Malaise à France Telecom Orange

Malgré la mobilisation à France Telecom, cette entreprise continue sa marche vers la réduction de ses frais de fonctionnement. La hot line de la branche Orange distribution ne doit-elle pas être confiée à un prestataire de service à Tarbes ? Des plateaux 118712 de renseignements téléphoniques ne seront-ils pas supprimés à Macon et à Sochaux ?

Menaces, culpabilisation des salariés, ségrégation, suicides…. le malaise continue à France Telecom Orange !

Ci-dessous, l’enquête de Cécile Ducourtier fait un point sur ces questions.

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France Telecom, blues toujours

Par Cécile Ducourtieux, Le Monde, 02 04 2010

Devenu le symbole du stress au travail, l’opérateur de télécommunications tente de combattre le phénomène. Mais, pour de nombreux salariés, rien n’a changé. Et l’entreprise compte presque un cas de suicide par semaine depuis janvier

Danielle Rochet a un petit sourire fatigué. La déléguée syndicale SUD y avait « cru» quand les dirigeants de France Télécom lui avaient expliqué, il y a six mois, que « les choses allaient changer ». Le « 1016 », le centre d’appels consacré aux PME d’Annecy-le-Vieux (Haute-­Savoie) où elle travaille comme conseiller client, était endeuillé par le suicide d’un collègue, Jean-Paul Rouanet. Un lundi matin, fin septembre, au lieu de rejoindre son travail, il s’est jeté du haut d’un viaduc.

Au début, après le drame, Danielle Rochet avait voulu le croire quand on lui avait dit: « Plus jamais ça! »Mais six mois plus tard, elle se dit qu’elle a été « naïve». Depuis, la « crise des suicides» a éclaté au grand jour, la direction de l’opérateur de télécommunications a reconnu le nombre des drames-(32 entre début 2008 et novembre 2009) et accepté d’ouvrir un débat sur le stress au travail. Elle a organisé des « assises de la refondation», mandaté un cabinet externe, Technologia, et rendu publique son enquête, édifiante, sur le mal-être de son personnel.

Le PDG, Didier Lombard, et le directeur pour la France, Louis-Pierre Wenes, ont été écartés. Stéphane Richard, le nouvel homme fort, a multiplié les déclarations d’ouverture. Signé deux accords importants avec les syndicats, dont un actant la fin des « mobilités forcées» mises en place pour pousser le plus de monde possible vers la porte, notamment les fonctionnaires (deux tiers de l’effectif) et les plus de 50 ans. Il a aussi promis un « plan de refondation» avant l’été.

Mais rien n’y fait, des salariés de France Télécom continuent de se suicider: on compte presque un cas par semaine depuis début 2010. Et à Annecy, Nancy ou Paris, les témoignages se recoupent: le moral reste bas. Au mieux, on s’impatiente, au pire on broie du noir.

. Certes, des choses ont changé. Des fermetures de sites ‘ont été annulées, corn, me à Cahors ou à Marmande. Des projets de mutations forcées enterrés, comme à Donges. Et des chantiers ouverts. A Annecy, le recrutement d’un « soutien métier », pour assister les téléopérateurs perdus dans le maquis des nouvelles offres commerciales, est en cours.

Une formation pour les « appels difficiles» (les clients qui rouspètent) a également été dispensée. « Cela n’existait pas avant, ça a été utile », précise Sonia Aoua­fa, une collègue de Mm. Rochet. « Les nouveaux arrivants sont mieux accompagnés, surtout s’ils viennent des fonctions techniques. On ne les lâche pas tout de suite dans le grand bain », ajoute Gaétan Prou, élu au comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT).

Pour le médecin du travail, Monique Fraysse, « la pression est bien tombée. Avant, les managers avaient les yeux rivés ‘sur leurs compteurs. A Grenoble, dans les boutiques Orange, ils ont cessé d’afficher tous les jours les résultats individuels des vendeurs ». « Et quand des salariés craquent, nos chefs essayent de trouver Ul’)e solution, assure Jean-Marc Lassoutanie, délégué CGT des boutiques Orange à . Paris. Avant, ils n’auraient jamais accepté. Aujourd’hui, ils ont peur des suicides, que leur responsabilité soit engagée. »

Il y a surtout eu « une libération de la parole», selon Monique Fraysse. « On se remet à parler du travail. Les salariés osent dire qu’ils ne sont pas contents, qu’ils en ont assez de maltraiter les clients, parfois de leur forcer la main pour parvenir à leurs objectifs de vente. »Le problème, c’est que ces prises de parole ont suscité un énorme espoir. Puis une grosse déception chez ceux qui attendaient un véritable· électrochoc, et qui ne l’ont pas ressenti. « On a été écoutés, mais on ne sait pas si on a été entendus Il, résume Danielle Rochet.

Beaucoup trouvent les mesures de la direction trop « cosmétiques ». Les responsables du « 1016 » d’Annecy-le-Vieux ont proposé de placer au centre du plateau une vitrine pour accueillir les « œuvres » des téléopérateurs (dessins, etc.): « Certains l’ont pris pour une provocation « , selon Mm’ Rochet. Elle aurait préféré une vraie réflexion sur les conditions de travail: « On ne demande pas la semaine de 20 heures! Juste un plateau insonorisé, des bureaux plus conviviaux où l’on puisse se voir entre collègues. Nos chefs ont à portée de main des choses pour changer mais ils ne s’en saisissent pas, c’est moche « , s’enflamme-t-elle.

Il y a aussi eu l’instauration des déjeuners d’équipe, pour recréer du lien entre des salariés hyper-individualisés. Sur le site Orange distribution (service logistique de l’offre mobile) de Bagneux (Hauts-de-Seine) où travaille Margaret Corving­ton-Guerlais, déléguée CGT, « on se remet à fêter les anniversaires, une fois par mois. Mais ce ne sont pas des choses qui se décrètent. Cela devrait venir naturellement! »

Même incrédulité chez Jean-Claude (il n’a pas souhaité donner son nom de famille), vendeur dans une boutique Orange à Nancy: « Un matin, on a eu droit aux croissants et au jus d’orange. On n’avait rien à se dire; normal cela fait des années qu’on ne se parle plus. Il « Ce qui a changé? Pas grand-chose … Ah si! Maintenant, on se dit bonjour. Avant, c’était considéré comme une perte de temps « , témoigne line jeune femme de l’unité de facturation et de recouvrement de Villers-lès-Nancy, où toutes les factures du groupe sont imprimées. L’endroit a été baptisé « l’hôpital Il: c’est là qu’échouent tous ceux qui ont été trop « cassés » par le système, par exemple ceux qui ne sont plus capables de tenir sur un centre d’appels.

En réalité, pour Philippe Dillier, de SUD, en poste à l’agence entreprises Grand Est, «on en est juste revenu à une situation légale ou antérieure. Au respect par exemple des instances représentatives du personnel. Ou au principe des rapprochements entre conjoints: autrefois, cela existait et marchait plutôt bien. Mais ça avait disparu, avec la privatisation de la société [au milieu des années 1990] ».

Certains déplorent la survie de pratiques antérieures: « On fonctionne encore par challenges [des concours entre salariés 1 sur le plateau. Pour des sommes’ ridicules, 150 euros à se partager à douze personnes Il, regrette Danielle Rochet. Parfois même, elle trouve que c’est ·pire qu’avant: « La direction a mis en place des objectifs collectifs ~inatteignables. Du coup, comme certains vendeurs ont perdu jusqu’à 40 % de leur part variable, ceux qui ont des difficultés pour vendre culpabilisent car ils se sentent responsables vis-à-vis de leurs collègues ».

Et, çà et là, les réorganisations continuent. « Nous avons appris au début de l’année que la hot line de la branche Orange distribution devait être externalisée à un prestataire de services, à Tarbes, s’insurge Margaret Corvington-Guerlais. Il y a vingt salariés basés à Boulogne, qui se sont vu proposer un avenant à leur contrat de travail. Ils peuvent rester sur place, mais à condition d’accepter une réduction de salaire pouvant aller jusqu’à 15 %: c’est illégal! Il « C’est complètement faux « , réagit cependant Jacques Moulin, directeur France des ressources humaines (DRH) du groupe.

Des plateaux « 118712» (renseignements téléphoniques) vont aussi être supprimés à Mâcon et à Sochaux. Mais les personnels’ seront maintenus sur place, précise la direction. Quant aux « espaces développement», chargés de réorienter des salariés ou dé les pousser vers la sortie, ils existent toujours. « C’est encore la menace si on ne tient pas nos objectifs « , assure Jean-Claude, à Nancy. Seul changement, « ils n’envoient plus de courriels, ils téléphonent », selon Margaret Corving­ton-Guerlais.

Le problème, poursuit Mme Corvington-­Guerlais, c’est que «ce sont nos « N +1 » [responsables hiérarchiques directs] qui ont organisé les assises de la refondation. D’un seul coup, ils nous disent qu’ils sont devenus gentils, alors qu’ils nous ont piétinés pendant des années, et il faudrait les croire? Il « Il n’y a plus d’esprit d’équipe, de collectif, il a été méthodiquement cassé, avec les réorganisations perpétuelles. Cela ne pourra pas revenir en quelques semaines, renchérit Patricia Ville min, de l’agence entreprises Grand Est, à Nancy. Quant à nos managers, ils avaient tous les droits. On ne peut pas leur demander d’un seul coup de devenir des démocrates ! »

Pour un vrai changement, il faudrait revoir complètement l’organisation du groupe, soulignent les salariés de France Télécom. « C’est un fonctionnement militaire: les ordres viennent d’en haut, et cela descend en cascade « , regrette M. Lassou­tanie. « L’idée est de décliner les accords nationaux au niveau local. Mais localement, quand il s’agit d’embaucher, on vous dit: il faut voir avec le national. Et au national, on vous dit que c’est au local de négocier. Au final, personne n’est responsable de rien « , déplore Pierre Joseph, vendeur dans une boutique parisienne et délégué CGT.

La direction de France Télécom a accepté de débattre de l’organisation du travail. Jacques Moulin, le DRH France, «  souhaite que ce chantier soit terminé avant l’été. Il est très lourd, mais nous avons vraiment la volonté d’aboutir. Quelle autre entreprise que nous met autant d’ardeur à changer ? La direction ne refuse pas la discussion sur le fond, reconnaît Philippe Méric, du syndicat SUD, mais cela avance très lentement. Et on ne sait pas à quel accord on aboutira au final ».

« C’est vrai qu’il y a un sentiment d’urgente chez beaucoup de salariés. Mais des négociations sont en cours, il faut laisser les choses se dérouler jusqu’au bout Il, tempère Monique Fraysse, médecin du travail, l’une des rares à rester résolument optimiste ».

« N’entrez pas, appelez la police », travailler à Pôle emploi

Daniel Mermet, dans son émission « Là bas, si j’y suis » de mars 2010, a enquêté sur le travail des agents de Pôle Emploi. Un matin, un agent voit sur la porte du bureau de son collègue l’affiche: « n’entrez pas, appelez la police » ! Il s’était pendu….

C’est le résultat de la gestion du travail selon la logique par objectifs. « Il s’agit de se plier à l’exigence de la fonction publique », donc, « le facteur humain disparait ».

Précision: l’objectif est celui de 500.000 radiations par an.

Pôle emploi est une machine à radier où les agents se surnomment les « radiateurs » !

Occuper une fonction à Pôle Emploi est vécu sur le mode d’une contrainte sans choix possible, un impératif, une exigence qui ne peut laisser d’autre alternative que de quitter Pôle Emploi. Et qui semble d’ailleurs se solder par un départde toute façon.

Tout particulièrement pour le travail temporaire dont nous avons un témoignage avec Lucien. Lucien est en CDD à Pôle Emploi, 45 ans, 800 euros pour 26 heures : « je vois la misère tous les matins (…) quand je rentre, je suis mort ». Est-ce que vous avez la possibilité de faire ne sorte que la personne ne soit pas radiée ? : « moi, c’est pas ce qu’on m’a demandé. On m’a demandé de démarrer une procédure (de radiation), quand il y a lieu de le faire. Donc, j’ai des directives, j’ai des consignes, je ne vais pas dire de laisser passer (…) on se sent coupable. On ne vous laisse pas le choix, si tu le fais pas, tu pars faire un bouleau ailleurs, faire autre chose. Mon parcours chez Pôle Emploi est tout frais. Au mois de mai, je n’y serai plus, je craquerai ? Je ne sais pas bien où je vais ».

C’est à ses intérimaires que Pôle Emploi impose la tâche de radier les autres sans emploi. L’intérimaire subit une contrainte d’autant plus forte qu’il ne sait pas s’il sera encore à Pôle Emploi trois mois après.

Vous pouvez écouter l’émission en cliquant sur ce liens:

L’avenir radié, 1ère partie

L’avenir radié, 2ème partie

Les références du CHU de Rouen sur le suicide

actes de congrès

article de périodique

assistance par téléphone

association

association patients

bibliographie

cours

étude comparative

étude évaluation

examen national classant

film éducatif

graphique

information patient et grand public

information scientifique et technique

lecture critique d’article

publication officielle

questionnaire

rapport technique

recommandation

recommandation de santé publique

recommandation par consensus

recommandation pour la pratique clinique

recommandation professionnelle

site institutionnel

  • Réseau du respect de la vie « Le Réseau de respect de la vie est un projet de l’Organisation nationale de la santé autochtone. Le site Internet offre des ressources et une information culturellement pertinentes sur la prévention du suicide, pour aider les communautés autochtones à faire face à l’épidémie de suicides qui sévit actuellement chez les jeunes des Premières nations, inuits et métis au Canada. » [langue : anglais, français, inuit ; format : html ; accès : gratuit et libre ; site non parrainé ; visité le 17/04/2008] – Fr.
    Descripteur(s) MeSH : *adolescent ; *Inuits ; *suicide/prévention et contrôle\site institutionnel
    Type(s) de ressources CISMeF : *site institutionnel

son (acoustique)

structure recherche

  • CRISE – Centre de Recherche et d’Intervention sur le Suicide et l’Euthanasie Diminuer le suicide et les comportement suicidaires et leurs conséquences négatives présentation du centre : thématiques et axes de recherche ; informations sur les membres et chercheurs ; liste de leurs publications et des projets ; informations pratiques sur le centre de documentation [langue : anglais, espagnol, français ; format : html ; accès : gratuit et libre ; site parrainé fonds privés ; visité le 16/05/2000] – Be.
    Descripteur(s) MeSH : *euthanasie ; *suicide/prévention et contrôle
    Type(s) de ressources CISMeF : *structure recherche

tableau

Le suicide pour échapper au cercle solitaire, G. Morel

Il est très utile de lire le dernier livre de G. Morel, La loi de la mère, en particulier le chapitre VI sur « Les prolongements du symptôme », dans lequel elle met en évidence un troisième type de « prolongement » du symptôme de Joyce.

Dans ce chapitre, G. Morel examine le rapport de Joyce à sa fille Lucia, et elle évoque une présentation de malade de Lacan. Il s’agit du cas intitulé « Entretien de Jacques Lacan avec Gérard Lumeroy », paru en 1992 dans Le discours psychanalytique. Lacan, avec ce patient, « s’intéresse à la progression pathologique du rapport de ce sujet au message de l’Autre ».

On peut consulter le texte intégral de cette présentation de malade sur Internet sur le site de l’ELP, ainsi qu’aux commentaires de Lacan. Lacan fait un premier commentaire à la fin de la présentation et un deuxième plus compliqué lors de son séminaire Le sinthome.

Et ce patient explique quelque chose d’important à propos de son suicide.

Il considère que la cause de son suicide est due à la perception de son secret par l’Autre, ce qu’il appelle « le cercle solitaire ». Dans un premier temps, le symbolique est noué au réel et les deux se distinguent nettement de l’imaginaire. Puis, l’amorce de la télépathie créée une « embrouille » du réel et du symbolique, ce qui le conduit au suicide.

C’est ce développement du symptôme qui est le plus intéressant car il suppose une progression du symptôme en rapport simultané avec l’apparition du suicide.

Ce patient montre l’existence d’un nouage du réel et du symbolique, l’embrouille du nouage R-S lors de l’apparition de la télépathie, l’éclosion de son suicide, et permet des considérations générales sur le sinthome dans ses rapports au suicide.

En effet, on pourrait dire que dans le cas de Gérard, le suicide est le point d’effondrement ou d’effacement du symptôme, le moment où l’amalgame réel – symbolique faisant pont vers l’imaginaire « s’embrouille » et où la distinction, la « disjonction » de ces trois registres devient impossible.

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atelier « Prévention du suicide », Savoirs et clinique, 19 janvier 2008, résumé de l’intervention tenant compte des précieuses remarques de B. Lemonnier, S. Boudailliez et M. Vaneufville.

– Morel G., La loi de la mère, essai sur le simthome sexuel, Anthropos, 2008

– pages 154 et 155

– Entretien du 10 février 1976. On peut télécharger le texte de l’entretien à partir du site « Pas tout Lacan » à http://www.ecole-lacanienne.net/pastoutlacan70.php

– Morel, p. 155

– Lacan J., Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p. 94-97

Bibliographie du blog

Si vous souhaitez me recommander une référence, envoyez un mail. Je la reporterai volontiers.


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« Orange stressé », là-bas si j’y suis, D. Mermet

La psychanalyse commence en ouvrant ses oreilles….

Les agents de France Telecom ont des choses à nous dire, écoutons-les !

Daniel Mermet a réalisé une série remarquable de reportages sur les suicides chez France Telecom, cela vaut la peine de prendre le temps d’écouter ses émissions.

Certains de ces suicides sont absolument sidérants. Il n’en reste pas moins la nécessité de s’en faire une idée. Que s’est-il passé ? Que se passe-t-il ?

Les témoins sont émouvant. Au delà, ce qu’ils nous racontent nous est nécessaire.

Alors, cliquez et écoutez Daniel Mermet nous emmener avec son équipe, dans les soutes de la grande entreprise de France Telecom !

Orange pressé – I

Orange pressé – II

Orange pressé – III

« Travailler à en mourrir », par Moreira et Prolongeau

Dans « Travailler à en mourir« , un livre à paraître le 14 octobre chez Flamarion, les journalistes Paul Moreira et Hubert Prolongeau retracent le parcours des victimes anonymes du « culte de la performance » et du profit à tout prix. Dans leur enquête, ils tentent de décrypter comment le « système tue » dans des situations aussi différentes que la banque, la sidérurgie ou encore chez Renault. Pour eux, « on détourne le débat,  la démission de Didier Lombard n’est pas le problème, ce n’est qu’un pion, un autre ne fera pas mieux ».

France Télécom, Renault… comment le « système » tue – Nouvel Obs
Dans "Travailler à en mourir", un livre à paraître le 14 octobre chez Flamarion, les journalistes Paul Moreira et Hubert Prolongeau retracent le parcours des victimes anonymes du "culte de la performance" et du profit à tout prix. Dans leur enquête, ils tentent de décrypter comment le "système tue" dans des situations aussi différentes que la banque, la sidérurgie ou encore chez Renault. Pour eux, "on détourne le débat, la démission de Didier Lombard n’est pas le problème, ce n’est qu’un pion, un autre ne fera pas mieux". Lire aussi le dossier du Nouvel Observateur

Vidéo publiée par le site Nouvel Obs

A France Télécom, la vague de suicides se poursuit

Un rapport préconise de reconnaître quatre décès comme accidents de service

“ C’est un précédent important: des suicides de fonctionnaires de France Télécom pourraient être reconnus comme des « accidents de service », l’équivalent pour les agents publics, des accidents de travail pour les salariés de droit privé.

Un rapport, remis le 3 mars à la direction de l’opérateur de télécommunications par l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales, ayant des missions interministérielles de contrôle du travail et de la santé), recommande que quatre des sept cas de suicides ou tentatives de suicide qui lui ont été soumis soient requalifiés en accidents de service. Il s’agit plus précisément de 3 suicides et d’une tentative. Les syndicats n’ont reçu le rapport de l’IGAS que mardi 9 mars et les identités des fonctionnaires concernés ne leur ont pas été communiquées.

Ces 7 cas sont intervenus entre début 2008 et fin 2009. La direction de France Télécom, qui a finalement accepté en septembre 2009 de reconnaître l’existence d’un profond malaise chez ses 100000 salariés français (dont deux tiers de fonctionnaires), a reconnu 32 suicides entre début 2008 et le 1er décembre 2009, toutes catégories de personnel confondues. Elle reconnaît aussi huit suicides de plus depuis début 2010. Les syndicats en compte neuf.

Contactée, la direction assure qu’« elle suivra les recommandations » de l’IGAS. Dans un courriel transmis aux organisations syndicales, elle précise: « Cette note servira de guide pour les autres suicides ou tentatives de suicide n’ayant pas encore fait l’objet d’une décision de la part de l’entreprise. »

La direction de France Télécom doit maintenant convoquer une « commission de réforme », une instance consultative paritaire composée de médecins, de représentants de l’administration et du personnel, qui donnera son avis sur l’imputabilité au service des suicides. « Cela ne devrait pas être un obstacle», espère Christian Pigeon, du syndicat SUD.

Ce serait en tout cas une première chez France Télécom. De mémoire de syndicalistes, la direction n’a jamais reconnu sa responsabilité dans ce type de drames pour des fonctionnaires. En 2009, elle l’avait fait pour une salariée de droit privé qui s’était donné la mort sur son lieu de travail à Paris.

Globalement positif

Les membres de l’Observatoire du stress, mis en place en 2007 par les syndicats SUD et CFEUNSA de France Télécom, jugent le rapport de l’IGAS globalement positif. « La reconnaissance en accident de service est fondamentale. Elle permet aux familles d’élaborer un deuil. Elle les allège aussi d’un énorme souci financier. Même si c’est affreux de parler de sous dans ces cas-là, il faut savoir qu’aucun contrat d’assurance n’assure contre un suicide. Par contre, l’assurance rembourse le prêt d’une maison, par exemple, quand le suicide est requalifié »; explique la psychiatre Brigitte Font Le Bret. « Cela va enfin permettre aux comités d’hygiène et de sécurité [CHSCT] de réfléchir concrètement aux moyens de prévenir le stress», pour Anne-Marie Minella, du syndicat CFE-CGC-UNSA.

Mme Font Le Bret a toutefois des regrets. «La direction de France Télécom a perdu beaucoup de temps. Elle aurait dû mettre immédiatement en place une commission de réforme au lieu d’attendre l’IGAS. Par ailleurs, elle n’aurait pas dû, il y a trois ans, prendre la décision de centraliser à Paris toutes ces commissions. Avant, elles avaient lieu au niveau départemental, et c’était beaucoup plus efficace. »

Cécile Ducourtieux

Le Monde, le 12 03 2010

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Renault : le suicide était lié au travail

Un troisième suicide au Technocentre est reconnu comme accident du travail

Raymond D., technicien au Technocentre Renault, s’était donné la mort en février 2007. Le tribunal des affaires de Sécurité sociale (Tass) de Versailles a reconnu hier ce suicide comme accident du travail. « La hiérarchie a confié à Raymond D. un objectif à atteindre, sans s’interroger sur la capacité psychique et physique de son salarié à supporter cette charge accrue de travail », ont estimé les juges du Tass.

« C’est le premier pas vers la reconnaissance de la responsabilité de Renault dans le suicide de Raymond D. », s’est félicitée Emmanuelle Boussard-Verrecchia, l’avocate de la veuve du technicien, qui a l’intention de demander la reconnaissance de la faute inexcusable du constructeur automobile. Ce salarié de trente-huit ans s’était pendu à son domicile le 16 février 2007, en laissant une lettre où il était écrit? : « Je ne peux plus rien assumer, ce boulot c’est trop pour moi, ils vont me licencier et je suis fini, je ne saurai pas faire son top série de merde à Gosn (sic) et à Hamel, pardon, bonne chance. » Très bien noté, apprécié de sa hiérarchie, il n’avait pas supporté la pression qu’il subissait du fait de ces objectifs, avait plaidé l’avocate à l’audience. « Nous pensons d’abord à la famille », a commenté Pierre Nicolas, de la CGT du Technocentre. « Nous espérons que l’accumulation de décisions allant dans le même sens va conduire Renault à revoir son système d’évaluation et d’entretiens annuels. » Pour le syndicaliste, « la notation qui renvoie aux individus la responsabilité des problèmes de l’entreprise et les culpabilise est très mal vécue par les salariés ». Les trois suicides survenus au Technocentre entre 2006 et 2007 ont été reconnus comme accidents du travail, et la justice a reconnu la faute inexcusable pour l’un d’eux, mais Renault a fait appel.

Lucy Bateman, L’Humanité, 10 03 2010


Lacan, le suicide et le sinthome ?

Dans son séminaire sur le sinthome, Lacan évoque le cas d’un personne rencontrée en présentation de malade. Ce dernier estimait que ses réflexions les plus intimes étaient connues de tous, ce qui l’affolait et l’avait décidé à se suicider. Car, il n’avait plus de secret, ni de « réserve ». Lacan estime que James Joyce présentait ce style de télépathie. Lacan en voit la preuve dans le fait qu’il suppose cette télépathie à sa fille, « prolongeant » ainsi son sinthome vers une elle.

Voici la citation du passage en question :

Lacan, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p. 94-97

« Je me suis permis la dernière fois de définir comme sinthome ce qui permet au nœud à trois, non pas de faire encore nœud à trois, mais de se conserver dans une position telle qu’il ait l’air de faire nœud à trois. (…)

Joyce a un symptôme qui part de ceci que son père était carent, Continuer la lecture de « Lacan, le suicide et le sinthome ? »

Actes destructeurs symptômes, Le suicide inconscient, S. Freud, 10

Au cours de son chapitre 8 de la Psychopathologie de la vie quotidienne 1, Freud est donc parti des actes manqué comme exemple d’actes destructeurs éventuellement inconscients.

Les significations de ces actes peuvent être multiples et doivent donc être interprétées selon chaque cas particulier (sacrifice, punition, désir réprimé, etc…). Freud envisage maintenant de préciser la nature de l’acte destructeur sous l’angle du symptôme après avoir discuté de la valeur de compromis des actes manqués destructeurs.

Il aborde pour cela l’exemple suivant en partant d’une situation de « conflit » personnel, page 214. Ce n’est pas un cas de suicide et nous verrons à la fin de ce post quelles en sont les raisons.

Freud a « entrepris un jour de rétablir la vie conjugale d’un homme très intelligent, dont les malentendus avec sa femme qui l’aimait tendrement, auraient sans doute pu reposer sur des raisons réelles, mais ne suffisaient pas à les expliquer suffisamment. Il était sans cesse préoccupé par l’idée du divorce, sans pouvoir s’y décider définitivement, à cause de ses deux enfants en bas âge qu’il adorait. Et pourtant, il revenait constamment à ce projet, sans chercher un moyen de rendre la situation supportable ».

Le « conflit » évoqué est donc intra-psychique. Cet homme est partagé, divisé, entre l’idée obsédante de divorcer d’une part, et son amour pour les personnes dont il envisage de se séparer d’autre part. Pour Freud, ce conflit témoigne d’un symptôme. Il suppose des motifs inconscients et refoulés, il est possible d’y mettre fin par une psychanalyse.

Un jour, cet homme est effrayé par un accident. « Il jouait avec l’aîné des enfants, celui qu’il aimait le plus, en le soulevant et en le baissant alternativement ; à un moment donné, il le souleva si haut, juste au-dessous d’un lustre à gaz, que la tête de l’enfant vint presque se cogner contre ce dernier. Presque, mais pas tout à fait… », page 214.

C’est donc un acte manqué. Ses effets auraient été destructeurs à l’égard d’un tiers, son fils.

La peur de cet homme lui donna le vertige et l’immobilisa par la terreur. « L’adresse particulière de ce mouvement imprudent, la violence de la réaction que celui-ci a provoquée » évoque une mauvaise intention à l’égard de l’enfant. Freud parvient à « supprimer » l’opposition entre la tendresse du père pour son enfant et l’idée d’une mauvaise intention à son égard, « en faisant remonter l’impulsion malfaisante à une époque où l’enfant était unique et tellement petit qu’il ne pouvait encore inspirer aucune au père tendresse ».

Ce qui permit à Freud de supposer que « cet homme, peu satisfait de cette femme, pouvait à cette époque-là avoir l’idée de concevoir le projet suivant : « si ce petit être, qui ne m’intéresse en aucune façon, venait à mourir, je deviendrai libre et pourrai me séparer de ma femme ». Son désir inconscient s’était fixé à l’époque où l’un de ses petits frères est mort, « mort que la mère attribuait à la négligence du père et qui avait donné lieu à des explications orageuses entre les époux, avec menace de séparation ». Le traitement est couronné de succès.

L’acte symptomatique permet de révéler, au premier plan, une intention malveillante à l’égard d’un tiers actuel à l’acte et, au deuxième plan, un désir malveillant inconscient fixé (à une époque antérieure). Les deux situations, à des époques différentes, sont reliées par une identification du sujet au père. L’acte est symptomatique dans la mesure où il porte la maladresse à une puissance seconde. Non seulement, il exprime un conflit actuel entre une intention et sa répression mais en plus, il se double d’une intention inconsciente ancienne. Il s’agit là du minimum exigible pour pouvoir affirmer l’existence d’un symptôme.

Freud n’a pas la possibilité d’exposer un exemple de suicide  » mi-intentionnel  » dont l’analyse puisse démontrer clairement qu’il s’agit d’un symptôme tel qu’il le conçoit. Ce détour par l’exemple de l’homme qui veut divorcer, un acte manqué destructeur vis-à-vis d’un tiers, lui permet d’évoquer subtilement quels sont les éléments exigibles pour démontrer l’existence d’un éventuel suicide symptôme.

S’il a été facile à Freud de nous exposer des actes manqués à valeur de suicide via ses effets, il reste encore à faire la preuve d’un suicide symptôme. Ce chapitre huit est donc une sorte de programme, une feuille de route dans laquelle Freud précise ses instructions et la voie à suivre pour ce faire.

Après tout, il est très réconfortant d’apprendre par Freud, qu’il reste encore du travail à abattre ! Je pense que l’étude de ce chapitre 8 est un prémice des futurs développement de Freud (dans Deuil et mélancoliePour introduire le narcissisme, etc…) : la répétition et la jouissance indiscible présente dans le symptôme. Le tout conduisant Freud à renverser les causes et les effets: l’angoisse est la source du refoulement et non le contraire. C’est une piste à suivre pour une lecture de ses textes.

Fin du commentaire !

1 – S. Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne (trad. S. Jankélévitch), 1901, édition de 1923, petite bibliothèque Payot, 11, Paris, 1967

Articles précédents : « le suicide inconscient » pour Freud :

Le suicide inconscient

Déterminisme symbolique des actes manqués par méprise

Le dédoublement de l’acte

L’étonnant sang-froid en présence de prétendus accidents

Un cas freudien d’acte destructeur manqué

Le suicide mi-intentionnel est-il un suicide inconscient pour Freud ?

Une formation de compromis

La multiplication des causes

Actes destructeurs visant inconsciemment la vie de tierces personnes

Actes destructeurs symptômes