Les êtres humains ont besoin de la présence et de l’attention d’un autre être humain pour grandir, apprendre et vivre. C’est ce que montre l’expérience du « visage impassible », still face, de Edward Tronick à Boston, 2012.

Dans cette expérience, nous voyons un bébé très vivant qui explore ce qui l’entoure, sous le regard bienveillant de sa mère. Puis, sa mère se tourne et prend un visage figé, inexpressif. Le bébé est alors de plus en plus angoissé. Il tente plusieurs choses pour ramener sa mère à la vie, il tente de capter l’intérêt de sa mère sur un objet à côté d’eux, il frappe des mains pour la réveiller, il tente de l’agripper (mais, il est retenu par les bretelles de son berceau). Y échouant, il crie et se mord la main ! Quand sa mère revient à la vie, le soulagement de ce bébé est évident.

Vous pouvez lire la traduction du commentaire de Tronick en français, en cliquant en bas à droite de la vidéo sur le petit carré : https://www.youtube.com/watch?v=OgzWqcsA21I

Cette expérience fait suite aux découvertes de Spitz, Bowlby et Ainsworth dont les idées principales sont très bien résumées sur ce blog : http://www.les-supers-parents.com/l-experience-du-visage-impassible-et-la-tehorie-de-l-attachement/

Ces psychanalystes ont découvert que l’intérêt que l’autre vous porte, est vital et absolument nécessaire au développement de l’enfant. Ils ont tiré les conséquences du point de vue initialement exprimé par Jacques Lacan à propos du stade du miroir 1. Se reconnaître dans le regard de l’autre vous permet de vous affirmer.

Avec cette vidéo, nous pouvons ajouter une ou deux petites choses. La distinction est faite entre l’image de la mère et la mère elle-même qui se manifeste à l’enfant. C’est-à-dire, une différence entre une image vide, inanimée, assimilable à une poupée ou une figurine figée, d’une part. Et d’autre part, ce que cette enveloppe peut contenir de vivant, parlant et désirant. La vidéo montre le bébé ne pas supporter l’idée que cette enveloppe ne contienne rien à l’intérieur d’elle-même. Le bébé porte alors une agression contre sa main qu’il mord. Il cherche à détruire quelque chose.

La question est posée de savoir s’il cherche à détruire l’enveloppe, le vide que l’enveloppe contient ou encore, l’idée même que personne ne serait là pour répondre. Et Lacan y a répondu très clairement.

Cette chose qui se trouve à la fois dans sa propre main ainsi que dans l’image figée de sa mère, est un objet très particulier. Lacan a très bien et très justement résumé ce processus en disant que l’angoisse vient quand le manque vient à manquer 2.

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1- « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je, telle qu’elle nous est révélée dans l’expérience psychanalytique », communication au XVIème congrès international de psychanalyse, Zurich, 17 07 1949, publié dans : Lacan J., Ecrits, Paris, PUF, 1966, http://espace.freud.pagesperso-orange.fr/topos/psycha/psysem/miroir.htm

2- Lacan J., L’angoisse, le séminaire, livre X, Paris, Seuil, : « Ce qui constitue l’angoisse, c’est quand quelque chose, un mécanisme, fait apparaître (…) à la place qui correspond à celle qu’occupe le « a » du désir, quelque chose (…) entendez n’importe quoi – l’Unbeimlich, c’est ce qui apparaît à cette place. – c’est le -phi, le quelque chose qui nous rappelle que ce dont tout part c’est de la castration imaginaire, qu’il n’y a pas (…) d’image du manque. Quand il apparaît quelque chose là, c’est donc, si je puis m’exprimer ainsi, que le manque vient à manquer », séance du 28 11 1962