Jimmy-P-BandeauAllez voir le film de Arnaud Despleschins, « Jimmy p., psychothérapie d’un indien des plaines », cela en vaut le détour !

Ce film est la mise en scène du livre de Georges Devereux, « Pyschothérapie d’un indien des plaines : réalités et rêve (1951) 1 ».

Psychanalyste hongrois, formé à Vienne, exilé aux USA, Devereux est quelqu’un qui n’habite pas sa langue maternelle et doit s’exprimer à partir d’une langue étrangère. Après la guerre, il est invité à la clinique Menninger de Topeka au Kensas, un centre psychiatrique réputé.

Devereux y rencontre Jimmy P., qui est l’objet d’accès paniques insupportables et a la sensation d’être aveuglé. C’est un combattant, un vétéran de la deuxième guerre mondiale qui est allé se battre en France. C’est un « indien des plaines ». A ce titre, lui aussi s’exprime en américain, qui n’est donc pas non plus sa langue maternelle.

Les psychiatres du centre tentent de le soigner, sans y parvenir. Par honnêteté, les psychiatres reconnaissent leur ignorance à propos de la maladie de Jimmy P.. Sans pourtant vouloir renoncer à vouloir l’aider. On ne sait jamais, se sont-ils dit, voyons ce que cela donnera avec cet original de Devereux !

Or, Devereux est un pitre extravagant. Cette « introduction » du psychanalyste dans le monde de la psychiatrie ne revient-il pas à présenter un novice au grand bal du jubilé de la psychiatrie ?

Et cela reste très contemporain, car c’est bien ainsi que les psychiatres français s’adressent actuellement aux psychanalystes. La psychanalyse est l’invité qui pimente les soirées savantes de la psychiatrie. Bien sur, les psychanalystes n’attendant pas le bon vouloir de la psychiatrie pour avancer dans leur travail avec leurs analysants. Ce n’est qu’une fiction américaine….

Nous voyons alors se dérouler sous nos yeux, la rencontre de deux personnes étrangères l’une à l’autre. Aussitôt, Devereux s’intéresse aux usages de Jimmy, sa langue, ses expressions, la façon dont il parle de ses parents, comment il les qualifie dans sa langue, les significations que cela donne à sa vie. La façon dont les significations produites par la société indienne dont il est issu, pèsent lourdement sur la vie de ses membres. Jusqu’à les opprimer et les gêner dans leur vie affective. Pour Jimmy, le conduire à manquer sa rencontre avec celle qu’il aime.Jimmy P

Nous voyons Devereux se familiariser avec le monde de Jimmy. L’accompagner dans la lecture de ses rêves. Proposer ses propres points de vue, les soumettre à la critique de son analysant.

Peu à peu, la cure avance. Jimmy découvre la signification de son symptôme d’aveuglement. Il se serait senti en quelque sorte coupable du départ de son père et donc, de la souffrance de sa mère. En tout cas, c’est l’interprétation très oedipienne et fort conventionnelle proposée par Devereux.

Il y a un renversement dans la cure qui permet à Jimmy de s’intéresser à celle dont il n’avait pas su voir avant qu’il l’aimait. C’est une sorte de « happy end » psychanalytique. Le symptôme est levé car l’analysant a pu en déchiffrer la signification et accéder à l’élaboration de son fantasme. Puis, l’analysant transforme le « set » des significations vitales de son existence, en un sens qui correspond à une sorte de libération existentielle. Il s’affranchit du poids du langage et du milieu dans lequel il a été élevé, en assumant la position qu’il décide de donner à sa vie.

Ce dernier point est très américain. Il s’écarte de la pratique analytique française actuelle. L’avènement d’un moi nouveau, celui que souhaite l’ego-psychology, n’est pas l’objectif de la cure, même si un certain affranchissement social est possible. Les aménagements dans la vie personnelle de l’analysant, sont des effets éventuels de la cure, d’ailleurs non systématiques mais, certainement pas visés par l’analyste.

Ce dernier tache plutôt de maintenir l’écart qui se trouve entre les énoncés du sujet et ce qu’il énonce.

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1- Psychothérapie d’un indien des plaines: réalités et rêve, [1951], rééd. Fayard, 1998, 2013, préface de E. Roudinesco