Quel enfant, parmi ceux que nous recevons en consultation, n’a pas évoqué les attentats des frères Kouachi et de Coulibaly ?
D’une façon ou d’une autre, les enfants en parlent ou y pensent. Mais, certains de ces enfants nous en disent un peu plus.
Ethan qui a six ans, me raconte ces attentats à sa façon : « Alors, Chérif voulait tuer tout le monde. Mais, ses copains pouvaient venir avec lui car ils n’avaient pas d’armes. Alors Chérif a pris les bazookas et les lances roquettes dans la terre avec lui et en a donné à ses copains. Et il a tué les enfants ».

Ethan reprend l’histoire mais, il la déforme. Selon les éléments qu’il a pris dans ce qu’il a entendu à la télévision ou chez lui. Ils les a accommodé dans un scénario de son cru, selon son propre fantasme. En l’occurrence, « un enfant est tué » par ces assassins.

Bien sur, le choix de ce scénario n’est pas anodin, il est totalement déterminé par l’histoire précédente de Ethan. Il dit que les amis (terroristes) sont séparés et qu’ils tentent de se rejoindre, sans forcément y parvenir. En effet, Ethan se trouve séparé de ceux avec qu’il aimerait se trouver.

Et son fantasme est exposé clairement : on tue un enfant. Un fantasme très répandu selon Freud 1.

Le fantasme sert à atténuer la violence que Ethan pourrait éprouver en entendant ce qui lui vient de la réalité. Que la séparation qu’il craint, ne soit radicale et définitive. Il amortit le choc traumatique de ces attentats. Il faut dire que la surveillance des écoles par la police ou l’armée, vient accréditer la réalité de ce fantasme, et lui donne une sorte de caution de réalité. Le traumatisme étant que l’enfant pourrait se trouver être l’objet du désir de l’Autre. Ce n’est d’ailleurs pas tant le fait d’être cet objet que de s’en rendre compte. Le fantasme vise à l’en protéger.

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1- Sigmund Freud, « On bat un enfant », traduit de l’allemand par Henri Hoesli, in Revue Française de Psychanalyse, Tome VI, n° 3-4, Éd. Denoël et Steele, Paris 1933, pp. 274-297