Voici un article de Carine Fouteau qui permet d’entrevoir dans quel état d’esprit se trouve le personnel “soignant” d’une UMD (Villejuif).

J’en retire surtout le point suivant: ce personnel soignant est pris dans un logique très spéciale. Il s’agit pour eux de faire en sorte que les personnes qui y sont hospitalisée “n’aient pas envie de revenir» et de leur “ faire reconnaitre” les actes (dangereux) qu’ils ont commis. Cela choque car ce traitement consiste donc à administrer le dégoût et obtenir l’aveu. Soit: une confusion des genres…

Comme le fait remarquer, à juste titre, le journaliste: “ On s’étonne de ce que les malades soient définis uniquement par les risques qu’ils présentent sans que ne soit évoquée leur souffrance “.

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Par Carine Fouteau, article publié sur Mediapart.fr

“ L’hôpital psychiatrique Paul-Guiraud, à Villejuif dans le Val-de-Marne, conserve l’allure de l’hospice d’aliénés qu’il fut lors de sa création à la fin du XIXe siècle. Imposantes bâtisses en pierres, allées de platanes, pelouses encadrées de buis, sensation de silence et d’espace sous contrôle. Ses portes s’ouvrent sur un monde clos. Au fin fond du parc, se trouve l’unité pour malades difficiles (UMD) Henri-Colin, quatre pavillons entourés de murs rehaussés de parois obliques.

Forteresse médicalisée ou prison dans l’asile, on hésite. À l’intérieur, des hommes et des femmes envahis de telles bouffées délirantes qu’ils ont pu tuer père et mère, des paranoïaques suicidaires ou des patients «agités» et «perturbateurs». De l’extérieur, seuls sont visibles des bouts de toits et de grillages, des lucarnes obstruées et des éclairages puissants. Au-delà, la ville reprend ses droits, avec précaution. L’hôpital est séparé des barres d’immeubles, au loin, par un parterre de tombes en enfilade: le cimetière municipal.

Après le meurtre, fin 2008, dans les rues de Grenoble d’un étudiant par un patient schizophrène, Nicolas Sarkozy déclare vouloir multiplier les UMD, au risque de faire d’un cas particulier un problème de société et d’assimiler maladie mentale et délinquance. À quoi ressemblent ces lieux «haute-sécurité» où sont enfermés ces «fous dangereux» dont la société veut se protéger? Dans quelles conditions sont-ils retenus? De quels recours disposent-ils pour faire valoir leurs droits?

Ce mercredi après-midi de mars, la porte de l’UMD Henri-Colin s’entrouvre. On entre. «Visite» encadrée par la médecin-chef par intérim, Magali Bodon-Bruzel, à l’air sévère et affairé. Interdiction de noter les noms des patients et les raisons de leur internement.

Dans le pavillon des femmes, Sophie G. est assise seule à sa table, les autres pensionnaires l’écoutent. «C’est un coup monté de ma famille! Je suis là, sans raison depuis trois mois. Personne ne vient me voir. À Noël, j’ai eu une boîte de chocolats, c’est tout. On me les a donnés au compte-gouttes!» Le ton est vindicatif. C’est l’heure du dîner. Sophie brandit la barquette en plastique qui contient son repas, une viande en sauce marron. «On bouffe rien, ici, on crève la dalle du matin au soir, tout le monde a faim! C’est un camp de la mort! À l’armée, au moins, ils ont double ration…»

Les mots s’entrechoquent. «C’est des couilles, ça, des couilles, oui, regardez!» L’infirmier rectifie. «Mais non, c’est du rein, Sophie, des rognons, ça n’a rien à voir…» «C’est un coup monté, reprend-elle, on me martyrise! persécute! torture! harcèle! sadise! On subit des abus de pouvoir, de confiance et de conscience! Mais pas de trace de connaissance, là-dedans!» De nouveau, l’infirmier l’interrompt. «La visite doit se poursuivre. La journaliste s’en va, voilà, elle s’en va.»

Cet épisode a lieu à l’issue de trois heures au cours desquelles Magali Bodon-Bruzel, porte-clefs en main, ouvre et referme à double tour des portes, une multitude de portes. «Ici, c’est la culture du verrou», dit-elle, laconique. Dans cette unité pour malades difficiles, comme dans les quatre autres dispersées en France, sont retenus des malades mentaux considérés comme dangereux pour la société. Des auteurs d’homicides hantés par des voix divines cohabitent avec des automutilateurs chroniques et des personnalités convaincues qu’elles sont persécutées. La majorité d’entre eux souffrent de schizophrénies et de troubles de la personnalité.

«Ils sont presque tous passés à l’acte, indique la psychiatre, ce qui ne signifie pas nécessairement qu’ils aient tué qui que ce soit.» En plus de son poste à l’UMD, où elle travaille depuis huit ans, Magali Bodon-Bruzel est chef du service médico-psychologique régional de la prison de Fresnes. Dans cet établissement pénitentiaire, elle participe, «sans état d’âme» dit une consœur, à la création du premier centre fermé post-peine.

Etat dangereux majeur?

Dans le bureau de Magali Bodon-Bruzel, portes capitonnées, 17 heures.
— À quoi reconnaît-on un malade «difficile»?

Difficile, ce n’est pas un très bon terme. La réalité, c’est que ce sont des malades mentaux qui présentent un danger pour autrui et, plus rarement, pour eux-mêmes. On les définit par leur dangerosité. Un texte régit les UMD, c’est l’arrêté du 14 octobre 1986. Il dit que les patients présentent ‘un état dangereux majeur, certain ou imminent, incompatible avec leur maintien dans une unité d’hospitalisation’ classique.

— Et l’approche médicale, que dit-elle?

Il y a des critères cliniques, évidemment. Ce sont des malades violents, pour lesquels la violence a le plus souvent déjà été accomplie. Qu’ils viennent d’hôpitaux psychiatriques ou de prison, dans un cas comme dans l’autre, les personnels soignants ne parviennent plus à les maîtriser. Ils les renvoient vers nous. Par exemple, on ne va pas accueillir quelqu’un pour une baffe ou une altercation. En revanche, celui qui essaie de planter sa fourchette dans l’œil d’un autre, on le prend. Quand ils sont dangereux, en général, ils ne reconnaissent pas leur acte, en lien avec la maladie mentale. Soit ils ne reconnaissent pas leur maladie, soit ils refusent les soins, soit les soins sont inefficaces, on dit qu’ils sont chimio-résistants. Prenons l’exemple d’un patient délirant qui a commis un acte violent. S’il continue à délirer et que son traitement ne marche pas, on a tout lieu de penser qu’il risque de recommencer, c’est ce type de personnes qui viennent ici.

Notion subjective, la dangerosité recouvre différentes situations selon qu’elle est considérée sous l’angle psychiatrique (risque de passage à l’acte lié aux troubles mentaux) ou criminologique (risque de commettre un délit ou un crime). On perçoit des glissements, y compris dans les propos des soignants. On s’étonne de ce que les malades soient définis uniquement par les risques qu’ils présentent sans que ne soit évoquée leur souffrance.

S’ils ont des effets «apaisants», les traitements servent en priorité à «réduire les comportements violents» et à «faire reconnaître, par le patient, les actes qu’il a commis».

— La violence ne se retourne-t-elle pas le plus souvent contre les malades eux-mêmes, comme c’est le cas en prison?

Des suicides, il y en a, mais c’est rare car le système de surveillance est très fort et les locaux très sécurisés. Il y a des grands automutilateurs, des gens qui avalent tout, mais ça aussi c’est rare, même s’il y en a une chez les femmes en ce moment. Le plus souvent, l’agressivité s’exerce contre les infirmiers et les aides-soignants.

La violence, pas toujours symbolique, exercée sur les patients par l’institution, voire le personnel, est passée sous silence. On l’apprendra par la suite, les pratiques de vexation, d’humiliation et de maltraitance, signalées par plusieurs témoins, sont étouffées par une «loi de l’omerta» à l’œuvre dans certains services.

L’UMD Henri-Colin dispose de 80 lits. Des hommes mais aussi quelques femmes. Seules deux UMD en France accueillent des femmes. Taux d’occupation: 100%. Durée moyenne de séjour: 300 jours. Plusieurs années pour les uns (certains y sont restés plus de vingt ans), quelques mois pour les autres. «C’est toujours plein, dit Magali Bodon-Bruzel. On attribue des numéros aux patients pressentis pour sortir. Quand il y a une entrée, on regarde si le premier sur la liste est prêt à partir. On se débrouille. À nous de ne pas nous endormir: si un traitement ne marche pas, il faut changer de molécule.» Équipe médicale et administrative: une petite centaine de personnes, «le même effectif la semaine et le week-end».

Placés là d’office, par arrêté préfectoral, les patients viennent d’hôpitaux psychiatriques (80%) ou de prisons (20%). Privés de liberté, ils sont soumis au régime de l’hospitalisation sous contrainte et non de l’enfermement carcéral. Les dossiers sont présentés par des médecins hospitaliers et acceptés, ou refusés, à l’UMD par des confrères. «La procédure est encadrée, ce ne sont ni des juges, ni des procureurs, ni des policiers qui nous les envoient», insiste-t-elle.

Les demandes d’enfermement («trois ou quatre par semaine») excèdent les sorties («une ou deux par semaine»). La file d’attente s’allonge. La pression politique exercée via les préfets au nom de la lutte contre la récidive est telle que de plus en plus de personnes ayant bénéficié de non-lieux psychiatriques sont orientées vers ce type de structures même si elles ne présentent plus de signes de dangerosité.

Camisoles, électrochocs, pantoufles

On sort du secteur administratif pour entrer dans la zone réservée aux patients et aux infirmiers. Portes, clefs. D’un bâtiment à l’autre, la psychiatre, pragmatique, détaille l’organisation «séquentielle» des soins. Trois pavillons pour trois états, du pire au mieux. Plus un réservé aux femmes. D’aspect vieillot, ils ont, pour partie tout du moins (on n’a pas pu aller partout), été rénovés, couleurs crème au mur à l’effet aseptisant, surfaces lisses, odeurs d’hôpital, sons assourdis, sauf quand ça dégénère.

Le pavillon 38, c’est là que débarquent les nouveaux arrivants, «en état clinique aigu». Une vingtaine d’hommes, cheveux ras, jogging bleu, pantoufles, l’air ailleurs, réunis dans une pièce commune. La télévision est allumée, mais personne n’y prête attention. Certains déambulent, d’autres sont assis par terre, en attendant le dîner. Aucun signe de délire ou d’angoisse. Dehors, dans une cour grillagée, quelques-uns sont attablés sur un mobilier arrimé au sol. Impossible de déplacer une table ou une chaise.

«Tout est ultra sécurisé, répète Magali Bodon-Bruzel, y compris les vêtements et les chaussons qui n’ont pas de cordons.» Les patients l’interpellent pour savoir quand est-ce qu’ils vont sortir de cet espace au vide assourdissant. «Pas tout de suite», pas de date de sortie, pas de décompte possible. Assommés par les médicaments, qu’on leur donne quatre fois par jour en veillant à ce qu’ils ne les recrachent pas, ils n’ont rien à faire, à part dormir, se vêtir et se dévêtir (en slip dans le couloir, sans intimité), se nettoyer, manger (à la cuillère, sans couteau ni fourchette), fumer des cigarettes à heure fixe et regarder la télévision quand c’est autorisé. Aucune activité thérapeutique n’est prévue, ils ne sont pas là pour ça.

«L’objectif est de réduire les comportements violents et qu’ils n’aient pas envie de revenir», prévient la psychiatre. Dans les chambres, individuelles, auxquelles ils n’ont accès que pour dormir et faire la sieste, il n’y a rien, aucune affaire personnelle, aucun vêtement, juste un lit, un lavabo, une douche et un WC. Lumière, ouverture de la fenêtre et de la porte, tout est actionné de l’extérieur par l’équipe soignante. La nuit, ils sont bouclés à double tour, dans «leur» chambre, dans «leur» pavillon et dans l’UMD.

Camisoles et électrochocs font partie des meubles. Ici, on préfère dire «contention» et «sismothérapie», comme pour atténuer la violence de leur usage. Un infirmier, Patrice Chignac, précise qu’une personne peut être attachée «au maximum 48 heures, avec une poche à urine». «Avant, ajoute-t-il, on leur croisait les bras pour les attacher, c’était pire. Ils pouvaient rester comme ça une semaine et ils se faisaient sur eux. Heureusement, cela a été aboli il y a dix ans.» Il évoque aussi l’existence de «ceintures de force», utilisées pour les sorties hors de l’UMD, «une large ceinture en cuir avec des lanières pour attacher les poignets le long du corps».

Selon Magali Bodon-Bruzel, «contention et sismothérapie sont utilisées en dernier recours quand les médicaments ne suffisent plus. Lorsqu’ils sont réalisés avec professionnalisme et calme, ils peuvent être très efficaces». On n’en saura pas plus sur la régularité et les effets secondaires.

«En 1945, dit-elle, on faisait des électrochocs à tour de bras et on utilisait les camisoles très couramment. Que pouvait-on faire d’autre? Aujourd’hui, les traitements chimiothérapiques se sont beaucoup développés. La sécurisation des lieux passe aussi par là. C’est important, parce qu’avant les équipes étaient pléthoriques, c’est comme ça qu’ils géraient les patients. Maintenant, les soignants sont moins nombreux, heureusement que les traitements sont plus efficaces.» Comme si le développement des neuroleptiques, à partir des années 1970, avait permis de compenser la réduction des effectifs liée aux plans d’économies budgétaires successifs.

«Nous sommes des prestataires de service»

Quand «ils vont mieux», les patients du 38 sont transférés au pavillon 37. On sort, sans repasser devant les retenus. On traverse cinquante mètres de pelouse, 18 heures, au pas de course, pas le temps de s’épancher.

— Ces personnes ont-elles une chance, un jour, de retrouver une place dans la société?

Ce n’est pas qu’on s’en fiche, mais, franchement, on n’a pas le temps de s’occuper de savoir ce qu’elles deviennent. Quand elles sortent, notre mission est terminée. Nous sommes des prestataires de service. L’UMD fonctionne en dérivation des secteurs psychiatriques, on prend les patients à un moment donné, pour un soin intensif parce qu’ils sont dans une situation clinique particulière. Quand ils vont mieux, ils retournent d’où ils viennent, en hôpital psychiatrique ou en prison, sauf si leur peine s’est achevée entre-temps. Après, on n’en entend plus parler.

Avant d’ouvrir la porte du pavillon 37, la médecin-chef demande de ranger l’enregistreur «pour ne pas attirer l’attention». Dans la pièce commune, petite, plafond bas, l’atmosphère est moins lourde et moins tendue, plus familière. Musique en fond sonore, deux patients jouent au ping-pong, décorations aux murs. Mais le sentiment d’étouffement et de lassitude persiste. Pas assez de chaises pour tout le monde, certains tournent en rond, d’autres s’adossent au mur.

Les dix-sept résidants ne sont plus en jogging bleu. Ici, ils sont autorisés à revêtir leurs tenues «civiles». Comme au 38, ils interpellent la médecin-chef sur leur date de sortie. «Leur obsession», dit-elle. «Dans leur chambre, ils ont le droit d’écouter leur mp3, ils peuvent avoir des livres ou des magazines. Après, pour leurs affaires de toilette, c’est le strict minimum. S’ils veulent écrire, ils doivent nous demander des feuilles et des crayons. Ça peut être dangereux un crayon», dit l’un des infirmiers.

Le personnel soignant («au moins deux hommes sur quatre») explique la mission de ce pavillon «intermédiaire». Il s’agit de «travailler avec les patients pour leur faire admettre leur maladie et leurs actes». Des «activités» (jeux de société, dessins) et des soins psychologiques et psychomoteurs sont prévus.

Belle-Épine

Dernière étape avant la sortie, le pavillon 35. Une vingtaine d’hommes sont là encore regroupés dans une salle commune. Il est presque 19 heures, préparation du dîner. La télé est allumée. La journée reste ritualisée, mais l’étau se desserre un peu. Le mobilier n’est plus scellé au sol, les affaires personnelles sont rapatriées dans les chambres. La nuit, ils sont toujours enfermés à clef, mais ils peuvent ouvrir et fermer eux-mêmes la lumière. «C’est le dernier maillon de la chaîne, indique l’un des infirmiers de service ce soir-là. La crise, la violence est passée. Si possible, on fait en sorte qu’ils adhèrent aux soins, qu’ils critiquent ce qu’ils ont fait, qu’ils reconnaissent leur état de santé, ce serait un miracle, mais bon.»

De l’autre côté de la cour, les patients ont accès, de temps en temps, à une «salle-cinéma» munie d’un grand écran de télévision. «C’est à eux de se mettre d’accord sur le programme télé, s’ils n’y arrivent pas, c’est nous qui tranchons.» Dans un coin, un vélo d’appartement et un baby-foot. «L’une de leurs principales revendications est de pouvoir regarder le film du soir, dit l’infirmier, mais ce n’est pas permis. Sinon, ils se plaignent aussi beaucoup de l’alimentation, ils trouvent qu’il n’y en a pas assez et que ce n’est pas bon.»

Comme «activité», ils ont la possibilité de se rendre à l’«atelier reliure», situé dans un bâtiment à quelques mètres de là. Un grand espace vitré, à l’étage, équipé de tables hautes et de toutes sortes de machines et de fournitures de bureau, y compris des objets tranchants comme des cutters et des ciseaux. Encadrés par des intervenants, ils y font des travaux manuels.

«Ils collent, ils plient, ils découpent, ils reçoivent des consignes, énonce fièrement la psychiatre, ils travaillent ensemble, ils aiment beaucoup venir ici. Comme ils ont des traitements forts, c’est bien qu’ils se bougent. Pour les infirmiers, c’est un lieu d’observation sur leur état de santé, leur capacité à être à plusieurs.» Cela s’appelle l’«ergothérapie». Les patients, en revanche, sont privés d’exercice physique: la salle de sport n’est pas utilisée, en raison du manque de personnel.

Le grand jour, c’est celui du permis de sortie. En fin de parcours, chaque patient, chaperonné par trois infirmiers, a le droit à une visite hors les murs. «En général, ils vont à Belle-Épine [le centre commercial du Val-de-Marne] pour manger au restaurant chinois et s’acheter des affaires», indique Magali Bodon-Bruzel. «Cela permet de voir si les patients sont prêts à quitter l’UMD.» La commission du suivi médical, composée d’«experts indépendants» (*), peut alors décider de les libérer, ou pas.

Au cours de l’internement, tout dérapage est sanctionné. Le pavillon 35 est équipé de «chambres d’apaisement» en cas de bouffée délirante ou d’accès de violence. «Certains se pensent près de la sortie et se remettent à déconner. On les place là deux, trois heures dans la journée, dit un infirmier, comme ça ils récupèrent un peu, et nous, ça nous soulage.»

Le tarif est plus élevé si un aide-soignant, pire, un médecin, est pris à partie (retour au 37, voire au 38). Lorsqu’ils sont autorisés à partir, la parenthèse est refermée, retour à la case départ, ce qui pour un «processus de soin» semble paradoxal. L’équipe n’en entend parler qu’en cas de récidive, s’ils sont de nouveau jugés ingérables ou dangereux. «Quelques-uns reviennent, dit la chef de l’unité, mais ce n’est pas la majorité. Ce n’est jamais bon, parce qu’ils reviennent, ils se sentent chez eux, ça ne leur fait plus rien. Comme la règle sécuritaire est très stricte à Henri-Colin, normalement, ce qui est opérant, c’est qu’ils évitent d’y revenir.»

La boucle est bouclée. Ce mercredi de mars, la nuit est tombée. On s’apprête à prendre congé. Un dernier tour de clef, et l’on se retrouverait dehors. Mais la clef se bloque dans l’ultime serrure. Impossible de la décoincer, léger affolement, la psychiatre sort son téléphone pour appeler à l’aide. Un infirmier accourt, au bout d’un instant, il parvient à déverrouiller la porte. Quelques minutes, ce n’est pas long, mais cela semble une éternité.

(*) La commission du suivi médical est composée du médecin inspecteur de la santé de la direction départementale des affaires sanitaires et sociales chargé des problèmes de santé mentale et de trois psychiatres hospitaliers, qui n’exercent pas dans l’UMD “.

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[1] http://www.mediapart.fr/club/blog/carine-fouteau
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[6] http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=JFP&ID_NUMPUBLIE=JFP_019&ID_ARTICLE=JFP_019_0019
[7] http://books.google.fr/books?id=rNikL7FzZIgC&printsec=frontcover&dq=Les unités pour malades difficiles&ei=WST4ScfjAZ2EyASvwbWcBQ#PPA6,M1
[8] http://pagesperso-orange.fr/psycause/004/quelle_peut_etre_la_place_004.htm
[9] http://www.dailymotion.com/video/x5rra9_berurier-noir-pavillon-36_music
[10] http://www.paroles-de-chanson.eu/imprimer-paroles-de-chanson-berurier-noir/pavillon-36.pdf
[11] http://paroles-de-chansons.abazada.com/
[12] http://www.santementale.fr/index.php?option=com_virtuemart&page=shop.product_details&flypage=shop.flypage&category_id=7&product_id=9402&Itemid=66
[13] http://champpenal.revues.org/document6183.html
[14] http://champpenal.revues.org/document6013.html
[15] http://www.vacarme.org/article1490.html