Ophélie et le nom du père, le suicide d’Ophélie (9)

Il s’agit encore de passer beaucoup de temps à baliser les étapes qui introduisent le suicide d’Ophélie dans Hamlet, la pièce de Shakespeare. Et pour cela, progressons pas à pas. Avant d’aborder le suicide d’Ophélie en lui-même par la forme et le contenu de la folie qui le précède, je pense qu’il n’est pas inutile d’évoquer rapidement son frère Laërte.Eugène_Delacroix,_Hamlet_and_His_Mother

Comme tel, il partage ses intérêts patrimoniaux selon les règles de l’époque en ce domaine. Nous allons voir que l’enjeu ne se laisse pas enfermer dans la seule cage de son « fidèle amour ». Laërte et Ophélie ont tous les deux perdu leur père à plus d’un titre. Ce que Lacan a souligné. Ils sont les vis-à-vis d’Hamlet qui, pour d’autres causes, se trouve dans un contexte de perte analogue.

Laërte et Ophélie se disent les enfants de Polonius. Mais, cette désignation est-elle vraie ? Continuer la lecture de « Ophélie et le nom du père, le suicide d’Ophélie (9) »

Il a voulu créer « l’exemple le plus détaillé de l’histoire, d’une lettre d’adieu… »

41KxX.St.81Martin Manley, journaliste sportif, spécialiste de basket, a préparé minutieusement le site internet qu’il laisserait après son suicide. Il a prépayé Yahoo pour cinq d’hébergement et échafaudé un site détaillé, « le plus détaillé de l’histoire » selon ses dires.

Pourquoi ?
Pour que « l’on se souvienne de lui pendant des années ».
Lire cet article de Will Oremus du 17 08 2013, sur Slate

Le suicide de quelques médecins traduit-il la mort de l’ensemble du système de santé français ?

Le Dr Delépine évoque les suicides de certains médecins : le « patron de la pneumologie à Nevers » et le Dr Gressé, médecin du travail. Ces suicides sont interprétés en rapport avec la restructuration en cours de l’hôpital. Et de suggérer le « massacre programmé du système de santé » français !

Mais, la prise de position du Dr Delépine donne l’impression d’un mélange hardi de préoccupations professionnelles et des soucis d’organisation institutionnelle hospitalière. L’auteure parvient-elle à éviter l’amalgame et l’erreur ? Ne s’agit-il pas de l’instrumentalisation du suicide de quelques malheureux ?ELLEN POMPEO, SARAH DREW

Toujours est-il que le mouvement de restructuration de l’hôpital public est remis en cause. Plus précisément, la méthode employée d’un management qui serait le même que pour Renault et France Telecom. « La même agence de consulting chargée de restructurer FranceTélécom et EDF avec les conséquences que tout le monde connaît… s’occupe depuis les dernières années de restructurer la santé publique ».

Faut-il rappeler que la méthode en question est cognitivo-comportementale, promue par le Pr Légeron sous l’emblème des RPS (Risques Psycho-Sociaux) ? Lire cette synthèse sur le sujet. Continuer la lecture de « Le suicide de quelques médecins traduit-il la mort de l’ensemble du système de santé français ? »

Le cri de la chouette, le suicide d’Ophélie (8)

Revenons sur Ophélie et la folie qui la prend avant son suicide. La dernière fois, nous avons vu qu’Ophélie affirme savoir la vérité. C’est sa folie.ophechante

Ophélie cesse de chanter un moment pour revenir dans la conversation avec la Reine. Sérieusement. Elle s’exclame qu’elle « ne peut s’empêcher de penser qu’ils voulaient (la cour ?) le coucher dans la terre froide. Mon frère le saura 1 ».

Elle est allusive. « On dit que la chouette (the owl) était la fille d’un boulanger ».

Continuer la lecture de « Le cri de la chouette, le suicide d’Ophélie (8) »

Un acte politique et esthétique

Pour Cédric Lagandre, le suicide est politique car il vise le « non-personnel ».

A Tibetan man screams as he runs engulfed in flames after self-immolating at a protest in New Delhi, India, ahead of Chinese President Hu Jintao’s visit to the country Monday, March 26, 2012. The Tibetan activist lit himself on fire at the gathering and was rushed to hospital with unknown injuries, reports said.

Continuer la lecture de « Un acte politique et esthétique »

Le suicide de l’amour fidèle, le suicide d’Ophélie (7)

En préambule, nous avons passé beaucoup de temps à baliser les étapes qui introduisent le suicide d’Ophélie dans Hamlet, la pièce de Shakespeare. La dernière fois, nous avons vu que plusieurs séries d’expressions labourent une terre de cadavres et de vers.

Dans le ciel, rôdent de « précieux secrets » prêts à s’envoler, difficiles à apercevoir. La vérité scintille d’une faible lueur contrainte à emprunter les dédales de la folie. Continuer la lecture de « Le suicide de l’amour fidèle, le suicide d’Ophélie (7) »

Douter ou croire ?

The sunset limited est un film réalisé pare Tommy Lee Jones qui reprend la pièce de Cormac Mc Carthy (2006). C’est un dialogue serré entre un ex-taulard croyant et un professeur suicidaire. Le croyant ne parvient pas à convaincre le sceptique de la nécessité de vivre. C’est à peine si le croyant n’en perd pas sa foi.

Le film est visible en cliquant sur ce lien.

Ouvrir la cage et se casser le cou, le suicide d’Ophélie (6)

Revenons au suicide d’Ophélie dans Hamlet, la pièce de Shakespeare. Je continue à suivre le texte de près, ne serait-ce que parce que Lacan l’a fait dans son séminaire Le désir et son interprétation en 1958 (Lacan J., Le séminaire, livre VI, La Martinière, juin 2013), ainsi que dans le séminaire L’angoisse en 1962. Ophélie semblait jouer le rôle d’objet du désir d’Hamlet, aussi bien que celui d’objet d’échange.

La mère d’Hamlet, Gertrude, s’est installée avec le nouveau Roi aussitôt la mort de son mari. Hamlet ne le supporte pas. Pour lui, la reine a commis un acte dégoûtant « qui efface la pudeur, qui falsifie les vœux, les serments », qui enlève « l’âme qui transforme la foi en rhapsodie de mots 1». Elle est celle qui détruit la parole pour la rabaisser au bla-bla. Il lui faudrait revêtir l’habit et la livrée de la vertu faute d’être vertueuse. Hamlet l’abjure de rejeter « la part mauvaise de son cœur, la corruption putride, pour son âme combattante (« fighting soul ) 2». En somme, Hamlet veut la maîtriser et l’éduquer. Il la dénonce, il ne supporte pas sa duplicité, il n’admet pas ses actes. Continuer la lecture de « Ouvrir la cage et se casser le cou, le suicide d’Ophélie (6) »

Vers et asticots, le suicide d’Ophélie (5)

L’Ophélie d’Hamlet s’est suicidée. Puisque la dernière fois nous avions évoqué les asticots qui mangent les cadavres, je vais continuer avec les vers (worms).

La question du cadavre de Polonius est celle de savoir où est-il passé quand Hamlet l’a tué. Elle est posée à plusieurs reprises dans l’acte II de la pièce, au point que l’on finit par se demander si elle ne jouerait pas un rôle particulier. Est-ce seulement un élément de transition théâtral dont la seule fonction serait de passer d’une scène à l’autre ? Il ne semble pas. Et si ce cadavre jouait un rôle majeur ?

Pour Antigone, nous connaissons la question de la sépulture de son frère pour laquelle elle est prête à mourir. Alors pour Ophélie et Polonius, qu’en est-il ?

La mort de Polonius est une méprise. Hamlet croyait tuer le roi Claudius, il ne tue que son conseiller Polonius. Dans le style de la vengeance la plus sauvage, du « œil pour œil, dent pour dent ». Si tu as tué mon père, je te tue. J’en ai eu l’idée, la pièce que tu viens de voir l’a mise en scène, alors je le fais ! Continuer la lecture de « Vers et asticots, le suicide d’Ophélie (5) »