de l’acte parait absurde ou manqué. Après l’examen d’une série de cas, Freud montre finalement que peu importe l’effet de l’acte. Sa compréhension ne dépend pas de sa fonction, ni de sa signification quand au but. Le but n’est pas le référent qui permette d’en préciser la causalité. Il est nécessaire de prendre en compte les motifs inconscients de l’acte qui paraissent multiples.

Un certain nombre d’actes suicidaires ou d’actes dont les effets sont mortels, font partie de ces erreurs dans l’acte. Ce qui permet aussitôt de dire qu’il y a deux types d’actes suicidaires: les actes suicidaires par méprise et les actes suicidaires symptomatiques. Ces deux catégories font partie des « suicides inconscients ».

Il vaut la peine de passer en revue les exemples freudiens, dont certains empruntés à ses amis ou sa famille. L’idée de Freud est que les sujets ne peuvent pas reconnaitre le sens de leur acte autrement qu’en les qualifiant d’erreurs. Ce qui implique, et c’est un fait clinique de grande importance dans le quotidien de l’analyste, que le sujet ne peut reconnaitre ses motifs destructeurs que sous une forme déniée, négative. En effet, l’idée même d’avoir voulu se détruire ou de s’être mis en grand danger par ses actes, ne peut être directement abordée de face, consciemment.

Il ne faut pas croire pour autant que les suicides conscients, volontaires, n’existent pas. Mais, ce n’est pas l’objet de l’examen de Freud dans ce texte. En clinique aussi, les suicides conscients, délibérés, clairement voulus et projetés par le sujet, existent. Mais, dans ces cas, le travail de l’analyste est raccourci en quelques sortes. L’idée consciente de vouloir se détruire peut être directement discutée en entretien. Ce qui implique que la technique de l’entretien se trouve modifiée du fait de la forme dénégative des suicides inconscients où l’abord de la question est du coup indirecte et détournée. Le sujet devra consentir à tenir compte de ses erreurs et de ses absurdités.

C’est ce qui distingue l’analyse des psychothérapies de tout poil qui considèrent que nos actes sont forcément efficaces et cohérents. Un suicide, dans ce cas, est considéré comme tenté ou réussi. Ce qui réduit considérablement le champ de la question du suicide pour l’enfermer dans le petit espace des actes rationnels. Le suicide sera alors considéré par rapport à son effet. Il sera interprété selon la seule thématique de la suppression de soi.

L’analyse considère au contraire que le suicide s’étend bien au delà de la zone des actes rationnels. Bien plus, elle pense que ce sont ces actes absurdes ou manqués qui permettent d’aborder la vraie causalité du suicide. C’est une façon de sortir la question du suicide de celui de la raison pour la tirer du côté du symptôme. C’est un renversement complet de point de vue où l’on passe d’une perspective centrée par le but, l’efficacité de l’acte, pour basculer dans le domaine de l’inconscient qui divise le sujet.

La suite viendra au prochain billet où je compte examiner en détail les exemples apportés par Freud. Ces cas cliniques divers sont pertinents et gardent une fraîcheur utile à notre pratique actuelle.

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1 – S. Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne (trad. S. Jankélévitch), petite bibliothèque Payot, 11, Paris, 1967