Visage masqué, visage impassible…..

 

La contrainte dans laquelle nous sommes de porter des masques, y compris devant les tous jeunes enfants, en cette époque de déconfinement de l’épidémie de COVID 19, n’est pas sans effet sur les enfants que nous recevons en entretien……

Ce dont les pédiatres français se sont alarmé, le 13 mai dernier…… lire à cette adresse.

Le fait de porter un masque sur le visage, transforme ce visage. Le masque dévitalise le visage, il le « désanime », il le transforme en une chose neutre, sans vie. Affublé de son masque, ce visage devient « impassible ». Ce que les jeunes enfants ne supportent pas !

Les êtres humains ont besoin de la présence et de l’attention d’un autre être humain pour grandir, apprendre et vivre. C’est ce que montre l’expérience du « visage impassible », still face, de Edward Tronick, réalisée à Boston, 2012.

Dans cette expérience, nous voyons un bébé très vivant qui explore ce qui l’entoure, sous le regard bienveillant de sa mère. Puis, sa mère se tourne et prend un visage figé, inexpressif. Le bébé est alors de plus en plus angoissé. Il tente plusieurs choses pour ramener sa mère à la vie, il tente de capter l’intérêt de sa mère sur un objet à côté d’eux, il frappe des mains pour la réveiller, il tente de l’agripper (mais, il est retenu par les bretelles de son berceau). Y échouant, il crie et se mord la main ! Quand sa mère revient à la vie, le soulagement de ce bébé est évident.

Vous pouvez lire la traduction du commentaire de Tronick en français, en cliquant en bas à droite de la vidéo sur le petit carré : https://www.youtube.com/watch?v=OgzWqcsA21I

Cette expérience fait suite aux découvertes de Spitz, Bowlby et Ainsworth dont les idées principales sont très bien résumées sur ce blog : http://www.les-supers-parents.com/l-experience-du-visage-impassible-et-la-tehorie-de-l-attachement/

Ces psychanalystes ont découvert que l’intérêt que l’autre vous porte, est vital et absolument nécessaire au développement de l’enfant. Ils ont tiré les conséquences du point de vue initialement exprimé par Jacques Lacan à propos du stade du miroir 1. Se reconnaître dans le regard de l’autre vous permet de vous affirmer.

Avec cette vidéo, nous pouvons remarquer une ou deux petites choses. La distinction est faite entre l’image de la mère et la mère elle-même en tant que corps porteur de cette image. C’est-à-dire, une différence entre une chose vide, inanimée, assimilable à une poupée, une sorte de machine ou de figurine figée, d’une part. Et d’autre part, ce que cette enveloppe peut contenir de vivant, parlant et désirant.

Lacan évoque les silènes, ces pots antiques, peints de figurines diverses dans lesquels ont rangeait les bijoux, les agalma 2. Le silène est l’emballage de l’agalma. Si bien que la mère en tant qu’enveloppe, est un corps qui loge l’objet précieux auquel l’enfant se montre sensible.

La vidéo montre le bébé ne pas supporter l’idée que cette enveloppe ne contienne rien à l’intérieur d’elle-même. Le bébé porte alors une agression contre sa main qu’il mord. Il cherche à détruire quelque chose.

La question est posée de savoir s’il cherche à détruire l’enveloppe, le vide que l’enveloppe contient ou encore, l’idée même que personne ne serait là pour lui montrer l’agalma ou tout simplement lui répondre.

Lacan a très clairement précisé ce point.

Cette chose qui se trouve à la fois dans sa propre main ainsi que dans l’image figée de sa mère, est un objet très particulier. C’est l’objet intime de l’enfant. L’objet que le sujet va chercher dans l’Autre, l’agalma, son objet petit a. Si la possibilité de trouver cet objet dans l’Autre disparait, l’angoisse surgit. Lacan a très bien et très justement résumé ce processus en disant que l’angoisse vient quand le manque vient à manquer 3.

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1- « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je, telle qu’elle nous est révélée dans l’expérience psychanalytique », communication au XVIème congrès international de psychanalyse, Zurich, 17 07 1949, publié dans : Lacan J., Ecrits, Paris, PUF, 1966, http://espace.freud.pagesperso-orange.fr/topos/psycha/psysem/miroir.htm

2-Lacan J., Le transfert (1960-1961), le séminaire, livre VIII, Seuil, Paris, 1991, p. 163

3- Lacan J., L’angoisse, le séminaire, livre X, Paris, Seuil, : « Ce qui constitue l’angoisse, c’est quand quelque chose, un mécanisme, fait apparaître (…) à la place qui correspond à celle qu’occupe le « a » du désir, quelque chose (…) entendez n’importe quoi – l’Unbeimlich, c’est ce qui apparaît à cette place. – c’est le -phi, le quelque chose qui nous rappelle que ce dont tout part c’est de la castration imaginaire, qu’il n’y a pas (…) d’image du manque. Quand il apparaît quelque chose là, c’est donc, si je puis m’exprimer ainsi, que le manque vient à manquer », séance du 28 11 1962

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