L’étonnant sang-froid en présence de prétendus accidents, le suicide inconscient, 4

Dans son chapitre 8 de la Psychopathologie de la vie quotidienne 1, Freud indifference-poster-c12276930s’appuie sur des exemples cliniques pour étayer la thèse que les actes manqués relèvent d’intentions inconscientes sexuelles et multiples. Il en arrive alors à considérer les effets de ces actes manqué qui pour la plupart paraissent anodins pour leur auteur.

Peu-il arriver que ces actes manqué aient des effets graves ? Continuer la lecture de « L’étonnant sang-froid en présence de prétendus accidents, le suicide inconscient, 4 »

Le dédoublement de l’acte, Le suicide inconscient, S. Freud, 3

Dans son chapitre 8 de la Psychopathologie de la vie quotidienne 1, Freud 3braqueétudie les actes maladroits. Il a commencé par distinguer les actes par méprise, des actes symptomatiques. En précisant les actes par méprise, il en est venu à souligner leur « déterminisme symbolique ». L’acte manqué représente un objet. Il traduit une intention inconsciente à l’égard de cet objet initial que le deuxième objet sur lequel porte l’acte vient représenter à son tour.

Freud en vient alors à évoquer l’observation de MJ Jekels publiée en 1913 dans le journal international de psychanalyse, p.195 à 197. Continuer la lecture de « Le dédoublement de l’acte, Le suicide inconscient, S. Freud, 3 »

Le suicide inconscient, S. Freud

Dans son chapitre 8 de la Psychopathologie de la vie quotidienne 1, Freud étudie la possibilité d’une erreur dans les actes après avoir examiné les erreurs dans l’emploi du langage. Il distingue les actions symptomatiques et les méprises, selon que l’effet de l’acte parait absurde ou manqué. Après l’examen d’une série de cas, Freud montre finalement que peu importe l’effet de l’acte. Sa compréhension ne dépend pas de sa fonction, ni de sa signification quand au but. Le but n’est pas le référent qui permette d’en préciser la causalité. Il est nécessaire de prendre en compte les motifs inconscients de l’acte qui paraissent multiples.

Un certain nombre d’actes suicidaires ou d’actes dont les effets sont mortels, font partie de ces erreurs dans l’acte. Ce qui permet aussitôt de dire qu’il y a deux types d’actes suicidaires: les actes suicidaires par méprise et les actes suicidaires symptomatiques. Ces deux catégories font partie des « suicides inconscients ».

Il vaut la peine de passer en revue les exemples freudiens, dont certains empruntés à ses amis ou sa famille. L’idée de Freud est que les sujets ne peuvent pas reconnaitre le sens de leur acte autrement qu’en les qualifiant d’erreurs. Ce qui implique, et c’est un fait clinique de grande importance dans le quotidien de l’analyste, que le sujet ne peut reconnaitre ses motifs destructeurs que sous une forme déniée, négative. En effet, l’idée même d’avoir voulu se détruire ou de s’être mis en grand danger par ses actes, ne peut être directement abordée de face, consciemment.

Il ne faut pas croire pour autant que les suicides conscients, volontaires, n’existent pas. Mais, ce n’est pas l’objet de l’examen de Freud dans ce texte. En clinique aussi, les suicides conscients, délibérés, clairement voulus et projetés par le sujet, existent. Mais, dans ces cas, le travail de l’analyste est raccourci en quelques sortes. L’idée consciente de vouloir se détruire peut être directement discutée en entretien. Ce qui implique que la technique de l’entretien se trouve modifiée du fait de la forme dénégative des suicides inconscients où l’abord de la question est du coup indirecte et détournée. Le sujet devra consentir à tenir compte de ses erreurs et de ses absurdités.

C’est ce qui distingue l’analyse des psychothérapies de tout poil qui considèrent que nos actes sont forcément efficaces et cohérents. Un suicide, dans ce cas, est considéré comme tenté ou réussi. Ce qui réduit considérablement le champ de la question du suicide pour l’enfermer dans le petit espace des actes rationnels. Le suicide sera alors considéré par rapport à son effet. Il sera interprété selon la seule thématique de la suppression de soi.

L’analyse considère au contraire que le suicide s’étend bien au delà de la zone des actes rationnels. Bien plus, elle pense que ce sont ces actes absurdes ou manqués qui permettent d’aborder la vraie causalité du suicide. C’est une façon de sortir la question du suicide de celui de la raison pour la tirer du côté du symptôme. C’est un renversement complet de point de vue où l’on passe d’une perspective centrée par le but, l’efficacité de l’acte, pour basculer dans le domaine de l’inconscient qui divise le sujet.

La suite viendra au prochain billet où je compte examiner en détail les exemples apportés par Freud. Ces cas cliniques divers sont pertinents et gardent une fraîcheur utile à notre pratique actuelle.

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1 – S. Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne (trad. S. Jankélévitch), petite bibliothèque Payot, 11, Paris, 1967

Giovanni Segantini: un suicide inconscient ?

La mort du peintre Giovanni Segantini est assez étrange. Pour Abraham, cela ne fait aucun doute : il s’agit d’un suicide pour des motifs inconscients.

Un suicide inconscient ? Passer à l’acte sans motif apparent ?

Ne serait-ce pas pour cela que nombre de ceux qui sont passé à l’acte ont beaucoup de mal à reconnaître qu’ils avaient le désir de mourir ? Même longtemps après-coup ?

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Actes destructeurs symptômes, Le suicide inconscient, S. Freud, 10

Au cours de son chapitre 8 de la Psychopathologie de la vie quotidienne 1, Freud est donc parti des actes manqué comme exemple d’actes destructeurs éventuellement inconscients.

Les significations de ces actes peuvent être multiples et doivent donc être interprétées selon chaque cas particulier (sacrifice, punition, désir réprimé, etc…). Freud envisage maintenant de préciser la nature de l’acte destructeur sous l’angle du symptôme après avoir discuté de la valeur de compromis des actes manqués destructeurs.

Il aborde pour cela l’exemple suivant en partant d’une situation de « conflit » personnel, page 214. Ce n’est pas un cas de suicide et nous verrons à la fin de ce post quelles en sont les raisons.

Freud a « entrepris un jour de rétablir la vie conjugale d’un homme très intelligent, dont les malentendus avec sa femme qui l’aimait tendrement, auraient sans doute pu reposer sur des raisons réelles, mais ne suffisaient pas à les expliquer suffisamment. Il était sans cesse préoccupé par l’idée du divorce, sans pouvoir s’y décider définitivement, à cause de ses deux enfants en bas âge qu’il adorait. Et pourtant, il revenait constamment à ce projet, sans chercher un moyen de rendre la situation supportable ».

Le « conflit » évoqué est donc intra-psychique. Cet homme est partagé, divisé, entre l’idée obsédante de divorcer d’une part, et son amour pour les personnes dont il envisage de se séparer d’autre part. Pour Freud, ce conflit témoigne d’un symptôme. Il suppose des motifs inconscients et refoulés, il est possible d’y mettre fin par une psychanalyse.

Un jour, cet homme est effrayé par un accident. « Il jouait avec l’aîné des enfants, celui qu’il aimait le plus, en le soulevant et en le baissant alternativement ; à un moment donné, il le souleva si haut, juste au-dessous d’un lustre à gaz, que la tête de l’enfant vint presque se cogner contre ce dernier. Presque, mais pas tout à fait… », page 214.

C’est donc un acte manqué. Ses effets auraient été destructeurs à l’égard d’un tiers, son fils.

La peur de cet homme lui donna le vertige et l’immobilisa par la terreur. « L’adresse particulière de ce mouvement imprudent, la violence de la réaction que celui-ci a provoquée » évoque une mauvaise intention à l’égard de l’enfant. Freud parvient à « supprimer » l’opposition entre la tendresse du père pour son enfant et l’idée d’une mauvaise intention à son égard, « en faisant remonter l’impulsion malfaisante à une époque où l’enfant était unique et tellement petit qu’il ne pouvait encore inspirer aucune au père tendresse ».

Ce qui permit à Freud de supposer que « cet homme, peu satisfait de cette femme, pouvait à cette époque-là avoir l’idée de concevoir le projet suivant : « si ce petit être, qui ne m’intéresse en aucune façon, venait à mourir, je deviendrai libre et pourrai me séparer de ma femme ». Son désir inconscient s’était fixé à l’époque où l’un de ses petits frères est mort, « mort que la mère attribuait à la négligence du père et qui avait donné lieu à des explications orageuses entre les époux, avec menace de séparation ». Le traitement est couronné de succès.

L’acte symptomatique permet de révéler, au premier plan, une intention malveillante à l’égard d’un tiers actuel à l’acte et, au deuxième plan, un désir malveillant inconscient fixé (à une époque antérieure). Les deux situations, à des époques différentes, sont reliées par une identification du sujet au père. L’acte est symptomatique dans la mesure où il porte la maladresse à une puissance seconde. Non seulement, il exprime un conflit actuel entre une intention et sa répression mais en plus, il se double d’une intention inconsciente ancienne. Il s’agit là du minimum exigible pour pouvoir affirmer l’existence d’un symptôme.

Freud n’a pas la possibilité d’exposer un exemple de suicide  » mi-intentionnel  » dont l’analyse puisse démontrer clairement qu’il s’agit d’un symptôme tel qu’il le conçoit. Ce détour par l’exemple de l’homme qui veut divorcer, un acte manqué destructeur vis-à-vis d’un tiers, lui permet d’évoquer subtilement quels sont les éléments exigibles pour démontrer l’existence d’un éventuel suicide symptôme.

S’il a été facile à Freud de nous exposer des actes manqués à valeur de suicide via ses effets, il reste encore à faire la preuve d’un suicide symptôme. Ce chapitre huit est donc une sorte de programme, une feuille de route dans laquelle Freud précise ses instructions et la voie à suivre pour ce faire.

Après tout, il est très réconfortant d’apprendre par Freud, qu’il reste encore du travail à abattre ! Je pense que l’étude de ce chapitre 8 est un prémice des futurs développement de Freud (dans Deuil et mélancoliePour introduire le narcissisme, etc…) : la répétition et la jouissance indiscible présente dans le symptôme. Le tout conduisant Freud à renverser les causes et les effets: l’angoisse est la source du refoulement et non le contraire. C’est une piste à suivre pour une lecture de ses textes.

Fin du commentaire !

1 – S. Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne (trad. S. Jankélévitch), 1901, édition de 1923, petite bibliothèque Payot, 11, Paris, 1967

Articles précédents : « le suicide inconscient » pour Freud :

Le suicide inconscient

Déterminisme symbolique des actes manqués par méprise

Le dédoublement de l’acte

L’étonnant sang-froid en présence de prétendus accidents

Un cas freudien d’acte destructeur manqué

Le suicide mi-intentionnel est-il un suicide inconscient pour Freud ?

Une formation de compromis

La multiplication des causes

Actes destructeurs visant inconsciemment la vie de tierces personnes

Actes destructeurs symptômes