Skip to Content

Tag Archives: comportementalisme

le modèle cognitivo-comportemental violemment critiqué aux Etats-Unis comme inefficace, grotesque et quasiment fasciste

Ce n’est pas nouveau, nous le savons depuis bien longtemps en effet, mais cela vaut la peine de le rappeler: “ le modèle cognitivo-comportemental (…) est violemment critiqué aux Etats-Unis comme inefficace, grotesque et quasiment fasciste ” (E. Roudinesco à propos du livre Christopher Lane au sous-titre éloquent : “Comment des comportements normaux deviennent des maladies”).

Commentant ce livre, E. Roudinesco nous éclaire un peu sur les enjeux: rien moins que l’économie de l’industrie pharmaceutique qui sponsorise largement le DSM, un manuel de diagnostic (parfois gracieusement et largement fourni) à l’usage des psychiatres.

Le DSM est un livre dont je me passe très bien tous les jours… Car il ne m’apprends rien sur la clinique, encore moins sur les personnes que je reçois !

Pire, il invente des troubles qui n’existent pas et culpabilise ceux qui ont le malheur de s’y reporter. C’est “ le Manuel 292 maladies imaginaires ”. Ce Manuel, dira un autre, est « un nouveau suspensoir de l’empereur ». Ce sont aussi “ des tableaux sombrement pathologiques, au prix d’oublier que les fous peuvent être vraiment fous ”.

Conclusion: “ Grâce au DSM, nous sommes donc invités à nous considérer comme des malades mentaux, dangereux pour les autres et pour nous-mêmes. Telle est la volonté hygiéniste et sécuritaire de cette grande bible de la psychiatrie moderne ”.

Ci dessous le commentaire de E. Roudinesco sur le livre de C. Lane.

___________________________________________________________

« Comment la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions », de Christopher Lane : la maladie de la médicalisation

Roudinesco E. dans Le Monde des livres, 05 03 2009

u moment où les psychiatres français s’insurgent contre une politique d’Etat qu’ils jugent contraire à leur éthique, voilà que le modèle cognitivo-comportemental qu’ils contestent et qu’ils regardent comme « américain » est violemment critiqué aux Etats-Unis comme inefficace, grotesque et quasiment fasciste. De l’autre côté de l’Atlantique, cette mise en cause ne vient pas des psychiatres, trop soumis au diktat des laboratoires pharmaceutiques, mais des historiens et des écrivains.

En témoigne le livre de Christopher Lane, qui a été un best-seller en 2007. Prenant l’exemple de la timidité, qui n’est en rien une maladie mais une émotion ordinaire, l’auteur, spécialiste de l’époque victorienne et des cultural studies, dénonce la manière dont le fameux DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) – élaboré par l’American Psychiatric Association (APA), puis adopté dans le monde entier à travers l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – a permis, en une trentaine d’années, de transformer en maladies mentales nos émotions les plus banales, pour le plus grand bonheur d’une industrie pharmaceutique soucieuse de rentabiliser des molécules inutiles : contre la crainte de perdre son travail par temps de crise économique, contre l’angoisse de mourir quand on est atteint d’une maladie mortelle, contre la peur de traverser une autoroute à un endroit dangereux, contre le désir de bien manger parfois avec excès, contre le fait de boire un verre de vin par jour ou d’avoir une vie sexuelle ardente, etc.

Grâce au DSM, nous sommes donc invités à nous considérer comme des malades mentaux, dangereux pour les autres et pour nous-mêmes. Telle est la volonté hygiéniste et sécuritaire de cette grande bible de la psychiatrie moderne.

Ayant eu accès pour la première fois aux archives de l’APA, Lane y a découvert des informations étonnantes sur les différentes révisions de ce « Manuel du Père Ubu », censé définir l’homme nouveau du début du XXIe siècle. Entre 1952 et 1968, les deux premiers DSM étaient axés sur les catégories de la psychanalyse, c’est-à-dire sur une nomenclature des affections psychiques qui correspondait à l’étude de la subjectivité consciente et inconsciente : on y distinguait des normes et des pathologies, des névroses, des psychoses, des dépressions, etc.

Mais, à partir des années 1970, sous la pression des laboratoires et des départements de neurosciences, soucieux de réintégrer la psychiatrie dans la neurologie et de créer une vaste science du cerveau où seraient mélangées des maladies dégénératives et des névroses légères, cette approche dite « dynamique », fondée sur des psychothérapies par la parole, fut contestée sur sa droite pour son absence de scientificité biologique et sur sa gauche pour son incapacité à penser l’évolution des moeurs.

Ainsi, en 1973, comme le rappelle Lane, les homosexuels, groupés en associations, exigèrent de ne plus figurer dans le DSM au titre de malades mentaux : ils furent donc déclassifiés à la suite d’un vote. Mais cette décision n’avait rien de scientifique, même si elle était justifiée, puisque l’homosexualité n’est pas une maladie mentale.

« J’AI HONTE POUR LA PSYCHIATRIE »

En conséquence, il fallut procéder à une nouvelle révision du DSM, d’autant que d’autres catégories de citoyens réclamaient, au contraire des homosexuels, d’être pris en compte dans le Manuel : les traumatisés de guerre notamment, désireux d’être indemnisés sans se soucier de savoir si leur problème relevait ou non d’une maladie mentale. On inventa donc, pour les satisfaire, le « syndrome post-Vietnam », qui fut dûment catalogué comme maladie mentale dans le DSM.

C’est alors que, en 1974, le psychiatre Robert Spitzer, enseignant à l’université Columbia, admirateur de la « bio-énergie » façon Wilhelm Reich, fut pressenti pour diriger la troisième révision du Manuel. Convaincu d’être le prophète d’une révolution neuronale de l’âme, il s’entoura de quatorze comités, composés chacun d’une multitude d’experts. Il effectua alors un retour spectaculaire vers le XIXe siècle, réintroduisant dans le Manuel la classification d’Emil Kraepelin (1856-1926), psychiatre allemand contemporain de Freud, ce qui lui permit de rétablir une analogie pourtant largement dépassée entre troubles mentaux et maladies organiques.

Entre 1980 (DSM-III) et 1987 (DSM-III-révisé), la folle équipe de Spitzer procéda à « un balayage athéorique » du phénomène psychique, substituant à la terminologie de Kraepelin celle des psychologues du conditionnement. Les concepts classiques de la psychiatrie furent alors bannis au profit de la seule notion de trouble (disorder), qui permit de faire entrer dans le Manuel 292 maladies imaginaires.

Dans le DSM-IV, publié en 1994, on en comptabilisait 350 et, pour le futur DSM-V, de nouveaux syndromes (rebaptisés « addictions ») seront ajoutés, tels que l’activité sexuelle libertine, l’apathie, l’amour de la gastronomie ou encore le plaisir de se promener pendant des heures sur Internet : « J’ai honte pour la psychiatrie, dira le psychiatre de renom Robert Waugh. S’il vous plaît, il y a assez de choses ridicules dans la psychiatrie pour ne pas offrir des motifs de moqueries supplémentaires. » Ce Manuel, dira un autre, est « un nouveau suspensoir de l’empereur ».

Après avoir lu ce récit, on se demande qui pourra faire barrage un jour à l’expansion de ces thèses aberrantes, comparables à celles du Docteur Knock, et qui ont pour objectif de faire entrer l’existence ordinaire des hommes dans des tableaux sombrement pathologiques, au prix d’oublier que les fous peuvent être vraiment fous.

Pour l’heure, rien ne permet de dire que la démonstration argumentée et convaincante de Christopher Lane puisse être entendue par les psychiatres soumis aux molécules, et qui continuent de croire aux vertus classificatoires de cet étrange Manuel.


COMMENT LA PSYCHIATRIE ET L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE ONT MÉDICALISÉ NOS ÉMOTIONS (SHYNESS. HOW NORMAL BEHAVIOR BECAME A SICKNESS) de Christopher Lane. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par François Boisivon. Flammarion, 384 p., 26 €.

Ne me soignez pas (avec l’ABA), je suis comme ça !

Les autistes du mouvement anti-ABA, plaident pour que l’on abandonne les thérapies comportementales comme ABA ou TEACH, ils souhaitent que l’on tienne compte de leur différence.

Le mouvement anti-ABA ou mouvement « anti-cure » ou encore « Autism Right Mouvement » (mouvement pour les droits des autistes), est animé par les autistes.

Ces mouvements anti-ABA estiment que les méthodes de traitement de l’autisme comme l’ABA ou les ICM (méthodes comportementales intensives), sont « physiquement nuisibles » ou « mentalement nuisibles ». Voire même dangereuses !

Ils s’opposent à ce que le traitement ABA leur soit appliqué: « Ne nous soignez pas, nous ne sommes pas malades ! Nous sommes comme ça ! » (1).

Ces autistes s’opposent aux associations de parents qui sont parfois tournées en dérision. Les autistes leur reprochent en effet, de vouloir trop en faire pour les aider (2).

Vous pouvez obtenir de très nombreux renseignements et comprendre le sens de ces mouvements anti-ABA, en lisant les articles de François Sauvagnat (3) et de Eric Laurent (4). Maria Lucia Martin signale aussi un article assez intéressant, « Fiers d’être autistes » (5). La page Wikipédia est assez complète (6).

L’idée de ces mouvements anti-ABA, c’est que l’autisme est une façon d’être, un mode de réaction à ce qui leur arrive dans la vie. Leur symptôme, en somme, leur permet de se battre à leur façon. Tenter de supprimer ces symptômes, vouloir gommer leurs différences, serait même une grande perte.

L’autisme, un mode de vie ?

Comme l’explique le Pr Baron-Cohen, directeur du centre de recherche sur l’autisme de Cambridge : “ parler d’un « remède à l’autisme » est une approche massue. La crainte est que dans ce processus d’alléger les difficultés, les qualités spéciales – telles que la remarquable attention au détail, et la capacité à sa concentrer pendant de longues périodes en profondeur sur un sujet sans importance – serait perdu. L’autisme est à la fois un handicap et une différence. Nous devons trouver les moyens d’atténuer le handicap, tout en respectant et en valorisant la différence” (7).

C’est la position de James Meyerding, autiste, qui dénonce l’ABA (8). La lecture de son blog est passionnante ! Elle plaide pour la neurodiversité.

Dans un autre registre, Michelle Dawson, autiste, a témoigné au procès Auton. En effet, le gouvernement du Canada avait arrêté le financement du traitement de l’autisme par la méthode ABA. Le tribunal a jugé que cette décision respectait le droit à l’égalité des enfants (9).

Dawson a montré en quoi ce traitement ABA est un « misbehavior ». Elle explique en détail et de façon convaincante, pourquoi la thérapie comportementale n’est ni scientifique, ni morale (10). Très intéressant de se plonger dans la lecture de ses articles !

Les groupes anti-ABA les plus importants sont :

______________________________________________________

  1. http://www.nytimes.com/2004/12/20/health/20autism.html

  2. http://www.guardian.co.uk/society/2007/aug/07/health.medicineandhealth

  3. http://forumdespsychiatres.org/index.php?option=com_content&view=article&id=340:les-tcc-mises–nu-par-franois-sauvagnat&catid=86:psychothrapie&Itemid=33

  4. http://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2012/02/LQ-164.pdf

  5. http://www.scienceshumaines.com/fiers-d-etre-autistes-la-neurodiversite-un-mouvement-polemique_fr_26739.html

  6. http://en.wikipedia.org/wiki/Autism_rights_movement#cite_note-Harmon-5

  7. http://www.guardian.co.uk/society/2007/aug/07/health.medicineandhealth

  8. http://www.planetautism.com/jane/index.html

  9. http://en.wikipedia.org/wiki/Auton_(Guardian_ad_litem_of)_v._British_Columbia_(Attorney_General

  10. http://www.sentex.net/~nexus23/naa_aba.html

Ne me soignez pas (avec l'ABA), je suis comme ça !

Les autistes du mouvement anti-ABA, plaident pour que l’on abandonne les thérapies comportementales comme ABA ou TEACH, ils souhaitent que l’on tienne compte de leur différence.

Le mouvement anti-ABA ou mouvement « anti-cure » ou encore « Autism Right Mouvement » (mouvement pour les droits des autistes), est animé par les autistes.

Ces mouvements anti-ABA estiment que les méthodes de traitement de l’autisme comme l’ABA ou les ICM (méthodes comportementales intensives), sont « physiquement nuisibles » ou « mentalement nuisibles ». Voire même dangereuses !

Ils s’opposent à ce que le traitement ABA leur soit appliqué: « Ne nous soignez pas, nous ne sommes pas malades ! Nous sommes comme ça ! » (1).

Ces autistes s’opposent aux associations de parents qui sont parfois tournées en dérision. Les autistes leur reprochent en effet, de vouloir trop en faire pour les aider (2).

Vous pouvez obtenir de très nombreux renseignements et comprendre le sens de ces mouvements anti-ABA, en lisant les articles de François Sauvagnat (3) et de Eric Laurent (4). Maria Lucia Martin signale aussi un article assez intéressant, « Fiers d’être autistes » (5). La page Wikipédia est assez complète (6).

L’idée de ces mouvements anti-ABA, c’est que l’autisme est une façon d’être, un mode de réaction à ce qui leur arrive dans la vie. Leur symptôme, en somme, leur permet de se battre à leur façon. Tenter de supprimer ces symptômes, vouloir gommer leurs différences, serait même une grande perte.

L’autisme, un mode de vie ?

Comme l’explique le Pr Baron-Cohen, directeur du centre de recherche sur l’autisme de Cambridge : “ parler d’un « remède à l’autisme » est une approche massue. La crainte est que dans ce processus d’alléger les difficultés, les qualités spéciales – telles que la remarquable attention au détail, et la capacité à sa concentrer pendant de longues périodes en profondeur sur un sujet sans importance – serait perdu. L’autisme est à la fois un handicap et une différence. Nous devons trouver les moyens d’atténuer le handicap, tout en respectant et en valorisant la différence” (7).

C’est la position de James Meyerding, autiste, qui dénonce l’ABA (8). La lecture de son blog est passionnante ! Elle plaide pour la neurodiversité.

Dans un autre registre, Michelle Dawson, autiste, a témoigné au procès Auton. En effet, le gouvernement du Canada avait arrêté le financement du traitement de l’autisme par la méthode ABA. Le tribunal a jugé que cette décision respectait le droit à l’égalité des enfants (9).

Dawson a montré en quoi ce traitement ABA est un « misbehavior ». Elle explique en détail et de façon convaincante, pourquoi la thérapie comportementale n’est ni scientifique, ni morale (10). Très intéressant de se plonger dans la lecture de ses articles !

Les groupes anti-ABA les plus importants sont :

______________________________________________________

  1. http://www.nytimes.com/2004/12/20/health/20autism.html

  2. http://www.guardian.co.uk/society/2007/aug/07/health.medicineandhealth

  3. http://forumdespsychiatres.org/index.php?option=com_content&view=article&id=340:les-tcc-mises–nu-par-franois-sauvagnat&catid=86:psychothrapie&Itemid=33

  4. http://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2012/02/LQ-164.pdf

  5. http://www.scienceshumaines.com/fiers-d-etre-autistes-la-neurodiversite-un-mouvement-polemique_fr_26739.html

  6. http://en.wikipedia.org/wiki/Autism_rights_movement#cite_note-Harmon-5

  7. http://www.guardian.co.uk/society/2007/aug/07/health.medicineandhealth

  8. http://www.planetautism.com/jane/index.html

  9. http://en.wikipedia.org/wiki/Auton_(Guardian_ad_litem_of)_v._British_Columbia_(Attorney_General

  10. http://www.sentex.net/~nexus23/naa_aba.html

Supériorité de la psychanalyse sur les psychothérapies courtes

L’étude de Paul Knekt et de ses collaborateurs, de l’institut national pour la santé de Helsinki en Finlande, montre l’efficacité de la psychanalyse sur un suivi de 5 ans, ainsi que sa supériorité par rapport aux psychothérapies pour des patients souffrant de dépression ou d’anxiété. Les psychothérapies « courtes » apparaissent dès lors comme des traitements « insuffisants ».

Nous savions déjà que les TCC sont inefficaces et coûteuses : http://efleury.fr/les-tcc-sont-inefficaces-et-coteuses/

L’article de Paul Knekt : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21316768

____________________________________________________________

Quasi-experimental study on the effectiveness of psychoanalysis, long-term and short-term psychotherapy on psychiatric symptoms, work ability and functional capacity during a 5-year follow-up.

Knekt PLindfors OLaaksonen MARenlund CHaaramo PHärkänen TVirtala EHelsinki Psychotherapy Study Group.

Source

Social Insurance Institution, Helsinki, Finland. paul.knekt@thl.fi

Abstract

BACKGROUND:

Psychotherapy is apparently an insufficient treatment for some patients with mood or anxiety disorder. In this study the effectiveness of short-term and long-term psychotherapies was compared with that of psychoanalysis.

METHODS:

A total of 326 psychiatric outpatients with mood or anxiety disorder were randomly assigned to solution-focused therapy, short-term psychodynamic and long-term psychodynamic psychotherapies. Additionally, 41 patients suitable for psychoanalysis were included in the study. The patients were followed from the start of the treatment and assessed 9 times during a 5-year follow-up. The primary outcome measures on symptoms were the Beck Depression Inventory, the Hamilton Depression and Anxiety Rating Scales, and the Symptom Check List, anxiety scale. Primary work ability and functional capacity measures were the Work Ability Index, the Work-subscale of the Social Adjustment Scale, and the Perceived Psychological Functioning Scale.

RESULTS:

A reduction in psychiatric symptoms and improvement in work ability and functional capacity was noted in all treatment groups during the 5-year follow-up. The short-term therapies were more effective than psychoanalysis during the first year, whereas the long-term therapy was more effective after 3years of follow-up. Psychoanalysis was most effective at the 5-year follow-up, which also marked the end of the psychoanalysis.

CONCLUSIONS:

Psychotherapy gives faster benefits than psychoanalysis, but in the long run psychoanalysis seems to be more effective. Results from trials, among patients suitable for psychoanalysis and with longer follow-up, are needed before firm conclusions about the relative effectiveness of psychoanalysis and psychotherapy in the treatment of mood and anxiety disorders can be drawn.

Copyright © 2011 Elsevier B.V. All rights reserved

 

Les TCC sont inefficaces et coûteuses

L’étude de Durham montre que les TCC (Thérapies Cognitivo Comportementales) sont inefficaces, aussi bien dans le traitement de l’angoisse que celui de la psychose. De plus, son coût est plus élevé que les autres thérapies dans le traitement de l’angoisse.

L’essai clinique est réalisé par l’équipe de Durham en Ecosse, de 1985 à 2001, elle est randomisée, en aveugle et contrôlée par les échelles appropriées. Les patients souffraient de troubles anxieux généralisé, de trouble panique, du syndrome de stress post-traumatique ou de psychose. Sur les 1071 personnes entrées dans l’étude en 85, 489 ont participé à l’évaluation à la fin de l’étude (46% des entrants d’origine) en 2001.

Résultats

Troubles anxieux

Le traitement par la TCC n’a pas supprimé la pathologie. Quand des effets positifs ont été constaté au début, ils avaient disparus à la fin. Un traitement par la TCC plus intensif n’améliorait pas la symptomatologie durablement.

L’analyse coûts-efficacité a montré aucun avantage de la TCC par rapport aux non-TCC.

Les coûts de la TCC étaient plus élevés que les non-TCC.

Psychose

La TCC n’apportait aucune différence par rapport aux traitements non-TCC.

L’analyse coût-efficacité a montré aucun avantage de la TCC par rapport aux non-TCC.

Article original ci-dessous:

Long-term outcome of cognitive behaviour therapy clinical trials in central Scotland

RC Durham,1* JA Chambers,1,2 KG Power,2,3 DM Sharp,4 RR Macdonald,2 KA Major,5 MGT Dow2,6 and AI Gumley7

Health Technology Assessment 2005; Vol 9: number 42

Adobe Acrobat icon View/Download full monograph in Adobe Acrobat format (1.21 mbytes)
Adobe Acrobat icon View/Download summary in Adobe Acrobat format (suitable for printing)

1 Psychiatry and Behavioural Sciences, Division of Pathology and Neuroscience, University of Dundee, UK
2 Department of Psychology, University of Stirling, UK
3 Department of Clinical Psychology, NHS Tayside, UK
4 Institute of Rehabilitation, University of Hull Medical School, UK
5 Health Economics, NHS Ayrshire and Arran, UK
6 Department of Clinical Psychology, NHS Fife, UK
7 Department of Psychological Medicine, University of Glasgow, UK

* Corresponding author

Executive Summary

Objectives

The aim of this study was to consider the following:

  • What is the long-term outcome of participants in clinical trials of cognitive behaviour therapy (CBT) for anxiety disorders and psychosis?
  • Are there significant differences in effectiveness and cost-effectiveness associated with receiving CBT in comparison with alternative treatments?
  • Are there significant differences in effectiveness associated with receiving different intensities of CBT?
  • How well can long-term outcome be predicted from data from the original clinical trials?

Design

An attempt was made to contact and interview all of the participants in eight randomised, controlled, clinical trials of CBT for anxiety disorders and two randomised, controlled, clinical trials of CBT for schizophrenia conducted between 1985 and 2001. Case note reviews of healthcare resources used in the 2 years prior to entering the trials and the 2 years prior to follow-up interview were undertaken.

Setting

The clinical trials were conducted in mixed rural and urban settings in five localities in central Scotland. Anxiety disorder trials were conducted mainly in primary care and included three with generalised anxiety disorder, four with panic disorder and one with post-traumatic stress disorder (PTSD). The psychosis studies (one on relapse prevention and one with chronic disorder) were conducted in secondary care.

Participants

An attempt was made to follow up all 1071 entrants to the 10 studies, of whom 125 were not available to be contacted. Of the 946 who were available, 489 agreed to participate (46% of original entrants, 52% of those available to contact).

Method

Follow-up interviews took place between 1999 and 2003, 2–14 years after the original treatment. Interviews for Trials 1–8 were conducted by a research psychologist blind to original treatment condition. Interviews for Trials 9 and 10 were conducted by community psychiatric nurses also blind to treatment condition. Case note reviews were completed following the interview.

Main outcome measures

For Trials 1–8 the main interview-based outcome measures were: Anxiety Disorders Interview Schedule – DSM-IV for diagnosis and co-morbidity, Clinical Global Severity (0–8) and the Hamilton Anxiety Rating Scale. The main patient-rated measures were: Brief Symptom Inventory, SF-36 II, Clinical Global Improvement (1–7), and the Positive and Negative Affect Scale. For Trials 9 and 10 the primary outcome measure was the interview-based Positive and Negative Syndrome Scale (PANSS).

Results

Anxiety disorder studies (Trials 1–8)

Over half of the participants (52%) had at least one diagnosis at long-term follow-up, with significant levels of co-morbidity and health status scores comparable to the lowest 10% of the general population. Few participants had none or only mild symptoms (18%) and a significant proportion (30%) had subthreshold symptoms of at least moderate severity. Only 36% reported receiving no interim treatment for anxiety over the follow-up period with 19% receiving almost constant treatment. Patients with PTSD did particularly poorly. There was a 40% real increase in healthcare costs over the two time periods, mainly due to an increase in prescribing. A close relationship was found between poor mental and physical health for those with a chronic anxiety disorder.

Treatment with CBT was associated with a better long-term outcome than non-CBT in terms of overall symptom severity but not with regard to diagnostic status. The positive effects of CBT found in the original trials were eroded over longer time periods. No evidence was found for an association between more intensive therapy and more enduring effects of CBT. Long-term outcome was found to be most strongly predicted by the complexity and severity of presenting problems at the time of referral, by completion of treatment irrespective of modality and by the amount of interim treatment during the follow-up period. The quality of the therapeutic alliance, measured in two of the studies, was not related to long-term outcome but was related to short-term outcome.

The cost-effectiveness analysis showed no advantages of CBT over non-CBT. For the participants as a whole, CBT was associated with slightly higher costs than non-CBT and slightly higher benefits. For participants who completed CBT, versus all other participants, CBT was associated with somewhat lower costs and slightly higher benefits. The costs of providing CBT in the original trials was only a very small proportion (6.4%) of the overall costs of healthcare for this population, which are high for both physical and mental health problems.

Psychosis studies (Trials 9 and 10)

Outcome was generally poor and only 10% achieved a 25% reduction in total PANSS scores from pretreatment to long-term follow-up. Nearly all participants (93%) reported almost constant treatment over the follow-up period at a significantly higher level than for the anxiety disorder patients. Treatment with CBT was associated with more favourable scores on the three PANSS subscales. However, there were no significant differences between CBT and non-CBT groups in the proportions achieving clinically significant change and very few psychosis patients maintained a 25% reduction in PANSS scores from post-treatment to long-term follow-up regardless of treatment modality.

Cost-effectiveness analysis showed no advantages of CBT over non-CBT. Healthcare costs fell over the two time periods mainly owing to a reduction in inpatient costs.

Conclusions

The implications for healthcare are:

  • Psychological therapy services need to recognise that anxiety disorders tend to follow a chronic course and that good outcomes with CBT over the short term are no guarantee of good outcomes over the longer term.
  • Clinicians who go beyond standard treatment protocols of about 10 sessions over a 6-month period are unlikely to bring about greater improvement.
  • Poor outcomes over the long term are related to greater complexity and severity of presenting problems at the time of referral, failure to complete treatment irrespective of modality and the amount of interim treatment during the follow-up period.
  • The relative gains of CBT are greater in anxiety disorders than in psychosis.

Recommendations for future research

Longitudinal research designs over extended periods of time (2–5 years), with large numbers of participants (500+), are required to investigate the relative importance of patient characteristics, therapeutic alliance and therapist expertise in determining the cost-effectiveness of CBT in the longer term.

A better understanding of the mechanisms by which poor treatment responders become increasingly disabled by multiple physical and mental disorders will require close collaboration between researchers in the clinical, biological and social sciences.

Publication

Durham RC, Chambers JA, Power KG, Sharp DM, Macdonald RR, Major KA, et al. Long-term outcome of cognitive behaviour therapy clinical trials in central Scotland. Health Technol Assess 2005;9(42).

NHS R&D HTA Programme

The research findings from the NHS R&D Health Technology Assessment (HTA) Programme directly influence key decision-making bodies such as the National Institute for Health and Clinical Excellence (NICE) and the National Screening Committee (NSC) who rely on HTA outputs to help raise standards of care. HTA findings also help to improve the quality of the service in the NHS indirectly in that they form a key component of the ‘National Knowledge Service’ that is being developed to improve the evidence of clinical practice throughout the NHS.

The HTA Programme was set up in 1993. Its role is to ensure that high-quality research information on the costs, effectiveness and broader impact of health technologies is produced in the most efficient way for those who use, manage and provide care in the NHS. ‘Health technologies’ are broadly defined to include all interventions used to promote health, prevent and treat disease, and improve rehabilitation and long-term care, rather than settings of care.

The HTA Programme commissions research only on topics where it has identified key gaps in the evidence needed by the NHS. Suggestions for topics are actively sought from people working in the NHS, the public, service-users groups and professional bodies such as Royal Colleges and NHS Trusts.

Research suggestions are carefully considered by panels of independent experts (including service users) whose advice results in a ranked list of recommended research priorities. The HTA Programme then commissions the research team best suited to undertake the work, in the manner most appropriate to find the relevant answers. Some projects may take only months, others need several years to answer the research questions adequately. They may involve synthesising existing evidence or conducting a trial to produce new evidence where none currently exists.

Additionally, through its Technology Assessment Report (TAR) call-off contract, the HTA Programme is able to commission bespoke reports, principally for NICE, but also for other policy customers, such as a National Clinical Director. TARs bring together evidence on key aspects of the use of specific technologies and usually have to be completed within a short time period.

Criteria for inclusion in the HTA monograph series

Reports are published in the HTA monograph series if (1) they have resulted from work commissioned for the HTA Programme, and (2) they are of a sufficiently high scientific quality as assessed by the referees and editors.

Reviews in Health Technology Assessment are termed ‘systematic’ when the account of the search, appraisal and synthesis methods (to minimise biases and random errors) would, in theory, permit the replication of the review by others.

The research reported in this monograph was commissioned by the HTA Programme as project number 96/39/18. The contractual start date was in January 1999. The draft report began editorial review in April 2004 and was accepted for publication in May 2005. As the funder, by devising a commissioning brief, the HTA Programme specified the research question and study design. The authors have been wholly responsible for all data collection, analysis and interpretation, and for writing up their work. The HTA editors and publisher have tried to ensure the accuracy of the authors’ report and would like to thank the referees for their constructive comments on the draft document. However, they do not accept liability for damages or losses arising from material published in this report.

The views expressed in this publication are those of the authors and not necessarily those of the HTA Programme or the Department of Health.

Editor-in-Chief: Professor Tom Walley
Series Editors: Dr Peter Davidson, Dr Chris Hyde, Dr Ruairidh Milne, Dr Rob Riemsma and Dr Ken Stein
Managing Editors: Sally Bailey and Sarah Llewellyn Lloyd

© 2005 Crown Copyright

Le forfait psy en entreprise: psychothérapie comportementale à la solde du patron

ASP entreprise est une association de comportementalistes, comme l’indique sa plaquette de présentation qui ne détaille d’ailleurs pas quels sont praticiens psychologues ou psychiatres en exercices. ASP propose un contrat aux entreprises: le « forfait psy ». C’est-à-dire, une convention, établie à l’avance, sur la durée, le tarif et le résultat d’une psychothérapie. Une psychothérapie calibrée selon les besoins de l’entreprise. Des psychothérapeutes à la solde du patron.

En effet, comme le révèle Marie-Joelle Gros dans Libération, après convention avec la direction d’une société, ASP entreprise propose aux salariés un carnet de 10 séances avec un psychothérapeute. Ce psychothérapeute est imposé à l’employé dans la mesure où le psy doit avoir passé un contrat avec la direction de la société, ses coordonnées sont fournies avec le carnet.

Il y avait les centres de vacances Sncf, les hôpitaux psychiatriques mutualistes de la MGEN, etc, nous avons maintenant la psy tarifée au forfait ! Un symptôme moderne du malaise dans les entreprises…

Surtout, il ne faudrait pas penser que le carnet psy engage la responsabilité de l’employeur, c’est le contraire.

Une fois terminé ses dix séances, le salarié se rendant compte que son malaise dans l’entreprise est plus important qu’il ne le croyait est prié de payer de sa poche. Bon vent ! Ce n’est plus le problème de la direction de l’entreprise, cela se dégrade  en un « problème personnel et intime » à l’employé. L’entreprise se dédouane ainsi à peu de frais de sa responsabilité dans la souffrance de ses salariés au travail.

Qui pourra alors reprocher une maltraitance hypocrite à sa direction ? N’aura-t-elle pas eu le soucis de financer le forfait-psy ? N’aura-t-elle eu des égards, certifiés et approuvés par ASP entreprise, pour le bien-être de ses salariés ? N’aura-t-elle pas fait le nécessaire pour soutenir ses salariés ?

 

Les débuts contestés du «ticket psy»

Mise en place par certaines entreprises pour lutter contre le stress au travail, l’initiative est décriée par les praticiens, Le Figaro, 26 01 2009, par Anne Jouan

Le «ticket psy» a été récemment mis en place par ASP, une société qui se présente comme «spécialisée en conseil et expertise dans le développement des conditions de qualité de vie au travail». De quoi s’agit-il ? ASP propose à une dizaine d’entreprises clientes des carnets de «tickets psy» (chaque carnet en contient entre 5 et 10). Un peu sur le modèle des tickets­-repas. Ces derniers sont délivrés aux salariés intéressés par le médecin du travail. «Il s’agit de consultations d’écoute et de conseil, explique Valentine Burzynski, directrice générale d’ASP. Notre objectif est d’offrir des espaces où le salarié peut prendre du recul par rapport à sa situation.»

Sa société revendique une petite centaine de praticiens dans toute la France. Il s’agit pour l’essentiel de psychologues, puis de psychothérapeutes, seuls quelques psychiatres seraient concernés. Ces praticiens sont entièrement rémunérés par ASP, suite à un contrat conclu entre les deux parties, le patient ne donnant au psy que le ticket.

«Un gadget qui donne bonne conscience à l’entreprise»

Du côté des psychologues, on est plutôt sceptique sur la démarche. Le syndicat national de la profession regrette notamment que la liste des praticiens ne soit pas connue. «Avec le ticket-restaurant, on peut manger presque n’importe où, estime son secrétaire général adjoint, Jacques Borgy. Or avec ce ticket-là, les patients ne peuvent pas avoir accès à tous les psychologues, car le choix se fait à partir d’une liste établie par l’entreprise.» Le syndicat déplore également le manque de clarté sur la formation de ces praticiens. La position du Syndicat des psychiatres français est « pour le moins réservée», déplorant, au nom de principes éthiques, que des psychiatres aient adhéré à une démarche comme celle-là assimilée à du «racolage». La mise en place de ce ticket relève de «la psychologisation croissante de la société, comme s’il fallait toujours avoir recours à un psy », regrette Jean-Pierre Capitain, son président, pour qui ce système de tickets s’apparente à «un gadget qui donne bonne conscience à l’entreprise».

Le Conseil de l’ordre des médecins se montre également très critique. «Nous sommes choqués, car la médecine n’est pas un commerce», martèle Pierrick Cressard, président de la section éthique et déontologie de l’Ordre. Ce dernier insiste sur le fait que les contrats signés entre les praticiens et l’ASP n’ont aucune valeur puisqu’ils n’ont pas été enregistrés auprès des conseils départementaux de l’Ordre, comme cela doit être le cas. À cela s’ajoute le fait, toujours selon l’Ordre, que ce n’est pas à une entreprise de choisir un praticien mais bien au patient puisqu’en France le choix du praticien est libre.

Cette polémique entre les différents types de praticiens de la «psy» intervient dans un contexte particulier. Le Conseil de l’ordre et les représentants des syndicats psychiatriques sont en discussion avec le ministère de la Santé pour que le titre de psychothérapeute soit défini par le Conseil d’État, car, estime le conseil, «on ne se dit pas psy comme on se dit diseuse de bonne aventure.» Aujourd’hui en France, les psychiatres ont fait une dizaine d’années d’études de médecine, les psychologues cinq ans à l’université de lettres, alors que les psychothérapeutes n’ont pas de formation spécifique sanctionnée par des diplômes d’État.

 

 

Chaud divan, sur le modèle du Ticket-Restaurant, le Ticket-Psy vient d’être lancé

 

Marie-Joelle Gros, Libération 21 01 2009

«Je peux vous payer en Ticket-psy ?» Après le Ticket-Restaurant, puis le Chèque-Vacances, voici le dernier-né des coupons destinés aux salariés : le Ticket-Psy, qui permet de s’offrir une séance de psychothérapie aux frais de son employeur.

La formule est toute récente. Mais déjà, dans différents domaines d’activités (banque, transports de fonds, informatique…), des entreprises auraient franchi le pas et souscrit un abonnement. L’idée a germé au sein d’un cabinet de prévention des risques psychosociaux, ASP Entreprises, spécialisé dans les problématiques de stress au travail. Mal-être, dépression, la souffrance psychique liée à l’activité professionnelle a cessé d’être tabou en France depuis une quinzaine d’années. Mais, «dès que l’on réfléchit à des solutions, deux visions s’opposent : repenser l’organisation du travail ou soutenir les gens», résume Valentine Burzynski, directrice générale d’ASP Entreprises. Autant sortir de cette polémique et considérer la souffrance au travail en tant que telle, quelle qu’en soit la raison».

Médecine du travail. On ne va pas chercher ses Ticket-Psy à la direction des ressources humaines comme on le fait pour les Ticket-Restaurant. Impératif de confidentialité oblige. C’est à la médecine du travail qu’il faut s’adresser. Les médecins du travail sont souvent en première ligne pour constater les symptômes et expressions d’un mal-être. Mais leur mission n’est pas de proposer un traitement au cas par cas. En outre, les salariés ne sont pas tenus d’attendre leur convocation à la médecine du travail (obligatoire tous les deux ans), mais peuvent demander un carnet de Ticket-Psy dès que le besoin se fait sentir. Les coordonnées des thérapeutes partenaires sont fournies en même temps que les coupons.

Une centaine de psychologues, psychothérapeutes et psychiatres seraient déjà entrés dans le réseau du Ticket-Psy. «Nous les avons recrutés en fonction de leur expérience et de leur connaissance du monde de l’entreprise», explique ASP. A Paris et Lyon, l’offre semble assez dense et un salarié peut se voir proposer plusieurs professionnels et faire son choix. Si le contact passe mal avec l’un, il aura la possibilité de s’adresser à un autre. Ailleurs sur le territoire, ce n’est pas toujours possible. En tout cas pour l’instant.

«Recul». Pour l’entreprise, la valeur d’un ticket est de 100 euros, un montant qui comprend le règlement de la consultation du psy et les frais annexes. Un salarié peut légitimement demander à bénéficier de deux carnets, soit dix séances de psychothérapie. «Ce volume de séances permet de prendre suffisamment de recul», estime ASP. Au bout de dix séances, si le salarié souhaite poursuivre sa psychothérapie, il devra le faire à ses frais. «Le rôle de l’employeur n’est pas de financer la thérapie du salarié, rappelle ASP. Nous préconisons un temps moyen qui permet de soulager des situations professionnelles, mais dès lors que l’on entre dans un travail plus personnel et intime, ce n’est plus la responsabilité de l’employeur.»

Ceux qui ont déjà fait une analyse ou une psychothérapie dans leur vie ne sont a priori pas concernés par ce dispositif. Le Ticket-Psy, qui se veut pratique et gratuit, offre peut-être à certains les moyens de franchir un cap. La question du coût d’une séance de psy est souvent considérée comme un frein à cette démarche. Avec la période de tensions qui s’annonce dans le monde du travail, le Ticket-Psy aura-t-il le temps de trouver son public ?

Ce service est trop neuf pour pouvoir en dresser un bilan. Les langues ne se sont pas encore déliées. On imagine mal un salarié demander à l’occasion de son recrutement si les Tickets-Psy font partie des avantages offerts par l’employeur. «Notre proposition ne laisse pas indifférent», note cependant ASP Entreprise, pour l’instant seule sur ce créneau. Au sein des entreprises, les délégués des comités d’hygiène et de sécurité (CHSCT) l’évoquent dans les négociations.

Depuis la loi de modernisation sociale de 2002, il est fait obligation à l’employeur de s’occuper de la santé physique de ses salariés, mais aussi de leur santé mentale. Il ne s’agit pas de dorloter l’intégralité de ses troupes. On considère qu’en moyenne 5 % des salariés ont besoin d’un soutien psychologique. De quoi convaincre les employeurs que la formule ne leur coûtera pas les yeux de la tête ?

Les sciences sociales ne sont pas solubles dans les sciences cognitives, pétition contre la réforme du CNRS

Signer la pétition   –   Voir les signataires


Les signataires de ce texte sont tous concernés par le domaine que le projet d’Institut National des Sciences Humaines et Sociales (INSHS) entend regrouper sous l’appellation « Cognition et comportement ».
Nous sommes étonnés et inquiets de voir que le projet considère que ces domaines relèvent exclusivement des sciences cognitives, constituant les « théories de la complexité » en référent méthodologique central. Il ne fait aucune mention de la philosophie des sciences non naturaliste, de la sociologie, de l’histoire, de l’anthropologie et des sciences politiques. Pourtant, la question de savoir ce que sont précisément la « cognition » et le « comportement » est, à l’évidence, un objet des sciences humaines et sociales : il suffit de penser aux conséquences juridiques et pénales, professionnelles, éducatives (pour ne citer que quelques exemples) de la définition de ce qu’est un comportement, ou aux dimensions collectives, linguistiques, pragmatiques de ce qu’on entend par cognition. Les sciences cognitives n’ont pas le monopole de la cognition.
Pour avoir une idée de l’aveuglement de la nouvelle perspective envisagée, rappelons-nous seulement l’intensité des polémiques qui ont suivi la publication de l’expertise collective de l’INSERM sur le trouble des conduites en 2005 : la définition des comportements anormaux des enfants est apparue immédiatement comme un enjeu de société. Nous sommes étonnés et inquiets de constater l’absence dans le projet des mots-clés santé mentale, psychiatrie, alors que ces domaines sont aujourd’hui, non seulement des préoccupations transversales de nos sociétés, mais encore des objets de conflits.
Peut-on encore sérieusement affirmer que la connaissance du « substrat cérébral » soit la principale chose à considérer pour traiter des questions d’éducation, de santé ou d’organisation du travail ? Les meilleurs spécialistes des neurosciences eux-mêmes s’en gardent bien, et nombreux sont ceux qui souhaiteraient un dialogue approfondi avec des historiens, des sociologues ou des philosophes, précisément sur ces points, afin de procéder à l’indispensable analyse conceptuelle des termes en question : esprit, cerveau, connaissance, comportement.
Le privilège accordé aux approches neuroscientifiques pour parler du comportement relève d’une politique de recherche à courte vue. Une telle approche idéologique ne saurait fonder une politique scientifique digne du futur Institut. S’agit-il de convertir de force la communauté scientifique en sciences humaines et sociales au paradigme cognitiviste ? Nous ne sommes pas appelés à devenir des neurosociologues, des neurophilosophes, des neuroanthropologues ou des neurohistoriens. L’examen concret de la normativité de la vie sociale découverte par l’École sociologique française (Durkheim et Mauss) et la sociologie allemande (Weber) n’est pas une illusion destinée à être remplacée par l’étude de la connectivité cérébrale. C’est un niveau autonome et irréductible de la réalité humaine.
Pourquoi, sans aucun argument explicite en sa faveur, accorder un pareil privilège à un paradigme particulier, naturaliste (ou du moins réductionniste), au détriment d’approches intégratives qui font place aux dimensions sociales de la formation des connaissances (aux contextes socio-historiques, aux institutions, …) ? L’INSHS doit-il mettre un seul paradigme intellectuel en position dominante ? Doit-il rayer d’un trait de plume le pluralisme méthodologique et les débats de la communauté scientifique internationale ? Doit-il enfin compter pour rien l’excellence reconnue des programmes non cognitivistes en SHS ?
Depuis plusieurs années des chercheurs en sciences sociales ont commencé à développer au sein du CNRS notamment, des recherches sur ces sujets. Ils ont constitué un milieu scientifique ouvert et créatif, et ont entamé son internationalisation. Le projet tel qu’il est conçu aujourd’hui mettra fin à cette dynamique. Au-delà, il menace l’existence même des sciences humaines et sociales comme disciplines vivantes, critiques e constructives.
Nous reconnaissons parfaitement l’intérêt des sciences cognitives, et la nécessité qu’elles aient leur place et qu’elles se développent à l’INSHS. De même il nous paraît essentiel de valoriser et de reconnaître les « théories de la complexité » comme un authentique partenaire scientifique dans les sciences humaines et sociales. C’est une condition évidente de la crédibilité scientifique internationale du futur Institut. Mais pour cette raison même, nous refusons leur monopole. Le statut du pôle « Cognition et comportement » tel qu’il est actuellement rédigé consacre la marginalisation d’autres paradigmes d’analyse ou leur insidieuse relégation dans le patrimoine historique.
Nous exigeons donc la réintroduction explicite, dans la mission confiée au pôle « Cognition et comportement », des disciplines qui en ont été exclues, la sociologie, l’histoire, l’anthropologie, la philosophie, l’économie (qui n’est pas une neuroéconomie, pour la plupart des chercheurs) et les sciences politiques afin, tout simplement, que la liberté et la qualité de la recherche soient préservées au sein de l’Institut.


Signer la pétitionVoir les signataires


Les premiers signataires de cet appel sont : Simone Bateman (sociologue, directrice de recherche au CNRS), Jean-François Braunstein (philosophe, Pr à l’université Paris 1), Martine Bungener (économiste, directrice de recherche au CNRS), Pierre-Henri Castel (philosophe, directeur de recherche au CNRS), Jean-Paul Gaudillière (historien, directeur de recherche à l’INSERM, directeur d’études à l’EHESS), Vincent Descombes (philosophe, directeur d’études à l’EHESS), Alain Ehrenberg (sociologue, directeur de recherche au CNRS), Bruno Karsenti (philosophe, directeur d’études à l’EHESS), Sandra Laugier (philosophe, Pr à l’Université de Picardie), Bernard Lahire (sociologue, Pr à l’ENS-LSH), Frédéric Lebaron (sociologue, Pr à l’Université de Picardie), Michel Le Moal (psychiatre et neurobiologiste, membre de l’Académie des sciences), Olivier Martin (sociologue, Pr à l’Université Paris Descartes), Albert Ogien (sociologue, directeur de recherche au CNRS), Bernard Paulré (économiste, Pr Paris 1), François Rastier (linguiste, directeur de recherche au CNRS).