Des flammes plein les yeux

La flamme (olympique) polarise l’attention sur elle. Elle ne dit rien mais, elle émeut. Elle est muette, elle est belle, les gens pleurent autour d’elle. Ils la portent, détournant l’attention vers elle. Elle unit autour d’elle, elle crée, elle fonde, elle lie le groupe qui s’assemble autour. Elle galvanise, elle amalgame, elle agglutine.

La flamme est l’objet d’un partage, de mise en commun. C’est une flamme mais, peu importe. Elle pourrait être autre chose. Elle pourrait être une valeur, un intérêt, une activité ou un objectif commun[1].

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Sigmund Freud: « Sur les transformations des pulsions particulièrement dans l’érotisme anal »

Voici la version de l’article publiée dans la Revue Française de Psychanalyse, Tome II, n° 4, Éd. Doin et Cie, 1928, pp. 609-616. Elle est traduite en français par Edouard Pichon et Henri Hoesli.

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Guidé par les observations psychanalytiques, j’ai émis, il y a quelques années, l’hypothèse que, quand un même sujet était à la fois soigneux, parcimonieux et têtu, la rencontre de ces trois traits de caractère indiquait un renforcement de la composante érotico anale dans sa constitution psychique. Ces modes de réaction particulièrement chers au moi du sujet se développeraient, au cours de l’évolution de celui ci, par consommation de l’érotisme anal.

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Marie Bonaparte et la sexualité féminine…

Marie Bonaparte a pris une part majeure dans le développement de la psychanalyse en France. Mais, ses théories n’ont pas toutes fait l’unanimité, loin de là ! Si bien que le livre de Lemel est un atout pour comprendre les débats qui ont déchiré les analystes d’avant guerre. En particulier, le conflit qui a opposé Marie Bonaparte, Mélanie Klein et Anne Freud, sur la sexualité féminine.

La sexualité selon Marie Bonaparte

Par Alain Rubens, lexpress, le 22 09 2010, dans un essai remarquable, Alix Lemel éclaire les théories freudiennes sur la sexualité féminine

« Les 200 clitoris de Marie Bonaparte, voilà qui ne manque pas d’air. En 1924, la princesse Marie Bonaparte (1882-1962) signe un article médical où elle avance, à partir d’un improbable échantillon de deux cents femmes, les raisons purement anatomiques de la frigidité. Le clitoris serait trop éloigné du vagin pour permettre l’orgasme total. La chirurgie fera l’affaire. Un vague délire scientiste ? Marie Bonaparte, c’est l’égérie de la psychanalyse française. De sa rencontre avec Freud à la mort du vieil homme qu’elle a aidé à quitter la Vienne des années noires. Marie aime Jack l’Eventreur, le Vampire de Düsseldorf et les amants louches. Filouterie et armes blanches. C’est une femme volontaire et décidée à n’être point victime.

Dans sa conception inaugurale de la sexualité, Freud ne décrit pas, il légifère. Injonction est faite à la femme d’abandonner le clitoris, simple “pénis vestigial”, pour migrer vers l’orgasme totalement vaginal. C’est donc se placer sous la dépendance du plaisir de l’homme. Le 30 septembre 1925, Marie Bonaparte rencontre Freud, moins comme névrosée que comme femme combattante de l’ordre mâle. Dans ce cabinet feutré où trône le divan, la lutte s’engage contre Freud, le “Grand Exciseur” symbolique. Marie ne cède pas. En 1927, elle se rend en Suisse pour libérer son clitoris, au moyen d’une légère résection. Au total, trois opérations qui ne servent à rien.

Mais la lecture de La lettre volée d’Edgar Poe lui permet de jeter une clarté inattendue sur le passé de Freud. La princesse tient Freud par la barbichette, il n’a jamais admis qu’une femme en prenne à son aise avec la jouissance. Des choses cachées depuis la fondation de la psychanalyse. Un Freud aux abois vacillant sur le dogme vaginal face à une Marie qui ne s’en laisse pas conter. Etrange permutation des rôles. En 1926, devenue l’éminence du mouvement psychanalytique français, la princesse s’est rendue indispensable à un Freud contesté. En 1937, dans l’adieu fait au divan, “Analyse terminée, analyse interminable”, il consigne sa défaite devant le “continent noir”, cette grande énigme de la sexualité féminine. Un livre exceptionnel, lumineux, bien écrit et une critique de haute tenue qui tient la dragée haute à Freud ».