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Category: Infos, évènements et activités

A dangerous method, soirée débat le 30 janvier 2012, au cinéma Métropole à Lille, 20 h 00

Le film de David Cronenberg, « A dangerous method », est un film important.

D’abord, le travail de Cronenberg paraît considérable avec, sans doute, derrière ce film, pas mal de lectures et de documentation, tout ce travail paraît exact (1). On voit les échanges de courrier dans le trio Freud, Jung et Spielrein, reconstitué assez habilement.

Ensuite, à propos de sexe, nous voyons une scène assez piquante. Jung, tout en reconnaissant la découverte de Freud, l’importance de la sexualité dans les névroses, s’évertue à échapper à ça où à le contourner. C’est très bien rendu par ce film.

Un jour, on voit Jung et Sabina se promener. Jung lui explique que, bien sûr la sexualité, c’est important, merci à Freud de le démontrer mais, tout compte fait, n’y aurait-il quand même pas moyen de découvrir des facteurs de la névrose qui ne soient pas exclusivement sexuels ? La réponse de Sabina est claire et nette. Elle lui dit : « et pourtant, dans mon cas, c’était bien à cause de la sexualité ! » Dit comme ça, c’est convainquant et sans appel !

Et finalement, c’est ce point que nous ne rappelons peut-être pas assez et qui s’avère crucial. Le psychanalyste commence par se mettre en cause soi. Avant d’envisager de devenir analyste, chaque analyste s’est investi dans sa propre analyse. Là dessus, il n’y pas d’échappatoire possible, ce que nous montre Sabina.

Et c’est aussi par une sorte d’honnêteté par rapport à soi-même que nous pouvons avancer le mieux dans la science. En effet, la thèse de médecine de Sabina était en réalité son propre cas clinique. Sa théorie de la dissolution de soi dans l’amour, la tendance à la destruction citée dans ce film, c’est d’abord dans l’analyse que Sabina l’a expérimenté.

Alors, venez en discuter à la soirée débat de l’Aleph !

Cela va être passionnant !

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1 – pour s’en rendre compte, il suffit de consulter le livre intitulé « Sabina Spielrein : entre Freud et Jung », paru chez Aubier en 2004, d’après un dossier découvert par Aldo Carotenuto et Carlo Trombetta, l’édition française étant assurée par Michel Guibal et Jacques Nobécourt

Sexe, savoir et pouvoir, 13ème colloque de l’ALEPH, samedi 21 janvier 2012

Avenue Willy Brandt,59000 Lille
Plan d’accès

Télécharger le programme horaire avec le bulletin d’inscription =>

Le sexe, le savoir et le pouvoir s’enchevêtrent inextricablement. La science et la psychanalyse tentent, chacune à sa manière, de démêler cet écheveau où tous s’embrouillent. Ce qui noue ces trois termes, ce sont d’abord le langage et l’écriture.

Le savoir s’appuie sur le langage et l’écriture mathématique a été le médium principal du triomphe de la science moderne. Il n’y aurait ni informatique ni biologie sans les langages formels et leurs « petites lettres ».

Le pouvoir n’est pas pensable hors l’usage du signifiant. Lacan en tient compte avec son concept du « signifiant maître » qui est à la fois le signifiant qui représente le sujet et un signifiant au service de l’ordre dominant. La psychanalyse vise, dans sa pratique, à produire ce signifiant traumatique refoulé dans l’inconscient, pour désamorcer son emprise sur le sujet.
Il est moins aisé d’expliquer en quoi le troisième terme, le sexe, est lié au langage. Sans vouloir anticiper sur les lumières qu’apportera notre colloque pour répondre à cette question, nous dirons simplement ceci : S’il ne suffit pas de dire comme Freud que « l’anatomie, c’est le destin », c’est parce que la différence sexuelle ne se supporte pas seulement des caractères sexuels primaires et secondaires du corps. Les hommes et les femmes se rapportent avant tout de façon différente au langage. Cela implique qu’une femme ou un homme est libre de choisir son sexe malgré l’anatomie de son corps. Mais cela ne veut pas dire qu’il ou elle en fasse abstraction. Ils en jouent parfois. Or tout choix repose sur un acte de langage. Le signifiant nous accorde ainsi une marge de liberté. En 1958, Lacan écrit que l’être parlant doit passer par la menace de castration pour assumer son sexe. Comme cette menace ne saurait faire l’économie des mots, qu’elle est donc symbolique, chaque sujet peut y répondre à sa façon. Les femmes y répondent d’une façon différente des hommes : elles ne se rangent pas à part entière dans le domaine défini par la fonction phallique, censée soumettre tout un chacun à sa législation castratrice.
Sexe, savoir et pouvoir partagent encore le fait qu’ils nous dépassent et que nous ne pouvons pas nous en passer. De même que le pouvoir sans justice dégénère en violence, la justice sans pouvoir est impuissante. La détention du pouvoir pose néanmoins problème. Ainsi le partage du pouvoir dans les démocraties correspond il moins à une sagesse qu’à un calcul, car sa concentration dans la main d’un dictateur ou d’une oligarchie conduit toujours à la ruine d’un pays.
Le savoir, en lui-même illimité, montre toutefois à l’homme ses limites. Nul ne le possède dans sa totalité, même s’il est savant et érudit. Nul n’accède au savoir absolu. C’est parce que le savoir ne connaît pas de limites que tout ne peut pas se savoir.

Que nos trois concepts dépendent donc chacun de l’autre n’empêche pas qu’on ait envie de donner au savoir le privilège de prendre le dessus sur les deux autres. La philosophie a sans doute apporté un savoir sur le pouvoir politique et on ne peut nier que Freud, ses hystériques et leurs successeurs, aient produit un savoir sur le sexe. Mais un savoir peut-il exister sans pouvoir ? Cela serait-il pensable ? Lacan n’a-t-il pas dénoncé dès son « Discours de Rome » (1953) l’inconséquence des analystes qui, effrayés par la « figure de leur pouvoir », s’en détournent dans leur action même quand cette figure se montre à nu ? Lacan n’a-t-il pas remis le pouvoir à sa place dans la psychanalyse grâce à son écrit « La direction de la cure et les principes de son pouvoir » puis, plus tard, dans sa théorie des « quatre discours » où le pouvoir s’inscrit à la place de l’agent du
discours ?
Quant au sexe, il participe bien à la production des savoirs par le biais de la libido, que celle-ci agisse comme un moteur de la sublimation ou à l’intérieur d’un symptôme créateur, d’un « sinthome » ! Lacan distingue deux catégories de savoirs : le savoir dans le réel que le scientifique « a à loger » dans ses formules et le savoir de l’inconscient que le psychanalyste loge à une autre place, en tenant compte du savoir dans le réel et de ses effets sur l’être humain. Ce qui « passe » à l’inconscient n’est pas le sexe refoulé mais les bribes d’un savoir sur une expérience de jouissance sexuelle, bribes que le sujet n’a pu articuler. C’est ce « trognon de savoir », enkysté dans un symptôme, que le psychanalyste cherche à libérer par son interprétation.

Notre colloque interrogera donc les symptômes inquiétants qui se font jour dans notre société. On observe en effet une irresponsabilité grandissante au niveau politique, un vide du pouvoir décisionnaire, qui sont à l’origine de catastrophes toujours plus nombreuses au niveau de la santé, de l’environnement et de la stabilité économique. On croit pouvoir détourner l’attention de ce vide de pouvoir réel par les gesticulations du « tout sécuritaire », par la désignation de l’immigré comme bouc émissaire de la faillite économique, ainsi que par un souci de « pureté nationale », afin d’endiguer les poussées de fièvre qui font le bonheur de l’extrême droite. Les médias se font le support de l’hypocrisie ambiante dans leur discours sur le sexe : d’une part, on importe en France, à la suite de « l’affaire DSK », le puritanisme à l’américaine, croyant pouvoir ainsi faire face aux impasses sexuelles de notre époque. D’autre part, on ferme les yeux face aux
dérives de la jouissance liées aux sites pornographiques qui rapportent beaucoup d’argent. Or, la jouissance virtuelle cache mal les ravages de la misère sexuelle et permet d’éviter le risque de la rencontre réelle. Mais on ne dit pas assez que l’accès à cette jouissance industrialisée écrase le fantasme et se paie par l’augmentation des agressions sexuelles.
Ce colloque mettra à l’épreuve la théorie et la clinique analytiques contemporaines : comment la clinique analytique affronte-elle ce qui nous dépasse dans le sexe, le savoir et le pouvoir, pour les apprivoiser ? Quelles évolutions de la théorie nous permettent-elles de nous orienter dans l’écheveau formé par ces trois concepts ?


Pour télécharger le programme avec bulletin d’inscription et l’imprimer suivez ce lien =>


Samedi 21 janvier 2012
Skema de Lille, avenue Willy Brandt, 59000 Lille (Euralille), Amphi B


9:15 : Ouverture du Colloque par Isabelle Baldet, Psychanalyste, Secrétaire de l’ALEPH
Lecture d’un texte de Martine Aubry rédigé pour le 13e Colloque de l’ALEPH.

9:30-11 : présidence  Bénédicte Vidaillet, Maître de conférences à l’université de Lille 1

Laurent Le Vaguerèse
— Rafah Nached
Le 10 septembre la psychanalyste syrienne Rafah Nached disparaît  à l’aéroport de Damas, alors qu’elle s’apprêtait,  accompagnée par son mari le professeur et historien Faysal Abdallah,  à embarquer pour Paris où sa fille réside et est  sur le point d’accoucher. Un  mail de Sophie de Mijolla, Directrice de laboratoire à Paris VII,  qui avait été l’une de ses enseignantes lorsqu’elle faisait ses études de psychologie à Paris et avec laquelle elle avait organisé plus tard deux journées de rencontre  autour  de la psychanalyse en Syrie, me l’apprend. Elle me demande de diffuser la nouvelle. Je ne  connais  pas Rafah Nached et je n’ai pas d’intérêt particulier pour ce pays.  Le 16 Novembre, soit un peu plus de deux mois plus tard, j’apprends sa libération par Houriya Abdelouahed, une de ses amies qui enseigne à Paris VII et qui est en lien avec ses proches et le groupe qui s’est constitué  autour de Rafah Nached. Elle est en bonne santé mais son passeport lui a été retiré et dès le lendemain comme elle souhaitait entrer en contact avec les détenues avec lesquelles  elle avait été emprisonnée, elle reçoit un avertissement des forces de sécurité. Quelques jours plus tard, je reçois un appel téléphonique et j’entends pour la première fois la voix de Rafah Nached qui me remercie ainsi que tous ceux qui ont œuvré à sa libération. La voix est claire et assurée mais l’entretien est bref. Je sens que chaque mot est pesé. Entre temps, c’est à dire dans l’espace d’un peu plus de deux mois, le nom de Rafah Nached a circulé dans le monde entier, les psychanalystes de tous horizons et pas uniquement eux, ont appris son existence ainsi que son emprisonnement, une immense chaîne de solidarité s’est mise en place, et pour la première fois depuis 50 ans les psychanalystes de tous bords lacaniens et non lacaniens ont acceptés de siéger ensemble au Comité de Soutien.
Malgré la crise financière en Europe et dans le monde, les médias se sont tournés  vers ce petit pays soumis à la répression implacable d’un régime aux abois, dirigé par un médecin formé à Londres dans les meilleures universités  et qui tarde à tomber. C’est cette histoire et surtout les enseignements que j’ai pu en tirer que je souhaite partager avec vous.

Laurent Le Vaguerèse, Psychiatre, Psychanalyste à Paris, responsable du site Internet Oedipe.org, coordonne également le Prix Œdipe qui est remis chaque année à un auteur ayant publié dans l’année un livre original sur le thème de la psychanalyse.

Franz Kaltenbeck
— Perversion et psychose dans « Kant avec Sade »
Répondre à la question de savoir comment la perversion et la psychose se situent l’une par rapport à l’autre est nécessaire pour éclairer ces deux structures cliniques. Si la perversion évolue sous le régime logique du déni (de la castration) et la psychose sous celui de la forclusion (du Nom-du-Père et/ou du phallus) il est clair que ces deux structures ne se confondent pas. Un pervers ne rejette ni le père ni le phallus. Mais un psychotique peut trouver dans une perversion une assise qui ne se réduit pas aux« traits de perversion » toujours présents dans les fantasmes des névrosés. Un psychotique peut agir comme un pervers, s’habiller en pervers, jouer dans un scénario pervers. Selon Freud, la perversion est le négatif de l’hystérie. Pourrait-on affirmer que la perversion propose une scène pour la psychose ? Que la perversion ne se transforme pas en psychose ne rend pas pour autant le pervers insensible aux phénomènes psychotiques. Comme nous le verrons, dans l’écrit      « Kant avec Sade » (1963) de Lacan,  la perversion croise trois fois les voies de la psychose. Un pervers ne devient pas fou ni un fou pervers, et pourtant ni la perversion ni la psychose ne sont étanches l’une par rapport à l’autre. Les passerelles qui mènent de l’une à l’autre peuvent entraîner tel sujet  au crime sexuel et tel autre à une création sublime…

Franz Kaltenbeck, psychanalyste à Paris, Lille et au Service Médico-Psychologique Régional (SMPR) de la Maison d’Arrêt de Lille (Sequedin), Centre Hospitalier Régional, Université de Lille, enseigne la théorie et la clinique de la psychanalyse à Paris et à Lille dans le cadre de Savoirs et clinique, une association de formation permanente et au séminaire « Psychanalyse et criminologie » du SMPR de Lille. Il est le rédacteur en chef de Savoirs et clinique. Revue de psychanalyse et l’auteur de nombreux articles de psychanalyse et de critique littéraire ainsi que du livre Reinhard Priessnitz. Der stille Rebelle, Literaturverlag Droschl, Graz, Vienne, 2006. Le livreSigmund Freud. Immer noch Unbehagen in der Kulture, diaphanes, Berlin, Zürich, 2009 est paru sous sa direction.  

Pause

11:15-13:15 : Présidence Sylvie Boudailliez, Psychanalyste.

Bruno Nassim Aboudrar
— Dévastation : l’ombre du phallus
Une conception très ancienne du pouvoir qualifie celui-ci de terrible, le considérant en sa puissance, c’est-à-dire en l’inéluctabilité de ses effets : terreur et dévastation. La peur extrême ressentie alors étend l’esprit sur la terre, tandis que les destructions (incendies, pillages, plus tard, bombes), ramènent la terre elle-même à sa qualité originelle la plus inquiétante, le vaste, dont la culture, sillons et clôtures, est l’exact opposé. Sujets du sexe, les corps, et particulièrement mais non seulement ceux des femmes, subissent une dévastation comparable et associée (viols, famines, épidémies) qui les évide. Ce qui s’abat alors sur la terre et son peuplement – le fléau – échappe sur le moment au savoir humain, parce qu’il ne se connaît qu’en ses effets, et comme une ombre portée ou une fulguration qui aveugle. Ma communication se propose d’évoquer, et si possible de mettre en relation, des avatars très divers de cette figure du pouvoir dévastateur, le plus souvent empruntés à des artistes aussi incomparables entre eux (sinon par ce rapport qu’ils modalisent entre sexe, savoir et pouvoir) qu’Antoine Caron, Francisco Goya, Anna Mendieta ou David Nebreda.

Bruno Nassim Aboudrar, PR2 HDR – Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 -EA 185 – Institut de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel (IRCAV) Département : Médiation Culturelle -ED 267 – Arts & Médias. Publications : , Nous n’irons plus au musée, Aubier Montaigne (23 mai 1997), Voir les fous Presses Universitaires de France (PUF) (31 juillet 2000) La recherche du beau Pleins feux (juin 2001), Les passions de l’âge classique : Tome 2, Théories et critiques des passions (Presses Universitaires de France – PUF (7 août 2006) Pierre-François Moreau (Auteur), Bruno-Nassim Aboudrar (Auteur), Stefano Di Bella (Auteur), Collectif (Auteur), Ici-bas, (Gallimard 2009)

Geneviève Morel
— Vivons-nous dans une ère post-phallique ?
La passion contemporaine pour les logos et la consommation massive de contrefaçons de marques de luxe, notamment dans la mode, m’amènera, en m’appuyant sur la conception lacanienne du sexe, à examiner l’hypothèse d’un fétichisme de masse dans une ère dorénavant post-phallique.

Geneviève Morel, Psychanalyste à Paris et à Lille, ancienne élève de l’ENS, agrégée de l’Université (mathématiques), docteur en psychologie clinique et psychopathologie.  Auteur de : Ambiguïtés sexuelles. Sexuations et psychose, Anthropos Economica, 2000,  Clinique du suicide (sous la dir. de), Erès, 2002 (poche en 2010), L’œuvre de Freud. L’invention de la psychanalyse, Bréal, 2006 ; La loi de la mère. Essai sur le sinthome sexuel, Anthropos Economica, 2008, Pantallas y suenos. Ensayos psicoanaliticos sobre la imagen en movimiento, Barcelona, ediciones S&P, 2011,Sexual Ambiguity, London, Karnak Book, 2011. Enseignante à « Savoirs et clinique » à Lille et à Paris, présidente du Collège de Psychanalystes d’A.l.e.p.h.

Pause déjeuner                          

15-16:30 : Présidence, Catherine Adins, Psychiatre, Chef de service à la maison d’arrêt de Lille- Sequedin

Marcela Iacub
— Féminisme et domination sexuelle

Marcela Iacub est juriste de formation, chercheuse au CNRS et auteure de nombreux ouvrages :  Juger la vie (avec Pierre Jouannet), La Découverte, 2001, Le crime était presque sexuel et autres essais de casuistique juridique, Flammarion, 2002, Penser les droits de la naissance, PUF, 2002, Qu’avez-vous fait de la libération sexuelle ?, Flammarion, 2002, L’Empire du ventre : Pour une autre histoire de la maternité, Fayard, 2004, Antimanuel d’éducation sexuelle (avec Patrice Maniglier), Bréal, 2005, Bêtes et victimes et autres chroniques de Libération, Stock, 2005, Aimer tue, Stock, 2005, Une journée dans la vie de Lionel Jospin, Fayard, 2006, De La Pornographie En Amérique – La Liberté D’expression À L’âge De La Démocratie Délibérative Fayard 07/04/2010, Par le trou de la serrure. Une histoire de la pudeur publique, XIX-XXIe siècle, Fayard, 2008, Confessions D’une Mangeuse De Viande, Fayard, 2011.

Élise Pestre
— La violence politique exercée à l’encontre du sujet réfugié
Pour échapper à sa mise en péril et aux persécutions dont il a fait l’objet dans son pays, le demandeur d’asile doit trouver l’hospitalité sur une nouvelle terre d’accueil. Pourtant, la politique de soupçon mené aujourd’hui à l’égard de tous les migrants, amène les institutions qui statuent sur la demande d’asile, à remettre en question leurs allégations, doutes qui se traduisent le plus souvent par le rejet de la demande d’asile. Que produit ce « non » souverain chez le sujet en quête de refuge? Le signifiant rejet a le pouvoir d’infiltrer la capacité narrative des réfugiés traumatisés, et de les conduire, le cas échéant, à la création de témoignages malades. La rencontre avec le sexuel est bien souvent à l’origine de ces récits « mi-vrais, mi-fictifs », compositions hybrides qui continueront d’alimenter la nudité juridique du sujet. Même si la reconnaissance du politique à l’égard de ses requêtes n’a pas le pouvoir de suppléer en intégralité les attaques narcissiques dont le réfugié a fait l’objet, pour autant, elle participe d’une possible reconstruction et d’un frein à la répétition traumatique en jeu.

Élise Pestre, Maître de conférences à Paris 7 (Denis-Diderot), membre du laboratoire CRPMS (Centre de Recherches Médecine Psychanalyse et Société), Psychologue clinicienne, auteur du livre La vie psychique des réfugiés. (Payot & Rivages, 2010)
Pause

16:45-18 : Présidence, Lucile Charliac, Psychanalyste
Diane Watteau
— Ne me touche plus ou Rien ne va plus entre sexe, pouvoir et savoir.
Qu’est devenu le corps dans l’art contemporain ? Réduit à ses actions, à des micro-actions ou des micro-récits qui visent à réparer un lien social qui aurait disparu, le corps s’engage comme un objet de rigolade, le corps se fragmente comme moments de sexualités subis ou agressifs, quand il n’est pas un corps jouant au politique, un bio-corps ou un corps ironique. Dans notre société post-spectaculaire, du tout-contrôlable, du tout-évaluable, être vu devient un signe de pouvoir qui a déjoué le panoptique de Foucault. Nous tenterons de montrer que les liaisons entre les trois termes Sexe, pouvoir, savoir dans la représentation des rapports entre les corps masculins et féminins ne cessent de se dénouer, de se renouer autour du tact et de la vue.  Depuis la figure de « notre » grande malade Camille Claudel (qui veut tout nouer ensemble) jusqu’à la paralysie dans d’autres démarches artistiques (rien ne tient plus ensemble) nous nous attarderons sur une reterritorialisation violente d’un corps comme promesse grâce à Sigalit Landau.

Diane Watteau (1961, Paris) est peintre, critique d’art (AICA), agrégée et maître de conférences en arts plastiques à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (2011) et à Paul Valéry de Montpellier III (2001-2010), commissaire d’exposition indépendante (Cadavres exquis au Musée Granet d’Aix en Provence, projet euroméditerranéen Marseilles 2013 – Conversations intimes, Musée de Beauvais, 2010). Elle a publié Vivre l’intime dans l’art contemporain, dir d’édition (Thalia, 2010), La saleté d’Artémis-avec PA Gette (Dedans-Dehors, 2005), Conversation avec Watteau (L’Harmattan, 2001), Comment se débarrasser d’Antojne Watteau, Septentrion, 1996 . Elle montre ses enveloppes Film W, exposition personnelle, bibliothèque des Beaux Arts de Tourcoing, 2011. Ses recherches pratiques et théoriques concernent la question de la définition de l’Intime dans l’art aujourd’hui. Membre du comité de rédaction de la Revue de psychanalyse « Savoirs et clinique », ALEPH, Lille.

Michael Meyer zum Wischen
— Nathalie Granger ou l’inquiétante étrangeté de la maison des femmes.
En 1972, Marguerite Duras écrivit le scénario d’un film intitulé „Nathalie Granger“. La même année, Jacques Lacan commença son séminaire novateur «Encore» sur la sexualité féminine. Il est frappant que Marguerite Duras, qui tourna le film dans sa propre maison, en vint à la qualifier en employant des mots comme «étrange» et «inquiétante».
On se rappelle le concept de «Unheimlichkeit» que forgea Sigmund Freud en 1919. Ce terme fut traduit en français par «inquiétante étrangeté». Mot qui ne rend pas compte de l’ambiguïté du mot „Heim“ en allemand, lequel renvoie aussi bien au familier (heimisch) qu’à une menace cachée (heimlich). Freud lia ce „Heim“ aussi avec le lieu de l’origine de l’homme (« Heimat»), le génital féminin. C’est à ce point où Freud s’arrêta, sans développer une théorie spécifique de la sexualité féminine, que Lacan reprit les choses et décrivit une jouissance féminine au delà de la jouissance phallique.
Cet article essaie, en se servant du scénario de Marguerite Duras, d’approfondir le concept freudien d’ «inquiétante étrangeté» eu égard aux élaborations du dernier Lacan.
Quant aux femmes, Duras parle «de cette fonction, submergeante, d’enfouissement du discours en un lieu où il s’annule, se tait, se supprime». On peut comparer cette phrase à une énonciation de Lacan dans «Encore» où il dit: «S’il y en avait une autre, mais il n’y en a pas d’autre que la jouissance phallique – sauf celle sur laquelle la femme ne souffle mot, peut-être parce qu’elle ne la connaît pas, celle qui la fait pas-toute.» Dans ce contexte, il faut remarquer que la traduction anglaise du mot allemand «unheimlich» est  «uncanny». Ce terme a comme racine le mot «ken», ce qui veut dire «savoir». La jouissance sur laquelle les femmes (et surtout les femmes chez Duras) se taisent est située au-delà d’un discours et d’un savoir phallique.

Michael Meyer zum Wischen, psychanalyste à Cologne et à Paris, a écrit des articles sur la question du traitement de la psychose, sur l’œuvre de Marguerite Duras et Hilda Doolittle. Il est membre de l’ALEPH et du Collège de psychanalystes de l’ALEPH. Il a fondé l’Académie psychanalytique Jacques Lacan à Cologne (KAPJL) et une revue psychanalytique „Y“ (Berlin).

 


Discutants : Anne Adens, Catherine Adins, Bruno Nassim Aboudrar, Isabelle Baldet, Sylvie Boudailliez, Michel Candas, Lucile Charliac, Jean-Claude Duhamel, Sylvette Ego, Emmanuel Fleury, Thérèse Hulot, Marcela Iacub, Franz Kaltenbeck, Jean-Paul Kornobis, Brigitte Lemonnier, Éric Le Toullec, Geneviève Morel, Sylvie Nève, Élise Pestre, Philippe Sastre-Garau, Monique Vanneufville, Martine Vers, Antoine Verstraet, Bénédicte Vidaillet.  

Psychanalyse et psychiatrie, 12 ème colloque de l'Aleph, samedi 26 mars 2011, Skena Euralille à Lille

12e Colloque de l\\\'ALEPH

12ème colloque de l’ALEPH
samedi 26 mars 2011
Psychanalyse et psychiatrie

Le lien de la psychanalyse avec la psychiatrie relève d’abord de la nécessité d’une coopération thérapeutique. Dans certaines situations cliniques — angoisses aigües, délires qui mettent en jeu la vie du patient ou d’autrui, anorexies graves… —, le psychanalyste doit évidemment associer un(e) psychiatre à la cure psychanalytique qui ne pourrait pas venir, seule, à bout de telles crises. Les thérapies psychanalytiques exigent parfois un soutien pharmacologique. Inversement, des psychiatres adressent à des psychanalystes des malades qui sortent de l’hôpital pour qu’ils puissent leur parler régulièrement de leurs problèmes.Mais la psychanalyse et la psychiatrie communiquent aussi au niveau du savoir
clinique et théorique. Au cours de l’histoire, depuis la découverte de l’inconscient par Freud, de nombreuses passerelles ont été jetées de l’une à l’autre. Freud n’a pas toujours séparé de façon stricte les névroses d’avec les psychoses, englobant d’abord ces deux structures cliniques sous le terme de « psychonévroses ». Il savait pourtant établir de fins diagnostics différentiels pour les délimiter. En lisant, autour des années 1910, les Mémoires d’un névropathe du Président Daniel Paul Schreber, Freud se penche sur le cas d’un malade qui a passé une grande partie de sa vie dans des hôpitaux psychiatriques. Se laissant instruire par le système paraphrénique de Schreber et par son transfert délirant sur son psychiatre, le professeur Flechsig, il élucide la pensée psychotique grâce à ses propres concepts : notamment la libido et le narcissisme. Dès 1905, Freud commença à correspondre régulièrement avec les psychiatres du Burghölzli, près de Zürich (Eugen Bleuler, Carl Gustav Jung, Karl Abraham, Max Eitingon, Ludwig Binswanger). Échanges fertiles mais chargés aussi de conflits et d’ambivalence, voire d’incompréhension
réciproque. Paul Schilder, un psychiatre et psychanalyste autrichien, a contribué aux deux disciplines. Très tôt, son travail sur l’image du corps a obtenu la reconnaissance de ses pairs. En France aussi, psychiatres et psychanalystes étaient compagnons de route. Ainsi l’émulation entre Jacques Lacan et Henri Ey, deux fleurons de la psychiatrie française, a-t-elle favorisé leurs productions scientifiques respectives. Et quand François Tosquelles, condamné à mort par le régime de Franco, s’enfuit en France pour s’installer à l’hôpital de Saint-Alban en Lozère et y fonder la psychiatrie institutionnelle, il a dans ses bagages la thèse de Jacques Lacan, De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité.Les temps ont changé. D’une part, la psychiatrie, en cherchant ses assises dans la biologie et dans les recherches sur le cerveau, s’éloigne de cette pratique de la parole que doit rester la cure inventée par Freud, même si un certain nombre d’analystes s’évertuent aujourd’hui à fonder une « neuro-psychanalyse », se référant, non sans raison, aux travaux pré-analytiques de Freud sur le système nerveux. Rivalisant avec l’analyse au niveau de la thérapie, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) reprochent à la cure
psychanalytique sa longue durée et prétendent obtenir des résultats rapides. Mais à quel prix ? On peut s’interroger sur ces méthodes qui passent par l’écrasement du symptôme au détriment du sujet.

Malgré les tensions qui résultent de la désaffection, voire de l’hostilité vis à vis de la psychanalyse dont témoignent ces courants psychiatriques, les psychanalystes ouverts aux changements dans le monde restent solidaires d’une psychiatrie qui respecte le sujet et le lien social qu’implique le discours psychanalytique. Ils s’entendent évidemment avec les psychiatres qui s’orientent encore sur ce qu’apporte la psychanalyse ainsi qu’avec les représentants d’une psychiatrie humaniste et sociale. Mais ils apprécient également les représentants de la psychiatrie « biologiste » qui s’investissent dans leur recherche scientifique sans pour autant forclore le sujet ni sa parole.

L’heure n’est ni aux rivalités imaginaires ni aux luttes pour la pureté analytique. Si les psychanalystes de l’ALEPH sont toujours attachés au principe de la psychanalyse profane, formulé par Freud en 1926, ils ne se font aucune illusion quant à la possibilité de le maintenir comme auparavant. Qui nierait le pouvoir de la psychiatrie dans la Cité ? Force est pourtant de constater que l’analyse n’est pas non plus dépourvue d’une autre sorte de pouvoir. Il lui est légué non pas par l’autorité politique mais par la grâce du transfert, critique de la suggestion, par la force performative de la parole, et par la puissance explicative de sa théorie.

Responsables de la santé mentale, dorénavant investie d’un pouvoir renouvelé par les autorités gouvernementales, les psychiatres sont pourtant loin d’être d’accord avec la législation actuelle sur les malades mentaux et se sentent déstabilisés par le poids décisionnel donné à l’administration de l’hôpital. Ils savent que tout chercheur qui affronte la question du sujet sera toujours suspect aux yeux d’un pouvoir tenté par la manipulation des foules. Voilà pourquoi la psychanalyse et la psychiatrie auraient intérêt à renouer rapidement le dialogue.

Pour le 12ème colloque de l’ALEPH, nous proposons un tel dialogue. Nous parlerons des liens entre la psychanalyse et la psychiatrie au niveau de notre expérience quotidienne, de même que dans la théorie et dans leurs histoires respectives. Nous exposerons les résultats acquis dans nos rencontres avec des malades dans les services hospitaliers, notamment ceux issus des présentations cliniques. Et nous inviterons des psychiatres de différents courants de pensée à échanger avec nous, dans un but tant thérapeutique qu’épistémologique.

Franz Kaltenbeck

"Un monde sans fou ?" ou les dérives de la psychiatrie, projection du film le 12 février 2011, à Lille

Avant le 12ème colloque de l’ALEPH, « Psychanalyse et psychiatrie », samedi 26 mars 2011, de 9 h à 18 h 30
Projection du film « Un monde sans fou? », documentaire réalisé par Philippe Borrel,
Samedi 12 février, de 14 h à 16 h 30, Skena Euralille, Lille

PAF : 8 e.(TR : 5 e.)

Renseignements : www.aleph.asso.fr

Le documentaire s’ouvre sur une tombe, celle d’un homme de 42 ans mort dans la rue, faute d’avoir trouvé un lieu où vivre sa schizophrénie. Une entrée violente pour parler de la folie et des failles de la prise en charge.

Pourquoi tant de grands malades échappent-ils au soin, au point qu’on les retrouve massivement dans la rue ou en prison ? Aujourd’hui, les hôpitaux psychiatriques, confrontés à une crise de moyens et de valeurs, peinent à prendre en charge les malades au long cours. Parallèlement, une nouvelle politique de santé mentale se prépare en Europe et nous concerne tous. Demain, on ne parlera plus de folie, mais de troubles cérébraux, plus de malaise dans la société, mais de comportements à rééduquer.

Comment en est-on arrivé là ? La psychiatrie est-elle une discipline normative ou humaniste ? Peut-on traiter la maladie mentale comme toute autre pathologie?

Quelles politiques médicale, sociale, judiciaire et économique sont à l’œuvre dans cette exclusion : un monde sans fous, mais alors, que deviendront-ils ?

Ces questions, qu’aborde de front ce document, seront ensuite reprises lors du débat qui suivra la projection.

« Un monde sans fou ? » ou les dérives de la psychiatrie, projection du film le 12 février 2011, à Lille

Avant le 12ème colloque de l’ALEPH, « Psychanalyse et psychiatrie », samedi 26 mars 2011, de 9 h à 18 h 30
Projection du film « Un monde sans fou? », documentaire réalisé par Philippe Borrel,
Samedi 12 février, de 14 h à 16 h 30, Skena Euralille, Lille

PAF : 8 e.(TR : 5 e.)

Renseignements : www.aleph.asso.fr

Le documentaire s’ouvre sur une tombe, celle d’un homme de 42 ans mort dans la rue, faute d’avoir trouvé un lieu où vivre sa schizophrénie. Une entrée violente pour parler de la folie et des failles de la prise en charge.

Pourquoi tant de grands malades échappent-ils au soin, au point qu’on les retrouve massivement dans la rue ou en prison ? Aujourd’hui, les hôpitaux psychiatriques, confrontés à une crise de moyens et de valeurs, peinent à prendre en charge les malades au long cours. Parallèlement, une nouvelle politique de santé mentale se prépare en Europe et nous concerne tous. Demain, on ne parlera plus de folie, mais de troubles cérébraux, plus de malaise dans la société, mais de comportements à rééduquer.

Comment en est-on arrivé là ? La psychiatrie est-elle une discipline normative ou humaniste ? Peut-on traiter la maladie mentale comme toute autre pathologie?

Quelles politiques médicale, sociale, judiciaire et économique sont à l’œuvre dans cette exclusion : un monde sans fous, mais alors, que deviendront-ils ?

Ces questions, qu’aborde de front ce document, seront ensuite reprises lors du débat qui suivra la projection.

Psychanalyse du travail : du symptôme au suicide, 8 janvier 2011 à Lille

Journée d’étude organisée par ALEPH et CP-ALEPH

Samedi 8 janvier 2011 (9h – 18h)

Skema de Lille, avenue Willy Brandt, 59000 Lille (Euralille), amphi A
Ouvert à tous, participation aux frais 30€ (10€ pour les étudiants et les demandeurs d’emploi)
Renseignements : www.aleph.asso.fr

Argument

Au cours des dix dernières années, le thème du travail et les problématiques politiques et sociales qui lui sont associées ont émergé régulièrement sur la scène médiatique : débat autour de la réduction ou de l’augmentation du temps de travail, loi sur le harcèlement moral au travail, questionnements récurrents sur la « perte de sens » au travail, etc. Plus récemment, la question du suicide au travail a pris une ampleur particulière avec la série de suicides survenus au technocentre de Renault, au point que le ministère du travail a commandé en mars 2008 une étude épidémiologique sur le stress au travail. Cette tendance s’est accentuée non seulement en France mais aussi en Chine, au Japon, en Inde, en Italie, etc. Le suicide au travail paraît ainsi accompagner l’extension de la mondialisation et de ses crises.

Alors que semblent s’opposer d’un côté un discours médiatique accusateur qui rend l’organisation du travail responsable de ces suicides et, de l’autre, un déni des directions concernées qui essaient d’effacer tout lien entre le travail et la souffrance psychique, il nous semble essentiel de rétablir la dimension subjective qu’escamotent ces positions contraires. La psychanalyse permet en effet d’interroger d’une autre façon le rapport complexe du sujet au « travail », et sa rencontre singulière avec des situations concrètes de travail.

Intimement lié au désir, le travail peut être une source de création, l’occasion de dépasser des contraintes, un terrain d’expérimentation ou de découverte. Il peut être la scène sur laquelle le sujet cherche à faire reconnaître sa singularité, tout en étant reconnu socialement et intégré. Ainsi Freud a souligné la valeur du travail, conçu comme une des voies possibles de la sublimation qui permet « d’(y) transférer les composantes narcissiques, agressives, voire érotiques de la libido »1.

Il implique dans tous les cas une confrontation au réel, soit à ce qui dans la réalité, est « impossible à supporter ». Il prend ainsi pour le sujet la place d’un symptôme : « ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire », selon Lacan, soit ce qui insiste dans la réalité comme un « os » voire un problème. Il est alors la source d’une souffrance qui peut, dans certains cas, mener à l’extrême du suicide.

Lien privilégié entre l’individu et la société, le travail est une part éminente du « Malaise dans la culture » décrit par Freud. Dans ce colloque, qui réunira des psychanalystes et des spécialistes du monde du travail, nous explorerons la place, toujours singulière, du travail dans la subjectivité de celui qui travaille…ou ne travaille pas. Nous réfléchirons donc aux raisons pour lesquelles le travail, dans notre société, a valeur de symptôme : symptôme individuel dont le sujet ne cesse de parler et/ou de se plaindre, symptôme collectif quand il devient un signifiant incontournable du discours économique, politique ou médiatique mais également du discours commun. Nous chercherons aussi les causes de la vague actuelle de suicides au travail. Nous soumettrons à une interrogation critique les pratiques qui se développent dans le monde du travail, se généralisent à toutes les institutions passant de l’entreprise à l’école, l’université, l’hôpital, l’administration, sur le postulat de leur nécessité soi-disant évidente. Quid, par exemple, du recours systématique à l’évaluation, avec ce qu’elle suppose de formatage et de normalisation irréversibles : l’évaluation ne revient-elle pas finalement à une demande d’effacement du singulier, et au désir de faire disparaître ce qui relève du sujet dans le travail ? Pourquoi l’évaluation séduit-elle tellement, malgré l’appauvrissement des pratiques auquel elle conduit ? Cet effacement du sujet serait-il rassurant pour certains ?

1 Freud S., Le malaise dans la culture, PUF, 2007

Programme

9 h – Accueil des participants

9 h 15 – Introduction

Franz Kaltenbeck, psychanalyste, rédacteur en chef de la revue Savoirs et clinique

9 h 30 – 11 h

Présidente de séance : Bénédicte VIDAILLET, de conférences à l’Université de Lille 1

« Aime ton travail comme toi-même ! »

Geneviève MOREL, psychanalyste, docteur en psychologie clinique et psychopathologie, auteur, entre autres, de Clinique du suicide (sous la dir. de, Erès, 2002 et 2010)

Au moment de la grande dépression de 1929, Freud notait que « La grande majorité des hommes ne travaille que par nécessité, et les problèmes sociaux les plus difficiles proviennent de cette aversion naturelle des hommes pour le travail » (Le malaise dans la civilisation, ch.2). La nécessité est pour Lacan une caractéristique du symptôme — ce qu’est devenu le travail pour nombre d’analysants qui en parlent à longueur de séance. Ils ne témoignent cependant de nulle aversion mais plutôt d’une aspiration angoissée à bien faire leur travail, au-delà de tout motif rationnel comme la peur d’être « viré » en cette période de crise. Ils en sont même si tourmentés que l’on peut se demander si « Aime ton travail comme toi même ! » n’est pas un commandement du surmoi culturel de notre époque. Nous étudierons cliniquement les formes prises par cette idéologie du travail bien fait dans une société qui ne protège plus guère de diverses formes de précarité.

Suicide au travail : organisation du travail et responsabilité

Rachel SAADA, avocate, spécialiste de droit social, défend les familles de salariés qui se sont suicidés

Argument à préciser

11 h – 11 h 15 Pause café

11 h 15 – 12 h 45

Présidente de séance : Chantal DALMAS, psychiatre et membre de l’Aleph

« Pèse-moi ! » ou : de l’étrange désir d’être évalué

Bénédicte VIDAILLET, maître de conférences à l’Université de Lille 1, auteur de Les ravages de l’envie au travail (2007, Prix du livre RH Science Po/Le Monde)

On ne compte plus le nombre de recherches montrant que le développement systématique des systèmes et outils d’évaluation dans de nombreuses organisations a des conséquences désastreuses : inhibition du travail en équipe, compétition stérile, appauvrissement de l’activité, intensification du travail, production de contre-performances, etc. La plupart des personnes s’en plaignent. Pourtant force est de constater que ces méthodes ne cessent de se développer. Nous posons l’hypothèse que ce développement fulgurant n’est rendu possible que grâce au consentement, plus ou moins caché sinon inconscient, des salariés eux-mêmes. Ceux-ci ne sont pas simplement victimes d’un système ; ils y participent activement. A quelle demande inconsciente correspond le désir d’être évalué ? A qui cette demande s’adresse-t-elle et que met-elle en jeu ? De « comme sortir de l’idéologie de l’évaluation ?», la problématique devient alors : « comment faire sortir de soi l’idéologie de l’évaluation ? »

Commentaire de Chantal DALMAS : l’évaluation en psychiatrie

Présentation et projection du film « Et voilà le travail ! »

Florette EYMENIER, réalisatrice

Premier Prix au Festival de l’Acharnière (mai 2010), sélectionné au Festival Documentaire Traces de vie (novembre 2010) et au Festival Filmer le travail (janvier 2011), Et voilà le travail ! est un film de 17 minutes, qui met en forme le travail du XXI° siècle. A partir de témoignages de travailleurs très divers – du cadre « nomade » à l’intérimaire en passant par le stagiaire ou l’opératrice d’un centre d’appel -, des récits ont été écrits puis portés à l’écran par des comédiens. Parce qu’ils sont portés par d’autres corps, à la fois relais et alias, ces textes ainsi devenus génériques montrent de manière saisissante combien la « nouvelle économie » trouve son principe formel dans la désincarnation même des rapports sociaux.

12 h 45 – 14 h 15 Déjeuner

14 h 15 – 15 h 45

Président de séance : Philippe SASTRE-GARAU, psychiatre, psychanalyste et membre de l’Aleph

Suicide au travail : du diagnostic à la prévention

Dominique HUEZ, médecin du travail, auteur de Souffrir au travail : comprendre pour agir (2008), Président de l’association Santé et médecine du travail

Comment le travail peut-il nous pousser au suicide ? Quel rapport y a-t-il entre un mal de dos et un travail auquel vous pensez, chaque jour, en vous disant : « J’en ai plein le dos » ? Est-ce une première étape qui, de fil en aiguille, va vous conduire vers l’arrêt de travail, puis, qui sait, vers une dépression et même un suicide ? A partir de mon expérience en tant que médecin du travail depuis trente ans, j’aborderai la question du suicide au travail et de ses causes, notamment organisationnelles. Je réfléchirai également au rôle du médecin du travail, à la manière dont il peut prévenir et dépister les atteintes à la santé du fait du travail, à la posture éthique qui peut le guider et aux moyens pratiques (travail en réseau, formation, etc.) qui lui permettent de jouer pleinement son rôle.

Dire que non…Portrait de Bartleby en révolutionnaire

Sylvette EGO, formatrice d’adultes, membre de l’Aleph

Gilles Deleuze et Slavoj Zizek font de Bartleby, personnage éponyme d’une nouvelle de Melville, l’emblème d’une véritable alternative à la subordination dans le travail. La « formule » de Bartleby : «I would prefer not to», et les effets qu’elle produit, sont au centre de leur interprétation. Cette promotion semble se faire au prix d’une sorte d’oubli des deux auteurs : la fin tragique de Bartleby. Sa mort rend pourtant le récit moins « violemment comique » que ne le dit Deleuze et laisse perplexe sur la portée révolutionnaire du renoncement de Bartleby que pose Zizek ; même si tous deux s’accordent finalement à voir de la violence dans ce que crée le personnage. S’il n’est guère possible de faire une analyse du personnage Bartleby en termes de structure psychique, puisqu’il parle si peu, il peut être intéressant d’interroger ce qui engage les deux auteurs à situer l’alternative au processus capitaliste dans la souffrance d’un « au moins un » qui le mettrait en cause.

15 h 45 – 16 h Pause café

16 h – 17 h 45

Président de séance : Jean-Claude DUHAMEL, psychologue clinicien et membre de l’Aleph

Le travail, un possible anti-dépresseur ?

Aurélien ROCLAND, auteur – réalisateur, co-auteur de la série documentaire « 1000 chercheurs parlent d’avenir »

En octobre dernier, 21 chercheurs de tous horizons ont été interrogés à propos de leur métier et de leur vision de l’avenir. Quels mots ont-ils choisi face à la caméra ? Le résultat inattendu de cette rencontre entre l¹art et la recherche est assurément l¹émergence quasi-systématique d¹une subjectivité où transparaît le point d’appui que peut constituer le travail pour les individus lorsque celui-ci leur apporte une satisfaction évidente. Grâce au lien aux autres qu’il organise et qu’il soutient et parce qu’il reste en lien avec le désir, le travail, dans ce cadre particulier apparaît comme le meilleur antidépresseur qui soit.

Le travail n’est pas sans risque

Dr Emmanuel FLEURY, psychiatre, psychanalyste, Lille

Comment passe-t-on de la « sécurité sociale » (Conseil National de la Résistance, 1944) aux « risques psycho-sociaux » du rapport Légeron et Nasse en 2008 ? Disons-le tout net, alors que les firmes comme Apple affichent une fraternité qui cache mal la tyrannie régnant dans ses ateliers délocalisés en Asie (Foxconn), la prévention des risques plonge l’idéal de sécurité dans l’horreur de l’esclavage. L’histoire d’un cadre travaillant dans une institution publique en voie de privatisation me permettra de montrer la dangereuse glissade de la « sécurité » au « risque » qui a manqué de l’entrainer dans la destruction pure et simple.

Renseignements pratiques

Skema de Lille, avenue Willy Brandt, 59000 Lille (Euralille), amphi A

Participation aux frais 30€ (10€ pour les étudiants et les demandeurs d’emploi)

Renseignements www.aleph.asso.fr – contacter Bénédicte Vidaillet (bvidaillet@aleph.asso.fr) uniquement pour les demandes d’informations non trouvées sur le site

Psychothérapeute, mode d'emploi !

Vendredi 17 décembre 2010, 20 h 30

à l’URIOPSS, 34 rue Patou à Lille

Avec François-Régis Dupond Muzart
Juriste, Président de l’Association « Analyser »

 

Le Cartel Santé mentale de l’A.l.e.p.h.
Vous invite à une soirée organisée par l’Association pour L’Etude de la Psychanalyse et de son Histoire et le Collège de Psychanalystes-ALEPH

 

« La loi relative au titre de psychothérapeute a, non sans mal, de-puis l’amendement du député Bernard Accoyer en , trou-vé son application par décret du mai . Désormais, pour faire usage du titre de psychothérapeute, il faudra respecter un cadre strict défini par cette loi et ce décret. Cette soirée sera l’occasion de mieux comprendre les enjeux d’une telle évolu-tion législative en matière de santé mentale. François-Régis Du-pond Muzart répondra notamment en juriste de Droit public aux questions que se posent en particulier les psychanalystes, les psychologues, les psychothérapeutes, les médecins et qui concernent le devenir de la profession ou activité professionnelle que désigne le titre de psychothérapeute. »
Ouvert à tous ; frais : participation 8 €, réduit 4 €

Psychothérapeute, mode d’emploi !

Vendredi 17 décembre 2010, 20 h 30

à l’URIOPSS, 34 rue Patou à Lille

Avec François-Régis Dupond Muzart
Juriste, Président de l’Association « Analyser »

 

Le Cartel Santé mentale de l’A.l.e.p.h.
Vous invite à une soirée organisée par l’Association pour L’Etude de la Psychanalyse et de son Histoire et le Collège de Psychanalystes-ALEPH

 

« La loi relative au titre de psychothérapeute a, non sans mal, de-puis l’amendement du député Bernard Accoyer en , trou-vé son application par décret du mai . Désormais, pour faire usage du titre de psychothérapeute, il faudra respecter un cadre strict défini par cette loi et ce décret. Cette soirée sera l’occasion de mieux comprendre les enjeux d’une telle évolu-tion législative en matière de santé mentale. François-Régis Du-pond Muzart répondra notamment en juriste de Droit public aux questions que se posent en particulier les psychanalystes, les psychologues, les psychothérapeutes, les médecins et qui concernent le devenir de la profession ou activité professionnelle que désigne le titre de psychothérapeute. »
Ouvert à tous ; frais : participation 8 €, réduit 4 €

Colloque “Simone de Beauvoir et la psychanalyse”, 19 et 20 mars 2009

Université Paris 7 (Denis-Diderot), 19 et 20 mars 2010

2009-12-07_220503

Colloque organisé sous l’égide de l’Association pour les Études Freudiennes

Avec le soutien de l’Institut Émilie du Châtelet et du

Laboratoire Cerilac, Lettres, arts, cinéma, Université Denis Diderot, Paris 7

 

Sous la direction de Danièle Brun et de Julia Kristeva

Contact : beauvoir.psy@gmail.com

En 1976, Simone de Beauvoir déclare à Alice Schwarzer : « Il y a une autre chose que j’aimerais beaucoup faire si j’avais aujourd’hui 30 ou 40 ans : c’est un travail sur la psychanalyse. Pas en repartant de Freud, mais en retraçant le chemin d’un point de vue féministe : selon le regard d’une femme et non celui d’un homme » (Simone de Beauvoir aujourd’hui, 94).

Par cette phrase, Simone de Beauvoir rappelle à la fois son intérêt pour la psychanalyse et sa position critique vis-à-vis de l’oeuvre de Freud. C’est ce rapport de Beauvoir à la psychanalyse qui sera étudié lors du colloque qui se tiendra à l’Université de Paris 7, les 19 et 20 mars 2010.

Après avoir enseigné les théories freudiennes dans ses classes de lycée, Beauvoir les a souvent utilisées, critiquées ou simplement évoquées dans son oeuvre écrite. C’est, bien sûr, plus particulièrement le cas du Deuxième Sexe (1949), oeuvre qui révèle l’enchevêtrement entre l’histoire du féminisme et les théories psychanalytiques en matière de sexualité. En établissant un rapport étroit entre la sexualité et l’émancipation des femmes, Beauvoir ouvre la voie à de nouvelles générations de féministes qui intégreront dans leur réflexion la question de la différence des sexes.

Dans son oeuvre romanesque et autobiographique aussi, Simone de Beauvoir a donné beaucoup d’importance à la psychanalyse. Elle raconte ses rêves ; elle met en scène des psychanalystes.

Le colloque que nous organisons invite des psychanalystes et des philosophes à relire les textes de Simone de Beauvoir pour débattre de sa position face à la psychanalyse.

Programme

Vendredi 19 mars 2010

 

Vendredi après-midi 13h – 17h 30

13h. Accueil du public

13h30 : Ouverture :

Danièle Brun, Université Paris 7 – Psychanalyste – Présidente du comité scientifique du colloque

Françoise Barret-Ducrocq, Présidente de l’IEC

13h45 : Conférence inaugurale :

Présidence : Francis Marmande, directeur du laboratoire CERILAC, Université Paris 7

Conférence d’Élisabeth Roudinesco, Historienne – Psychanalyste :

Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe à l’épreuve de la psychanalyse

 

14h30 : Discussion ouverte par Danièle Brun.

15h : Pierre Bras, University of California at Santa Barbara – Membre du comité scientifique du colloque : Panorama bibliographique sur le thème « Beauvoir et la psychanalyse »

 

16h -17h30 : Table ronde n° 1 : L’écriture du roman et de l’autobiographie

Présidence : Françoise Gorog, Chef du service de psychiatrie à Sainte-Anne – Psychanalyste

Présentation par Danièle Brun de la problématique de la table ronde : La part du rêve dans l’écriture de Beauvoir.

Lisa Appignanesi, Écrivaine et Présidente, English PEN :L’écriture autobiographique

Françoise Gorog : Simone de Beauvoir et les impasses de la vie amoureuse.

Laurie Laufer, M.C. Université Paris 7 – Psychanalyste : Simone de Beauvoir et la psychanalyse : haine, attrait ou résistance ?

 

Débat avec la salle

 

Samedi 20 mars 2010

 

Samedi matin : 8 heures 30– 11h30 heures

 

8h30 : Accueil du public

 

9h00 Retour sur Le Deuxième Sexe.

Présidence : Jacques Sédat, Vice-président de l’Association Internationale d’Histoire de la Psychanalyse – Psychanalyste

Conférence plénière de Monique Schneider,

Directrice de recherche au CNRS – Psychanalyste :

La maternité : une aliénation ?

Discutantes :

Juliet Mitchell, Jesus College, University of Cambridge – Psychanalyste

Jacqueline Rose, Queen Mary University of London

 

Débat avec la salle

Déjeuner libre : 11h30 – 13h.

Samedi après-midi : 13h00 – 16h30

 

13 :00 Table ronde n° 2 : Questions sur « la psychanalyse existentielle »

Présidence : Michel Kail, co-directeur de la Revue L’Homme et la Société – Membre du comité scientifique du colloque

Présentation par Michel Kail de la problématique de la demi-journée

Ulrika Björk, Université d’Uppsala : L’argument de Simone de Beauvoir contre le naturalisme.

Cécile Decousu, Université Denis Diderot Paris 7 : Beauvoir – Merleau-Ponty, La psychanalyse comme chiasme.

Geneviève Fraisse, directrice de recherche au CNRS – Philosophe : Étude, souffrance, jouissance.

Débat avec la salle

15h00: Présidence : Lisa Appignanesi, Écrivaine et Présidente, English PEN

 

Conférence de clôture par Julia Kristeva, Université Paris 7 – Psychanalyste

 

Conclusion du colloque : Conrad Stein, directeur d’Études freudiennes. – Psychanalyste

Tarif public : 60€ ;

Tarif étudiants : 20€ sur présentation de la carte

Formation continue : 80 €

Les organisateurs remercient la Société littéraire de La Poste et France Télécom et sa secrétaire générale Danielle Mazens pour leur soutien et leur accueil.

Les organisateurs se réservent le droit d’opérer des modifications dans le programme.

 

Comité scientifique : Danièle Brun, Julia Kristeva, Pierre Bras, Agnès Cousin de Ravel, Cécile Decousu, Danièle Fleury, Pierre-Louis Fort, Michel Kail, Liliane Lazar.

La web thérapie en Irak

LE MONDE | 12.01.09 | 13h47 • Mis à jour le 12.01.09 | 17h03
BERLIN CORRESPONDANCE

eigneur, que suis-je donc en train de vivre ? Reverrai-je seulement un jour ma famille ? J’imagine mon propre cadavre jeté au milieu de nulle part. Je sais trop la douleur que je vais causer aux miens. Et je pleure… Humilié, terrorisé, sans espoir d’être secouru. » C’était il y a deux ans. N., 24 ans au moment des faits, travaillait alors comme consultant pour une société de transport à Bagdad, quand un gang d’hommes armés a fait irruption dans les bureaux de l’entreprise… La suite, il n’a jamais réussi à la raconter à quiconque.

Assis devant l’écran d’ordinateur d’un café Internet, téléguidé par un « web-thérapeute », le jeune Bagdadi s’y est finalement résolu. La violence des coups qu’il a reçus pendant son kidnapping, le pistolet qu’on lui a placé sur la tempe, les exécutions dont il fut témoin ont déjà fait l’objet de deux précédents mails. L’exercice a ensuite consisté à se focaliser sur son ressenti.

« Cette étape est la plus périlleuse. Les patients doivent s’efforcer de décrire dans le détail ce dont ils peuvent à peine se souvenir sans défaillir. A ce stade, nombre d’entre eux veulent laisser tomber », explique la psychologue Christine Knaevelsrud, initiatrice, en partenariat avec l’université de Zurich, du programme « Interapy », lancé au printemps 2008 par le Centre de traitement des victimes de torture (BZFO) de Berlin. « A ceux qui craquent, nous disons que cette confrontation est nécessaire, afin qu’un jour ils puissent reprendre le contrôle sur leur traumatisme », poursuit la directrice du département recherche du BZFO, qui, fondé en 1992, compte aujourd’hui dans le monde de nombreuses antennes, financées par l’Union européenne et l’ONU.

Etrange thérapie à distance, où jamais le patient et son psychothérapeute ne se rencontrent, où aucun des deux ne sait même à quoi ressemble l’autre, quel est le timbre de sa voix. « C’est pourtant la solution la plus adéquate pour venir en aide aux Irakiens », insiste Mme Knaevelsrud, qui rappelle que les psychothérapeutes se comptent littéralement sur les doigts de la main aujourd’hui en Irak : « Tous ont fui le pays. »

Témoins ou victimes d’attentats, d’exécutions, d’enlèvements, de viols…, les quelque 300 Irakiens qui, comme N., sont à ce jour entrés en contact avec l’équipe de web-thérapeutes du BZFO (une douzaine de professionnels des troubles de stress post-traumatiques, tous arabophones et formés à la web-thérapie) ont chacun eu vent du soutien psychologique en ligne gratuit qu’on leur proposait via les médias arabes, auxquels le BZFO a recouru pour se faire connaître : sur Al-Arabiya, CNN ou la BBC en arabe, ils ont pour la première fois entendu parler de ce concept que les pays occidentaux eux-mêmes commencent seulement à découvrir.

Mise au point aux Pays-Bas à la fin des années 1990, la « web-thérapie » ou « thérapie écrite » est aujourd’hui pratiquée en Scandinavie, en Australie, aux Etats-Unis… même si elle est encore loin d’y être systématiquement prise en charge par les sécurités sociales locales.

« Le scepticisme reste fort à son égard : la sacro-sainte relation entre le psy et son patient y paraît inexistante, alors qu’elle n’est que dématérialisée, souligne Christine Knaevelsrud. Pour un certain type de patients, elle n’en est pas moins la forme de thérapie la mieux adaptée. Pour les Irakiens aujourd’hui, elle est même idéale. »

Et ce, pas seulement parce qu’il n’existe pas pour eux d’alternative. Mais aussi parce que le caractère anonyme de la web-thérapie facilite leur prise de parole. Après un questionnaire qui permet de diagnostiquer la nature de leurs troubles, la thérapie, qui dure en moyenne cinq mois, comprend la rédaction de dix mails, dont chacun doit être écrit en 45 minutes, selon un calendrier fixé avec le thérapeute. Dans ce cadre rigoureux, les patients irakiens « sont doublement plus « efficaces » dans la progression de leur travail : l’amélioration de leurs symptômes est deux fois plus significative », constate Christine Knaevelsrud.

Alors que, dans le monde arabe, le sentiment de perte de dignité éprouvé par un individu rejaillit aussitôt sur sa famille ou sa collectivité – ce qui rend toute confidence impossible, de peur d’être stigmatisé -, ou que les pensées suicidaires, condamnées par la religion, y sont inavouables, les web-patients du BZFO, libérés des regards qui seraient portés sur eux, vont droit aux faits. C’est notamment le cas des femmes de plus en plus nombreuses à participer à ce programme fréquenté par 60 % d’hommes, âgés en moyenne de 35 ans, et majoritairement issus de milieux éduqués.

Leurs mots écrits parlent d’ailleurs autant que des mots prononcés, Mme Knaevelsrud en témoigne : « La taille des caractères utilisés, l’agencement des mots sur la page m’ont parfois fait entendre un cri immense qui traversait l’écran de mon ordinateur. »

L’ordinateur, justement, s’il rend possible cette expérience inédite, en marque aussi les limites. « Les Irakiens qui disposent d’un chez eux sont plus que rares, et les cafés Internet ne sont ni légion ni la panacée, au regard de l’intimité requise pour un tel exercice », rappelle Ferhad Ibrahim, politologue spécialiste de l’Irak et ancien enseignant à la Freie Universität de Berlin. Selon lui, un maximum de 2 % à 3 % de la population irakienne a accès au Web. Sans compter que cet accès dépend in fine du courant électrique, très irrégulièrement assuré.

De fait, le nombre de patients touchés par le BZFO en Irak reste dérisoire au regard des besoins. « Mais c’est toujours mieux que de ne rien faire ! », réplique Christine Knaevelsrud, qui, au vu de l’ampleur de la tâche, n’envisage cependant pas pour l’instant d’élargir le champ de l' »Interapy » à d’autres populations, malgré son potentiel d’application énorme dans le monde. L’idéal restant bien sûr l’ouverture sur place d’antennes du BZFO, comme c’est déjà le cas dans le nord – relativement sûr – de l’Irak, à Kirkouk, et bientôt à Erbil et Souleimaniyé. Mais d’ouverture à Bagdad, il n’est pour l’instant pas question.

« Il y a un proverbe qui dit que la balle qui ne te tue pas te rend plus fort », écrit N. à un ami fictif. C’est la troisième et ultime étape de la web-thérapie, celle au cours de laquelle le patient – dont l’écriture s’est, en cours de route, singulièrement clarifiée et structurée – doit adresser une lettre imaginaire à qui il veut, l’essentiel étant qu’il tire un trait symbolique sur le passé.

Depuis qu’il a écrit cette « lettre d’adieu », N. dort mieux, ses angoisses et crises de vertige se sont apaisées. Il l’a tout de même imprimée pour pouvoir la relire, si le besoin s’en faisait sentir. Car, dans un quotidien fait d’insécurité permanente, le moindre incident peut entraîner la rechute. Autant que les difficultés d’accès à Internet, c’est là la plus sérieuse entrave au succès de l' »Interapy ».

Sur Internet : www.ilajnafsy.org.

Lorraine Rossignol

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