Le « mot » de la fin !

Au fil de nos commentaires, nous avons pu préciser plusieurs choses à propos de l’Ophélie de la tragédie de Shakespeare. Les diverses qualités qui nous la présentent. Les fonctions qu’elle peut assumer dans ses relations avec les autres personnages de la pièce. Les effets que cela a dans le déroulement de cette pièce et en particulier pour Hamlet. Je considère que les qualités de la présentation, les fonctions assumées dans les relations et les effets de ces fonctions, sont trois modalités du sujet Ophélie dans cette pièces, trois modes de son être.

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Les doigts de l’homme mort, Ophélie se suicide (11)

L’Ophélie de Shakespeare va se noyer sous les « feuilles blanches » d’un saule « dans le miroir de l’eau ». Non sans avoir distribué des fleurs auparavant, en guise d’adieu à son entourage. Ophélie, par le seul geste de choisir et de distribuer ces fleurs, les assemble en « ingénieuses guirlandes (1) » (« fantastic garlandes »). Il s’agit d’une tresse de mots. Puisque ces fleurs sont des signifiants énigmatiques. 0206

Au sujet des « tresses », il y a un rapprochement distrayant à faire avec Freud. Une théorie en ethnologie veut que les femmes aient inventé le textile pour cacher leur sexe. Freud suppose que les femmes ont d’abord tressé leurs poils pubiens, avant de les détacher pour en faire des pagnes (2). De là, par extension, les tresses désignent la castration par extension. L’objet détaché est le résultat de cette opération symbolique. Comme les phallus et les serpents dont la Gorgone ou les sirènes se parent. De fait, Ophélie figure un tel personnage. Elle est celle qui nous met la castration sous le nez !  Continuer la lecture de « Les doigts de l’homme mort, Ophélie se suicide (11) »

Le saule, Ophélie se suicide (12)

Le suicide d’Ophélie dans Hamlet, la pièce de Shakespeare, nécessite de nombreux commentaires avant de pouvoir en saisir l’enjeu. Avant de conclure, je compte évoquer deux points supplémentaires : le statut du saule sous lequel Ophélie se rend pour se suicider et la question de l’être pour Hamlet. Ensuite, il me sera possible de ramasser les éléments parcourus pour tenter une construction de ce suicide.feuillage Éventuellement, en montrer « la structure ». Ce que Lacan pense envisageable : « Si nous essayons de porter ceci à propos de chaque cas, si nous faisons dans chaque cas un effort d’interrogation, nous retrouverons là ce que je prétends avancer comme une structure 1 ». Continuer la lecture de « Le saule, Ophélie se suicide (12) »

Porter son souci, le suicide d’Ophélie (10)

Shakespeare décrit en détail le suicide d’Ophélie dans Hamlet. Et plus j’avance dans ce commentaire, plus je réalise à quel point sa description est précise et complète. Elle apparaît comme un enchaînement d’événements, articulés les uns aux autres. Une articulation logique qui peut nous laisser espérer discerner la structure d’un tel acte.   lajeunefillealafleur

Déchue de l’amour d’Hamlet, elle est contrainte de lui rendre ses lettres. Son père Polonius décédé, elle devient folle. Dans un tourbillon de déclamations, ses déclarations sont autant de lettres d’adieu à ceux qu’elle a connue, Ophélie se rend sous un saule puis, se noie. Continuer la lecture de « Porter son souci, le suicide d’Ophélie (10) »

Ouvrir la cage et se casser le cou, le suicide d’Ophélie (6)

Revenons au suicide d’Ophélie dans Hamlet, la pièce de Shakespeare. Je continue à suivre le texte de près, ne serait-ce que parce que Lacan l’a fait dans son séminaire Le désir et son interprétation en 1958 (Lacan J., Le séminaire, livre VI, La Martinière, juin 2013), ainsi que dans le séminaire L’angoisse en 1962. Ophélie semblait jouer le rôle d’objet du désir d’Hamlet, aussi bien que celui d’objet d’échange.

La mère d’Hamlet, Gertrude, s’est installée avec le nouveau Roi aussitôt la mort de son mari. Hamlet ne le supporte pas. Pour lui, la reine a commis un acte dégoûtant « qui efface la pudeur, qui falsifie les vœux, les serments », qui enlève « l’âme qui transforme la foi en rhapsodie de mots 1». Elle est celle qui détruit la parole pour la rabaisser au bla-bla. Il lui faudrait revêtir l’habit et la livrée de la vertu faute d’être vertueuse. Hamlet l’abjure de rejeter « la part mauvaise de son cœur, la corruption putride, pour son âme combattante (« fighting soul ) 2». En somme, Hamlet veut la maîtriser et l’éduquer. Il la dénonce, il ne supporte pas sa duplicité, il n’admet pas ses actes. Continuer la lecture de « Ouvrir la cage et se casser le cou, le suicide d’Ophélie (6) »

Vers et asticots, le suicide d’Ophélie (5)

L’Ophélie d’Hamlet s’est suicidée. Puisque la dernière fois nous avions évoqué les asticots qui mangent les cadavres, je vais continuer avec les vers (worms).

La question du cadavre de Polonius est celle de savoir où est-il passé quand Hamlet l’a tué. Elle est posée à plusieurs reprises dans l’acte II de la pièce, au point que l’on finit par se demander si elle ne jouerait pas un rôle particulier. Est-ce seulement un élément de transition théâtral dont la seule fonction serait de passer d’une scène à l’autre ? Il ne semble pas. Et si ce cadavre jouait un rôle majeur ?

Pour Antigone, nous connaissons la question de la sépulture de son frère pour laquelle elle est prête à mourir. Alors pour Ophélie et Polonius, qu’en est-il ?

La mort de Polonius est une méprise. Hamlet croyait tuer le roi Claudius, il ne tue que son conseiller Polonius. Dans le style de la vengeance la plus sauvage, du « œil pour œil, dent pour dent ». Si tu as tué mon père, je te tue. J’en ai eu l’idée, la pièce que tu viens de voir l’a mise en scène, alors je le fais ! Continuer la lecture de « Vers et asticots, le suicide d’Ophélie (5) »

Les pieuses maquerelles, le suicide d’Ophélie (3)

Dans le Hamlet de Shakespeare, Ophélie est un personnage composite, mi-vierge, mi-sirène. Sa voix blanche séduit Hamlet. Elle représente l’idéal virginal masculin dont l’envers est celui du déchet boueux, comme nous l’avons vu dans le post précédent. Continuons à préciser ce que constitue ce personnage.

Dans cette pièce, certains mots ou certaines significations reviennent plus souvent que d’autres dans la bouche de plusieurs des personnages comme dans toute production écrite ou parlée d’ailleurs. Celles autour du thème de la prostitution sont remarquables. Elles s’appuient sur l’image du maquereau et de son vendeur.

En effet, Hamlet reproche à Polonius, le père d’Ophélie, de se comporter comme un « maquereau », un « fishmonger 1 ». « Monger » : un marchand, un vendeur du poisson que les séducteurs veulent attraper. Il devient maquereau par métonymie. Il serait celui qui lui « vend » Ophélie. Continuer la lecture de « Les pieuses maquerelles, le suicide d’Ophélie (3) »

Une mort fangieuse, le suicide d’Ophélie (2)

Ophélie s’est suicidée, celle du Hamlet de Shakespeare. Lacan a commenté ce geste dans son séminaire Le désir et son interprétation en 1958 (Lacan J., Le séminaire, livre VI, La Martinière, juin 2013), ainsi que dans le séminaire L’angoisse en 1962. Dans le précédent post, nous avons indiqué ce que Ophélie représente. Elle est une sirène blanche chantante et dangereuse.

Nous pouvons maintenant interroger la nature de sa mort. Le suicide d’Ophélie était une « muddy death » : boueuse, fangieuse, vaseuse, trouble, brouillée, obscure, souillée, tachée, sombre, ténébreuse, etc…

Il ne faut pas prendre cette expression sur un plan moral. Une conception certainement répandue en ce qui concerne le suicide qui fait l’objet de bien des condamnations, encore de nos jours. Nombreux sont ceux qui considèrent qu’un suicide dans leur famille est une tache dont il sera difficile de se laver. Continuer la lecture de « Une mort fangieuse, le suicide d’Ophélie (2) »

Une sirène blanche, chantante et dangereuse, le suicide d’Ophélie (1)

Ophélie, celle qui aime Hamlet. Vous connaissez ?

Je crois qu’il vaut la peine de revenir autant de fois que nécessaire sur le suicide d’Ophélie, tel que raconté dans le Hamlet de Shakespeare. D’abord parce que cette pièce est du rang de ces œuvres qui nous en apprennent beaucoup sur nos humbles existences. Mais, aussi parce que Lacan en a fait un long commentaire dans son séminaire Le désir et son interprétation en 1958 1, qui vient de paraître aux éditions de La Martinière 2, ainsi que dans le séminaire L’angoisse en 1962 3. Continuer la lecture de « Une sirène blanche, chantante et dangereuse, le suicide d’Ophélie (1) »

L’angoisse

Lacan J., le séminaire livre VI, Paris, Seuil, 2004

(Extraits de la version ALI)

Leçon du 28 novembre 1962

« C’est dans la mesure où une identification tout à fait différente que j’ai appelé identification avec Ophélie, c’est dans la mesure où l’âme furieuse d’Ophélie… c’est au moment de la révélation de ce qu’a été pour lui cet objet négligé, méconnu, que nous voyons là jouer dans Shakespeare à nu cette identification à l’objet du deuil … Cette identification à l’objet du deuil… l’entrée en Hamlet de la fureur de l’âme féminine, c’est ce qui lui donne la force de devenir à partir de là, ce somnambule qui accepte tout, jusque et y compris dans le combat d’être celui qui tient l’enjeu, qui tient sa partie pour son ennemi, le roi lui-même, contre son image spéculaire qui est Laërte. » Continuer la lecture de « L’angoisse »