Pringuet : le sottisier médical et la bosse du suicide

Pringuet privilégie et revendique la complexité pour la compréhension du suicide. Pour lui, le suicide est « un symptôme dont le sens doit être compris avant d’y remédier ».

Sage précaution !

Notre époque médicale est dans une phase où règnent les neurosciences et le cognitivisme. En matière de suicide, nos vaillants chercheurs en neurosciences ne désespèrent pas de trouver LA zone cérébrale du suicide ou LE gène qui commanderait au suicide. Non exempt d’enjeux commerciaux, l’IRM est une machine qui coûte très cher, les tests de biologie ont aussi un coût non négligeable, cette tendance forte de la médecine est aveuglée par le profit qu’elle pourrait retirer d’une telle découverte.

Et c’est pour cela que l’approche de Pringuet est salubre. Ne pas oublier les leçons de l’histoire de la médecine et de la pensée, nous introduit à la prudence. Et Pringuet de dénoncer le « sottisier médical » en matière de suicidologie.

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Je ne veux pas partir d’ici !

« Officiellement, la catastrophe nucléaire n’aurait entraîné aucun décès, rapportait en mars 2013 le quotidien japonais. Mais c’était sans compter les suicides provoqués par le désespoir.Le 12 avril 2011, un mois après l’accident nucléaire de Fukushima, le printemps a déjà fait son apparition à Iitate, un village situé à 40 kilomètres de la centrale. https://i1.wp.com/www.courrierinternational.com/sites/ci_master/files/styles/image_original_765/public/assets/images//illustrations/article/2013/03/1167/1167-NORIO.jpg?w=525 Continuer la lecture de « Je ne veux pas partir d’ici ! »

Il a voulu créer « l’exemple le plus détaillé de l’histoire, d’une lettre d’adieu… »

41KxX.St.81Martin Manley, journaliste sportif, spécialiste de basket, a préparé minutieusement le site internet qu’il laisserait après son suicide. Il a prépayé Yahoo pour cinq d’hébergement et échafaudé un site détaillé, « le plus détaillé de l’histoire » selon ses dires.

Pourquoi ?
Pour que « l’on se souvienne de lui pendant des années ».
Lire cet article de Will Oremus du 17 08 2013, sur Slate

Le suicide de quelques médecins traduit-il la mort de l’ensemble du système de santé français ?

Le Dr Delépine évoque les suicides de certains médecins : le « patron de la pneumologie à Nevers » et le Dr Gressé, médecin du travail. Ces suicides sont interprétés en rapport avec la restructuration en cours de l’hôpital. Et de suggérer le « massacre programmé du système de santé » français !

Mais, la prise de position du Dr Delépine donne l’impression d’un mélange hardi de préoccupations professionnelles et des soucis d’organisation institutionnelle hospitalière. L’auteure parvient-elle à éviter l’amalgame et l’erreur ? Ne s’agit-il pas de l’instrumentalisation du suicide de quelques malheureux ?ELLEN POMPEO, SARAH DREW

Toujours est-il que le mouvement de restructuration de l’hôpital public est remis en cause. Plus précisément, la méthode employée d’un management qui serait le même que pour Renault et France Telecom. « La même agence de consulting chargée de restructurer FranceTélécom et EDF avec les conséquences que tout le monde connaît… s’occupe depuis les dernières années de restructurer la santé publique ».

Faut-il rappeler que la méthode en question est cognitivo-comportementale, promue par le Pr Légeron sous l’emblème des RPS (Risques Psycho-Sociaux) ? Lire cette synthèse sur le sujet. Continuer la lecture de « Le suicide de quelques médecins traduit-il la mort de l’ensemble du système de santé français ? »

Un acte politique et esthétique

Pour Cédric Lagandre, le suicide est politique car il vise le « non-personnel ».

A Tibetan man screams as he runs engulfed in flames after self-immolating at a protest in New Delhi, India, ahead of Chinese President Hu Jintao’s visit to the country Monday, March 26, 2012. The Tibetan activist lit himself on fire at the gathering and was rushed to hospital with unknown injuries, reports said.

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Clinique du suicide

Préface de Darian Leader, psychanalyste à Londres

« Pourquoi un être humain se donne-t-il la mort ? Dés sa parution, Clinique du suicide s’est imposé comme une contribution essentielle à l’étude de cette question énigmatique qui convoque ici psychanalystes, philosophes, critiques littéraires et anthropologues.
Si le cadre de ces essais est psychanalytique, leur portée est incontestablement plus large. Les  »épidémies » de suicide qui ont attiré l’attention du public ces dernières années – chez France Télécom en Europe, chez Toyota et d’autres entreprises en Asie – témoignent de ce changement radical de la vie moderne. Continuer la lecture de « Clinique du suicide »

Mortel Champix !

Le Champix, produit par les laboratoires Pfizer est utilisé dans le sevrage du tabac. Aux USA, il est accusé d’avoir induit une « centaine de suicides réussis » selon Ernest Cory, l’avocat des plaignants.

En France aussi !

La notice d’information jointe au médicament vendu en pharmacie indique clairement : « Des cas  de dépression, d’idées et comportements suicidaires ainsi que de tentatives de suicide, ont été rapportées chez des patients traités par CHAMPIX. Si vous prenez CHAMPIX et que vous présentez une agitation, une humeur dépressive, une modification du comportement qui vous préoccupe vous, votre famille ou votre médecin, ou si vous développez des idées ou comportements suicidaires vous devez interrompre votre traitement et contacter votre médecin immédiatement ».

Commission de transparence de la HAS (Haute Autorité de Santé) du 24 06 2009 sur le Champix

Point d’information de l’AFSSAPS du 08 07 2008 sur le Champix

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CHAMPIX® : Suicides et troubles psychiatriques, la France n’est pas épargnée

7 cas de suicide et 92 cas de troubles psychiatriques graves en majorité liés à des idées ou des comportements suicidaires après 14 mois de commercialisation en France. Ainsi, fin mars 2008, le bilan de pharmacovigilance, établi « sur » environ  468.000 patients traités, rapportait 1.700 notifications d’effets indésirables dont 92 cas de troubles psychiatriques graves  chez des patients qui ne présentaient pas d’antécédents psychiatriques connus avant la prise de Champix®. Pourtant en Europe comme aux Etats-Unis, en janvier 2009, le Comité des médicaments de l’Agence européenne n’a pas considéré devoir mettre en garde de manière plus renforcée, les professionnels de santé sur le risque de dépression ou de comportement suicidaire.

Champix® a obtenu une autorisation de mise sur le marché européenne septembre 2006. Sa commercialisation, depuis février 2007, s’est accompagnée d’emblée d’un plan de gestion des risques européen, auquel s’ajoute un suivi de pharmacovigilance renforcé au niveau national. Environ 500.000 personnes sont traitées chaque année par Champix® en France : Entre février 2007 et mai 2008, environ 516.000 patients ont été traités par Champix® en France.

En 2007, le Comité du Médicament à usage humain (CMPH) de l’Agence européenne du médicament (EMA)  demande à ajouter dans la notice le risque d’infarctus du myocarde, de troubles dépressifs et de comportements suicidaires mais sans qu’un lien soit établi avec la prise de Champix®, ces symptômes pouvant apparaître lors de tout sevrage tabagique. Le laboratoire, indique bien dans la notice du produit que depuis sa commercialisation, des cas de crises cardiaques, d’hallucinations, de modifications de la pensée ou du comportement (telles qu’agressivité ou comportement irrationnel), de dépression et de pensées suicidaires ont été rapportés chez des personnes qui tentent d’arrêter de fumer avec Champix.

Fin mars 2008, le bilan de pharmacovigilance, établi après 14 mois de commercialisation en France, ne remettait pas en cause le rapport bénéfice / risque de Champix® mais signalait que sur environ 468.000 patients traités, environ 1.700 notifications d’effets indésirables avaient été recueillies dont 174 cas graves concernent essentiellement des troubles psychiatriques (92 cas), cardiovasculaires (24 cas) et neurologiques (16 cas), tels que crises d’épilepsie ou pertes de connaissance. Les cas de troubles psychiatriques graves (92) concernaient pour l’essentiel des idées et des comportements suicidaires, bien que la plupart des patients ayant développé ces troubles ne présentaient pas d’antécédents psychiatriques connus avant la prise de Champix®, précisent l’Afssaps en juillet 2008. 12 décès avaient alors été rapportés (dont 7 cas de suicide). Néanmoins, aucun lien n’avait alors pu être établi avec la prise de Champix®. Néanmoins, la commission nationale de pharmacovigilance avait alors estimé qu’après 14 mois de commercialisation de Champix en France, le suivi national de pharmacovigilance montrait que les résultats étaient « conformes au profil de sécurité d’emploi attendu et ne relevaient pas la survenue d’effets indésirable inattendus majeurs.

L’avis de la Haute Autorité de Santé du 24 juin 2009, rapporte ensuite (et à nouveau) les résultats de l’étude Aubin (revue Thorax 2008) : « Dans les 4 dernières semaines de traitement de cette étude, le taux d’abstinence continue a été significativement plus élevé dans le groupe varénicline que dans le groupe TNS. Cependant cette différence entre les groupes de traitements n’est plus observée à 6 mois ni à un an. ». La HAS cite aussi les conclusions de l’étude Cochrane (2004) dont « Le risque relatif d’abstinence continue à 1 an de la varénicline versus TNS de 1,31 (IC 95%: 1,01 – 1,71) ».

Le rapport « mondial » de pharmacovigilance 2008 (PSUR pour Product Safety Update Report) –Voir tableau ci-contre- qui couvre la période de mai 2008 à novembre 2008 informe sur un total de 12.143 événements indésirables rapportés dans le monde depuis mai 2006, 2.160 événements indésirables en rapport avec le suicide, médicament confirmés pour 1.160 patients, soit environ 10% de l’ensemble des événements indésirables liés au Champix®.

Pourtant, en janvier 2009, le CHMP de l’Agence européenne n’a pas considéré que ces informations relatives au risque suicidaire, nécessitaient d’être renforcées dans le RCP pour mettre en garde les professionnels de santé sur le risque de dépression ou de comportement suicidaire.

De la même manière, avec plus d’un millier de plaintes contre le Chantix déposées aux Etats-Unis, pourquoi l’Agence américaine FDA qui communiquait, sans interdire, sur les dangers du médicament dès mars 2008 n’a-t-elle pas procédé au retrait pur et simple du médicament ? La même question sera très certainement posée aux autorités sanitaires européennes.

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Tabac: des centaines de plaintes contre le Champix

Article paru sur le site France 3, le 07 01 2011, par FTV :
 » 1.200 plaintes ont été déposées aux USA contre les effets secondaires du Chantix, médicament de sevrage tabagique.

Ce médicament, baptisé Champix en France, est accusé d’entraîner des états suicidaires, voire des passages à l’acte.

Le Chantix (varénicline) – autorisé sur le marché américain en 2006, et sur le marché français en 2007 sous le nom de Champix – fait l’objet de  nombreuses publicités notamment télévisées vantant ses mérites.

L’ensemble des dossiers émanant de tous les Etats-Unis a été centralisé dans un tribunal fédéral de l’Alabama (sud) qui, selon un décompte effectué par l’AFP à partir de documents judiciaires, a déjà enregistré plus de 1.200 plaintes individuelles de consommateurs de Chantix ou de leur famille.

La procédure a été confiée par l’organe judiciaire américain chargé de centraliser les dossiers comportant des plaintes multiples venant de différents Etats à une juge unique, Inge Johnson. Si elle n’en est qu’à ses prémisses, elle pourrait se solder par un chèque très élevé du laboratoire américain, pour peu que la justice établisse des défaillances dans la conduite des essais cliniques préalables à la commercialisation du médicament.

Le principal avocat des plaignants, Ernest Cory, a assuré s’attendre encore au dépôt d' »un millier d’autres » plaintes pour « négligence » contre le laboratoire pharmaceutique américain Pfizer. « La plupart des cas présentés impliquent des problèmes neurologiques », indique-t-il, citant « suicides, tentatives de suicide et trous de mémoire » et évoquant, parmi les 1.200 plaintes déjà déposées, « bien plus d’une centaine de suicides réussis ». « 60% des plaintes parlent de tentatives de suicide ou de suicides réussis », ajoute-t-il.

Interrogé par l’AFP, le laboratoire Pfizer a estimé qu' »il n’existe pas de preuve scientifique que le Chantix ait provoqué les accidents neurologiques rapportés par les plaignants ». « Le Chantix est un traitement efficace pour de nombreux fumeurs qui souhaitent arrêter et nous avons l’intention de défendre ce médicament utile », a ajouté Victoria Davis, porte-parole du laboratoire.

Plusieurs scenarii sont possibles dans cette procédure qui « avance rapidement », a expliqué M. Cory. Il a exclu la possibilité de voir celle-ci aboutir à un unique procès du Chantix, jugeant que chaque plainte individuelle est « un cas unique ». La juge Johnson pourrait établir un canevas général de procédure et renvoyer les plaintes dans chacune de leur juridiction d’origine ou bien organiser elle-même un ou plusieurs procès exemplaires.

L’éventualité d’un accord financier global entre Pfizer et les plaignants est également  envisageable, même si M. Cory a assuré dans l’immédiat « ne rien en savoir ».

Si les plaignants obtiennent gain de cause en justice, il est également possible que l’Agence américaine du médicament (Food and Drug administration, FDA), qui a déjà exigé l’imposition d’avertissements stricts sur les boîtes de Chantix, décide à terme de retirer le médicament du marché ».

Psychanalyse au travail : du symptôme au suicide, le 08 janvier 2011 à Lille

Journée d’étude organisée par ALEPH et CP-ALEPH

Samedi 8 janvier 2011 (9h – 18h)

Skema de Lille, avenue Willy Brandt, 59000 Lille (Euralille), amphi A
Ouvert à tous, participation aux frais 30€ (10€ pour les étudiants et les demandeurs d’emploi)
Renseignements : www.aleph.asso.fr

Argument

Au cours des dix dernières années, le thème du travail et les problématiques politiques et sociales qui lui sont associées ont émergé régulièrement sur la scène médiatique : débat autour de la réduction ou de l’augmentation du temps de travail, loi sur le harcèlement moral au travail, questionnements récurrents sur la « perte de sens » au travail, etc. Plus récemment, la question du suicide au travail a pris une ampleur particulière avec la série de suicides survenus au technocentre de Renault, au point que le ministère du travail a commandé en mars 2008 une étude épidémiologique sur le stress au travail. Cette tendance s’est accentuée non seulement en France mais aussi en Chine, au Japon, en Inde, en Italie, etc. Le suicide au travail paraît ainsi accompagner l’extension de la mondialisation et de ses crises.

Alors que semblent s’opposer d’un côté un discours médiatique accusateur qui rend l’organisation du travail responsable de ces suicides et, de l’autre, un déni des directions concernées qui essaient d’effacer tout lien entre le travail et la souffrance psychique, il nous semble essentiel de rétablir la dimension subjective qu’escamotent ces positions contraires. La psychanalyse permet en effet d’interroger d’une autre façon le rapport complexe du sujet au « travail », et sa rencontre singulière avec des situations concrètes de travail.

Intimement lié au désir, le travail peut être une source de création, l’occasion de dépasser des contraintes, un terrain d’expérimentation ou de découverte. Il peut être la scène sur laquelle le sujet cherche à faire reconnaître sa singularité, tout en étant reconnu socialement et intégré. Ainsi Freud a souligné la valeur du travail, conçu comme une des voies possibles de la sublimation qui permet « d’(y) transférer les composantes narcissiques, agressives, voire érotiques de la libido »1.

Il implique dans tous les cas une confrontation au réel, soit à ce qui dans la réalité, est « impossible à supporter ». Il prend ainsi pour le sujet la place d’un symptôme : « ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire », selon Lacan, soit ce qui insiste dans la réalité comme un « os » voire un problème. Il est alors la source d’une souffrance qui peut, dans certains cas, mener à l’extrême du suicide.

Lien privilégié entre l’individu et la société, le travail est une part éminente du « Malaise dans la culture » décrit par Freud. Dans ce colloque, qui réunira des psychanalystes et des spécialistes du monde du travail, nous explorerons la place, toujours singulière, du travail dans la subjectivité de celui qui travaille…ou ne travaille pas. Nous réfléchirons donc aux raisons pour lesquelles le travail, dans notre société, a valeur de symptôme : symptôme individuel dont le sujet ne cesse de parler et/ou de se plaindre, symptôme collectif quand il devient un signifiant incontournable du discours économique, politique ou médiatique mais également du discours commun. Nous chercherons aussi les causes de la vague actuelle de suicides au travail. Nous soumettrons à une interrogation critique les pratiques qui se développent dans le monde du travail, se généralisent à toutes les institutions passant de l’entreprise à l’école, l’université, l’hôpital, l’administration, sur le postulat de leur nécessité soi-disant évidente. Quid, par exemple, du recours systématique à l’évaluation, avec ce qu’elle suppose de formatage et de normalisation irréversibles : l’évaluation ne revient-elle pas finalement à une demande d’effacement du singulier, et au désir de faire disparaître ce qui relève du sujet dans le travail ? Pourquoi l’évaluation séduit-elle tellement, malgré l’appauvrissement des pratiques auquel elle conduit ? Cet effacement du sujet serait-il rassurant pour certains ?

1 Freud S., Le malaise dans la culture, PUF, 2007

Programme

9 h – Accueil des participants

9 h 15 – Introduction

Franz Kaltenbeck, psychanalyste, rédacteur en chef de la revue Savoirs et clinique

9 h 30 – 11 h

Présidente de séance : Bénédicte VIDAILLET, de conférences à l’Université de Lille 1

« Aime ton travail comme toi-même ! »

Geneviève MOREL, psychanalyste, docteur en psychologie clinique et psychopathologie, auteur, entre autres, de Clinique du suicide (sous la dir. de, Erès, 2002 et 2010)

Au moment de la grande dépression de 1929, Freud notait que « La grande majorité des hommes ne travaille que par nécessité, et les problèmes sociaux les plus difficiles proviennent de cette aversion naturelle des hommes pour le travail » (Le malaise dans la civilisation, ch.2). La nécessité est pour Lacan une caractéristique du symptôme — ce qu’est devenu le travail pour nombre d’analysants qui en parlent à longueur de séance. Ils ne témoignent cependant de nulle aversion mais plutôt d’une aspiration angoissée à bien faire leur travail, au-delà de tout motif rationnel comme la peur d’être « viré » en cette période de crise. Ils en sont même si tourmentés que l’on peut se demander si « Aime ton travail comme toi même ! » n’est pas un commandement du surmoi culturel de notre époque. Nous étudierons cliniquement les formes prises par cette idéologie du travail bien fait dans une société qui ne protège plus guère de diverses formes de précarité.

Suicide au travail : organisation du travail et responsabilité

Rachel SAADA, avocate, spécialiste de droit social, défend les familles de salariés qui se sont suicidés

Argument à préciser

11 h – 11 h 15 Pause café

11 h 15 – 12 h 45

Présidente de séance : Chantal DALMAS, psychiatre et membre de l’Aleph

« Pèse-moi ! » ou : de l’étrange désir d’être évalué

Bénédicte VIDAILLET, maître de conférences à l’Université de Lille 1, auteur de Les ravages de l’envie au travail (2007, Prix du livre RH Science Po/Le Monde)

On ne compte plus le nombre de recherches montrant que le développement systématique des systèmes et outils d’évaluation dans de nombreuses organisations a des conséquences désastreuses : inhibition du travail en équipe, compétition stérile, appauvrissement de l’activité, intensification du travail, production de contre-performances, etc. La plupart des personnes s’en plaignent. Pourtant force est de constater que ces méthodes ne cessent de se développer. Nous posons l’hypothèse que ce développement fulgurant n’est rendu possible que grâce au consentement, plus ou moins caché sinon inconscient, des salariés eux-mêmes. Ceux-ci ne sont pas simplement victimes d’un système ; ils y participent activement. A quelle demande inconsciente correspond le désir d’être évalué ? A qui cette demande s’adresse-t-elle et que met-elle en jeu ? De « comme sortir de l’idéologie de l’évaluation ?», la problématique devient alors : « comment faire sortir de soi l’idéologie de l’évaluation ? »

Commentaire de Chantal DALMAS : l’évaluation en psychiatrie

Présentation et projection du film « Et voilà le travail ! »

Florette EYMENIER, réalisatrice

Premier Prix au Festival de l’Acharnière (mai 2010), sélectionné au Festival Documentaire Traces de vie (novembre 2010) et au Festival Filmer le travail (janvier 2011), Et voilà le travail ! est un film de 17 minutes, qui met en forme le travail du XXI° siècle. A partir de témoignages de travailleurs très divers – du cadre « nomade » à l’intérimaire en passant par le stagiaire ou l’opératrice d’un centre d’appel -, des récits ont été écrits puis portés à l’écran par des comédiens. Parce qu’ils sont portés par d’autres corps, à la fois relais et alias, ces textes ainsi devenus génériques montrent de manière saisissante combien la « nouvelle économie » trouve son principe formel dans la désincarnation même des rapports sociaux.

12 h 45 – 14 h 15 Déjeuner

14 h 15 – 15 h 45

Président de séance : Philippe SASTRE-GARAU, psychiatre, psychanalyste et membre de l’Aleph

Suicide au travail : du diagnostic à la prévention

Dominique HUEZ, médecin du travail, auteur de Souffrir au travail : comprendre pour agir (2008), Président de l’association Santé et médecine du travail

Comment le travail peut-il nous pousser au suicide ? Quel rapport y a-t-il entre un mal de dos et un travail auquel vous pensez, chaque jour, en vous disant : « J’en ai plein le dos » ? Est-ce une première étape qui, de fil en aiguille, va vous conduire vers l’arrêt de travail, puis, qui sait, vers une dépression et même un suicide ? A partir de mon expérience en tant que médecin du travail depuis trente ans, j’aborderai la question du suicide au travail et de ses causes, notamment organisationnelles. Je réfléchirai également au rôle du médecin du travail, à la manière dont il peut prévenir et dépister les atteintes à la santé du fait du travail, à la posture éthique qui peut le guider et aux moyens pratiques (travail en réseau, formation, etc.) qui lui permettent de jouer pleinement son rôle.

Dire que non…Portrait de Bartleby en révolutionnaire

Sylvette EGO, formatrice d’adultes, membre de l’Aleph

Gilles Deleuze et Slavoj Zizek font de Bartleby, personnage éponyme d’une nouvelle de Melville, l’emblème d’une véritable alternative à la subordination dans le travail. La « formule » de Bartleby : «I would prefer not to», et les effets qu’elle produit, sont au centre de leur interprétation. Cette promotion semble se faire au prix d’une sorte d’oubli des deux auteurs : la fin tragique de Bartleby. Sa mort rend pourtant le récit moins « violemment comique » que ne le dit Deleuze et laisse perplexe sur la portée révolutionnaire du renoncement de Bartleby que pose Zizek ; même si tous deux s’accordent finalement à voir de la violence dans ce que crée le personnage. S’il n’est guère possible de faire une analyse du personnage Bartleby en termes de structure psychique, puisqu’il parle si peu, il peut être intéressant d’interroger ce qui engage les deux auteurs à situer l’alternative au processus capitaliste dans la souffrance d’un « au moins un » qui le mettrait en cause.

15 h 45 – 16 h Pause café

16 h – 17 h 45

Président de séance : Jean-Claude DUHAMEL, psychologue clinicien et membre de l’Aleph

Le travail, un possible anti-dépresseur ?

Aurélien ROCLAND, auteur – réalisateur, co-auteur de la série documentaire « 1000 chercheurs parlent d’avenir »

En octobre dernier, 21 chercheurs de tous horizons ont été interrogés à propos de leur métier et de leur vision de l’avenir. Quels mots ont-ils choisi face à la caméra ? Le résultat inattendu de cette rencontre entre l¹art et la recherche est assurément l¹émergence quasi-systématique d¹une subjectivité où transparaît le point d’appui que peut constituer le travail pour les individus lorsque celui-ci leur apporte une satisfaction évidente. Grâce au lien aux autres qu’il organise et qu’il soutient et parce qu’il reste en lien avec le désir, le travail, dans ce cadre particulier apparaît comme le meilleur antidépresseur qui soit.

Le travail n’est pas sans risque

Dr Emmanuel FLEURY, psychiatre, psychanalyste, Lille

Comment passe-t-on de la « sécurité sociale » (Conseil National de la Résistance, 1944) aux « risques psycho-sociaux » du rapport Légeron et Nasse en 2008 ? Disons-le tout net, alors que les firmes comme Apple affichent une fraternité qui cache mal la tyrannie régnant dans ses ateliers délocalisés en Asie (Foxconn), la prévention des risques plonge l’idéal de sécurité dans l’horreur de l’esclavage. L’histoire d’un cadre travaillant dans une institution publique en voie de privatisation me permettra de montrer la dangereuse glissade de la « sécurité » au « risque » qui a manqué de l’entrainer dans la destruction pure et simple.

Renseignements pratiques

Skema de Lille, avenue Willy Brandt, 59000 Lille (Euralille), amphi A

Participation aux frais 30€ (10€ pour les étudiants et les demandeurs d’emploi)

Renseignements www.aleph.asso.fr – contacter Bénédicte Vidaillet (bvidaillet@aleph.asso.fr) uniquement pour les demandes d’informations non trouvées sur le site

Skema de Lille, avenue Willy Brandt, 59000 Lille (Euralille), amphi AOuvert à tous, participation aux frais 30€ (10€ pour les étudiants et les demandeurs d’emploi)Renseignements : www.aleph.asso.fr