L’évaluation au travail est diffuse et tout azimut. Cette évaluation est pathogène en elle-même. Et c’est ce que montre Rachel Saada, avocate au barreau de Paris. Celle-ci défend les salariés victimes de leur travail. Dans une conférence prononcée le 09 09 2013, Saada fait le point sur la question des recours possibles des salariés. Au cours de cet exposé, elle fait un commentaire important à propos de l’évaluation au travail.

En voici un extrait :

« Parmi les actions collectives de recours des salariés à propos de leur travail, il y a la possibilité de lancer une action auprès du tribunal de grande instance. Ces actions sont lancées par les CHSCT.

L’Arrêt Snecma du 05 03 2008, sur l’organisation du travail sur un site Seveso, en est un exemple. Cet arrêt du tribunal a été rendu car la décision de la direction augmentait les risques au travail et elle était de nature à compromettre la santé et la sécurité des travailleurs.

A la Caisse d’épargne, il y a eu une vague de suicide. Il ont mis en place des méthodes de classement de chaque salarié à l’intérieur de chaque agence (benchmarking des salariés).

Donc, le salarié arrivant chaque matin (à son travail) n’a pas l’objectif de vendre douze produits financiers. Il a juste l’objectif d’être meilleur que son collègue, son voisin. Vous pouvez imaginer ce que cela va générer de conduites de loyauté à l’égard de ses collègues par leur dévalorisation permanente utilisée pour créer une compétition ininterrompue entre les salariés.

Le juge a constaté : un sentiment d’instabilité du fait qu’il n’y a aucune possibilité de se situer dans l’atteinte d’objectifs annuels puisque le résultat de chacun est conditionné par celui des autres. Une culpabilisation permanente du fait de la responsabilité de chacun dans le résultat collectif. Un sentiment de honte d’avoir privilégié la vente au détriment du conseil client. Une incitation pernicieuse à passer outre la réglementation pour faire du chiffre. Une multiplication des troubles physiques et mentaux (…).

Le juge conclut que l’employeur n’a pas respecté l’obligation de résultat qui pèse sur lui. En instaurant comme mode d’organisation du travail le benchmark, il compromet gravement la santé des salariés. Comme cela lui a été indiqué régulièrement par plusieurs instances. Il convient de faire défense à la Caisse d’épargne d’avoir recours à une telle organisation du travail. (…).

Le juge contrôle l’organisation du travail et dit, « ça, vous ne pouvez pas faire ! Je vous l’interdit !».

C’est très nouveau. Comme sont très nouvelles les actions des CHSCT qui visent à faire invalider les modes d’évaluation des salariés. (…). Il faut passer ces critères d’évaluation des salariés au crible.

Car, il y a deux points forts. Le juge veut que l’on évalue le travail et pas la personne. Toutes les notions comportementales, (comme) le courage (…) la solidarité (de l’agent) à l’égard de l’équipe (…) sont de moins en moins acceptées par le juge. « L’originalité des idées » non plus…. ».

Vous pouvez écouter cette conférence de Rachel Saada en cliquant sur ce lien : http://seenthis.net/messages/189385