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Category: Blog

Une expertise collective de l'Inserm sur les tests génétiques

L’Inserm vient de mettre en ligne une expertise collective réalisée à la demande de la Caisse nationale d’assurance maladie, et consacrée aux tests génétiques. Le groupe d’expert qui a effectué ce travail a défini des "principes généraux": ces tests doivent demeurer, sauf exception "des actes de biologie médicale ", réalisés sur "la base d’une prescription" et dans "le cadre d’une approche intégrée comportant la réalisation technique, la pratique du conseil génétique et l’organisation de la prise en charge préventive ou clinique." Les experts soulignent le fait que ces tests peuvent présenter des effets négatifs, "directs lorsqu’il s’agit de discrimination à l’emploi ou à l’assurance ; plus souvent indirects, en raison des effets psychologiques anxiogènes de la connaissance d’un risque de maladie." Selon eux, l’accès des particuliers à ces techniques via Internet pose de "nombreux problèmes éthiques", notamment "la protection de la personne", et "la protection du secret médical."
Reprise information presse du 09 janvier 2009 "Tests génétiques : questions scientifiques, médicales et sociétales"

Agence France Presse, 12/01/2009

Source: Inserm revue de presse du 13 janvier 2009

L’appel des appels

Alors que nos métiers respectifs, qu’il s’agisse de la santé, du soin, du travail social, de l’éducation, de la recherche, de la justice, de l’information et de la culture, subissent une attaque sans précédent de la part du gouvernement – alors que des appels de réaction et de protestations sont lancés par dizaines dans le pays – le temps est venu, nous semble-t-il, de coordonner ces différents mouvements et d’en tirer tout le sens politique.

Si cette initiative rencontre votre adhésion, nous vous proposons :
- de signer cet appel
- de le faire signer en le relayant dans tous les cercles et réseaux auxquels vous avez accès. Mais aussi et afin "d’étendre le domaine de la lutte :
- de participer à la réunion de coordination du 31 janvier, qui aura lieu, de 10 h à 18 h, au "104 rue d’Aubervilliers", à Paris, au cours de laquelle le pays réel se fera entendre à travers les témoignages des professionnels en lutte et devrait faire émerger des propositions d’actions transversales pour l’avenir.

S’inscrire à la journée du 31 janvier (par courriel) —- Soutenir l’appel —– voir les autres signataires

Appel des appels

« Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, attirons l’attention des Pouvoirs Publics et de l’opinion sur les conséquences sociales désastreuses des Réformes hâtivement mises en place ces derniers temps.

A l’Université, à l’École, dans les services de soins et de travail social, dans les milieux de la justice, de l’information et de la culture, la souffrance sociale ne cesse de s’accroître. Elle compromet nos métiers et nos missions.

Au nom d’une idéologie de "l’homme économique", le Pouvoir défait et recompose nos métiers et nos missions en exposant toujours plus les professionnels et les usagers aux lois "naturelles" du Marché. Cette idéologie s’est révélée catastrophique dans le milieu même des affaires dont elle est issue.

Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, refusons qu’une telle idéologie mette maintenant en "faillite" le soin, le travail social, l’éducation, la justice, l’information et la culture.

Nous appelons à une Coordination Nationale de tous ceux qui refusent cette fatalité à se retrouver le 31 janvier 2009 à Paris. »
Le 22 décembre 2008,
Roland Gori et Stefan Chedri

185 premiers signataires ont soutenu cet Appel des appels le 9 janvier 2009

Vous pouvez soutenir cet appel en le signant et rejoindre les premiers signataires dont les noms suivent ci-dessous :

S’inscrire à la journée du 31 janvier (par courriel) —- Soutenir l’appel —– voir les autres signataires

Alain Abelhauser, Professeur à l’Université de Rennes, Psychanalyste

Alain Abrieu, psychiatre de secteur, Marseille

Anne Alix, Cinéaste

Isabelle Alix, cadre action sociale et socio-cult

Gilles Amado, Professeur de Psychosociologie des organisations au Groupe HEC, co-rédacteur en chef de la Nouvelle Revue de Psychosociologie.

Paul Arnault, psychologue clinicien et doctorant en sociologie (EHESS).

Olivier Apprill, Journaliste Arte

Michel Arrivé, écrivain, professeur émérite de linguistique à l’Université de Paris 10 Nanterre

Christine Attali Marot, médecin, membre de l’association Enfance et Musique et présidente de la commission petite enfance de l’UNIOPSS

Patricia Attigui, Professeur des Universités, Paris 10 Nanterre, Psychanalyste

Nicole Aubert, sociologue, psychologue et professeur à l’Ecole Supèrieure de Commerce de Paris

Marie-Frédérique Bacqué, Professeur de psychopathologie à l’Université de Strasbourg, psychanalyste.

Clémentine Baert, comédienne

René Barbier, Professeur émérite de Sciences de l’éducation, Université Paris 8, éditeur du "journal des chercheurs"

Christine Bellascabane, Pédiatre, anthropologue, Vice-Présidente du SNPMI

Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste

Fethi Benslama, Professeur Université de Paris 7 , Psychanalyste

Patrick Bensoussan, Pédopsychiatre

Claire Bernadac Rigal, Pédopsychiatre PH temps plein en disponibilité Hôpital Erasme

Elie JF Bernard Psychanalyste

Michèle Bertrand, Professeur émérite des Universités, Psychanalyste

Dominique Besnard, psychologue, directeur du département des Politiques Sociales aux CEMEA

Sophie Bialek, Psychiatre, psychanalyste, membre de la Société pour l’Action et la Recherche en Psychiatrie

Josiane Bigot, Magistrat, Présidente de l’Association Thémis

Philippe Bigot, consultant, intervenant sur les risques psychosociaux et la souffrance au travail

Claudine Blanchard-Laville, professeure de sciences de l’éducation à l’université Paris Ouest Nanterre la Défense

Valérie Blum, psychologue clinicienne, présidente du CV CMPP sud-est, Marseille

Sandra Boehringer, MC histoire grecque, Université de Strasbourg

Matthieu Bonduelle, magistrat, juge d’instruction à Bobigny, Membre du Bureau du Syndicat de la magistrature

Christian Bonnet, Psychologue clinicien

Jean-Luc Bonniol, Professeur d’anthropologie à l’Université d’Aix-Marseille

Jacques Borgy , psychologue, Secrétaire général adjoint du SNP

Alain Bruel, magistrat honoraire ;membre du conseil supérieur du travail social

Danièle Brun, Professeur émérite Université de Paris 7, Psychanalyste

Christian Cabane, militant des Droits de l’Homme

Marie-Laure Cadart, Médecin, Anthropologue

Yannick Cann, Psychiatre,

Robert Cantarella, Metteur en scène et directeur du 104

Danielle Capgras Baberon, Sage femme formatrice/consultante

Françoise Caron

Paola Casagrande ; psychologue, psychanalyste, à Metz

Barbara Cassin, Philosophe, Directeur de recherche CNRS

Guy Chapouillié, professeur des universités, directeur de l’Ecole Supérieure de l’Audiovisuel (ESAV) de Toulouse

Christophe Chassaigne, Journaliste (France 3)

Michel Chauvière, directeur de recherche au CNRS (sciences politiques)

Stefan Chedri, Psychanalyste, Enseignant à l’Université de Paris IV

Yvonne Coinçon, Pédopsychiatre

Patrick Conrath, Psychologue, rédacteur en chef du “journal des psychologues”

Patrick Coupechoux, Journaliste

Laurence Croix, Maître de Conférences à l’université Paris X, membre active RESF Paris

Corinne Daubigny, Psychanalyste, formatrice en travail social

Christine Davoudian, Médecin de PMI (Conseil Général)

Bernard Debail, Librairie Lipsy

Angélique Del Rey, philosophe et enseignante

Marie-José Del Volgo, MCU-PH et Directeur de recherche à l’université d’Aix-Marseille

Pierre Delion, Professeur de Pédopsychiatrie, Chef de service Université de Lille

David De Pas, Membre du Bureau national du Syndicat de la magistrature

Catherine Dolto, haptopsychothérapeute et écrivain

Jean-Pierre Drapier, Medecin-directeur du CMPP d’Orly Président de l’ANCMPPT Vice-président de la FAN des CMPP

Didier Dreyfuss, Professeur de Réanimation Médicale, Chef de Service, Université Paris-Diderot

Marie-Françoise Dubois-Sacrispeyre, éditrice, éditions érès

Dany-Robert Dufour, professeur à l’Université de Paris 8 en philosophie de l’éducation, directeur de programme au Collège International de Philosophie

Michel Dugnat, pédopsychiatre

Bernard Durand, Président de la FASM Croix marine

Joël Dutertre, médecin (Mission Locale Clichy sous Bois / Montfermeil)

Philippe Duval, Directeur de Psychomedia

Claude Egullion, Gynécologue-Obstétricienne, Médecin coordinateur-Présidente de la CME Maternité des Bluets-Hôpital P Rouquès

Vincent Estellon, MCU Université de Paris 5

Roger Favre, Professeur d’Oncologie médicale à l’université d’Aix-Marseille 2

Anne-Marie Fernez, orthophoniste et psychanalyste

Fondation Copernic

FNAME (Fédération Nationale des Associations de Maîtres E)

FNAREN : Bureau national de la Fédération nationale des associations des rééducateurs de l’Education nationale (engagée dans "Sauvons les RASED" , "Un pays, une école, notre avenir")

Jean Fourton, artiste plasticien et psychanalyste

Jean Furtos, Psychiatre des hopitaux Ingrid France, Maître de Conférences en Economie Politique – Université Grenoble II

Jean Claude Fritz, Université de Dijon Politologue

Marie Thérèse Fritz, Pediatre -Medecin PMI

Ignacio Garaté, Psychanalyste à Bordeaux et à Paris

Tristan Garcia-Fons, pédopsychiatre, psychanalyste, responsable de la commission scientifique de la FAN.CMPP

Patrick Geffard, Enseignant et rééducateur

Sophie Genin, formatrice en français à l’IUFM de Lyon, site de l’Ain

Nathalie Georges-Lambrichs, Psychanalyste, Présidente des psychologues freudiens

François Gèze, éditeur

Sylviane Giampino, psychanalyste, psychologue petite enfance

Yves Gigou, formateur Ceméa Infirmier de secteur psychiatrique

François Giordani, Conseiller à la Cour d’Appel de Nancy

Pascale Giravalli, Citoyenne et Psychiatre

Bernard Golse, Professeur de Pédopsychiatrie à l’Université de Paris 5 et Chef de service à Necker

Roland Gori, Professeur de Psychopathologie à l’Université d’Aix-Marseille, Psychanalyste

Anne Gorouben, Artiste peintre

Geneviève Guicheney, Conseil en développement durable

Philippe Guillou, Médecin généraliste, président de la société médicale Balint. Strasbourg

Alain Hahn, Magistrat

Mohammed Ham, Professeur à l’université de Nice

Marc Hayat, Psychiatre,psychanalyste, Vice-Président de la Conférence des Présidents de CME du secteur Privé Non Lucratif

Benoit Helme, journaliste

Catherine Herszberg, Journaliste et écrivain

Richard Horowitz, Pédopsychiatre, Président de la Fédération nationale des CMPP

Benjamin Jacobi, professeur à l’Université d’Aix-Marseille, psychanalyste

Ollivier Joulin, Membre du Bureau national du Syndicat de la magistrature

Saul Karsz, philosophe, sociologue, consultant

Pascal-Henri Keller, Professeur à l’Université de Poitiers, Psychanalyste

Louise L. Lambrichs, Ecrivain, philosophe, critique littéraire, chercheur indépendant

Laurie Laufer, MCU à l’Université de Paris 7, Psychanalyste

Camille Laurens, écrivain

Christian Laval, sociologue, Paris X Nanterre

Philippe Lavergne, Psychiatre des Hôpitaux Chef de Service PSYCHIATRIE DE L’ENFANT ET DE L’ADOLESCENT 5e Intersecteur des Hauts-de-Seine

Véronique Le Berre , Magistrat

Laurent Le Vaguerèse, Psychiatre, psychanalyste responsable du site oedipe.org

Joëlle Léandre, Artiste-contrebassiste

Jean-Pierre Lebrun, Psychanalyste

Philippe Lecorps, Psychologue en santé publique

Fabrice Leroy, Psychologue, Maître de conférences en psychopathologie (université de Lille 3)

Serge Lesourd, Professeur à l’Université de Strasbourg, Psychanalyste

Daniel Liotta, Philosophe

Samuel Luret, Journaliste Canal Plus

Gérard Macé, Poète

Jean-Claude Maleval, Professeur à Rennes 2

Catherine Mandouze, Psychologue scolaire, présidente de l’Association Départementale des, Psychologues de l’Education Nationale de Gironde

Christine Massac, psychiatre

Catherine Mathelin-Vanier , Psychanalyste Hôpitaux de Saint-Denis

Marc Maximin, Psychiatre, Président de l’ACLIMSS

Philippe Meirieu, Professeur de Sciences de l’Education à Lyon 2

Ginette Michaud, psychiatre, psychanalyste, ex-maître de conférences à l’Université de Paris 7

Sylvain Missonnier, Professeur à l’Université de Paris 5

Laurence Mollaret, Membre du Bureau national du Syndicat de la magistrature

Marie-José Mondzain, Directeur de recherche au CNRS

Hubert Montagner, Dr d’état en Psychophysiologie Professeur des Universités en retraite, ancien Directeur de Recherche de l’INSERM dans les domaines de la Psychophysiologie, du développement normal et pathologique de l’enfant et de la chronobiologie

Joseph Mornet, psychologue au Centre psychothérapique Saint Martin de Vignogoul, administrateur de la fédération d’aide à la santé mentale Croix Marine

Liane Mozère, Sociologue, Professeure des Universités émérite

Laurent Mucchielli, Directeur de recherches au CNRS (Sociologie)

Claude Nachin, psychiatre psychanalyste retraité, ancien chargé de cours de psychopathologie à l’Université de Picardie Jules verne- Amiens

Françoise Neau, psychologue clinicienne, MCU à l’Université de Paris 7

Pascal Ourghanlian, Enseignant spécialisé Référent pour la scolarisation des élèves handicapés, Membre du collectif Pasde0deconduite, Co-administrateur du Forum des enseignements spécialisés

Jean Oury, Médecin directeur de la clinique de la borde, cour cheverny

Jacques Pain, Professeur des Universités émérite

Brigitte Patzold, Journaliste

Eliane Perasso

Emmanuelle Perreux, Membre du Bureau national du Syndicat de la magistrature

Philippe Petit, Journaliste à France Culture et à Marianne

François Pommier, Professeur à l’Université de Nanterre

Serge Portelli, magistrat, Vice président du tribunal de grande instance de Paris, Membre du Syndicat de la Magistrature

Rémy Potier, MCU Psychologie Clinique, Université Lumière Lyon 2, psychanalyste

Jeanny PRAT, enseignante en Clg et formatrice IUFM (PE, PCL)

Jean-Louis Quéheillard, psychologue

Alain Rabatel, Professeur des Universités en Sciences du Langage Université Claude Bernard-Lyon 1 (Iufm)

Etienne Rabouin, Psychologue « Comité de Vigilance des CMPP de l’Ouest »

Henri Raczymow, écrivain

Clémentine Rappaport, pédo-psychiatre, responsable unité d’hospitalisation pour adolescents, Hôpital Robert Ballanger, Aulnay-sous-Bois.

Natacha Rateau, Membre du Bureau du Syndicat de la magistrature

Patrick Rayou, professeur de sciences de l’éducation, Université de Paris 8

Alain Refalo, professeur des écoles

Danielle Rodot, Médecin de PMI responsable de la circonscription d’Uzès, Conseil Général du Gard

Jacob Rogozinski, Philosophe

Jean-Claude Rouchy, Psychanalyste, Rédacteur en chef de Connexions et de la Revue de Psychothérapie Psychanalytique de Groupe

Marie-Odile Rucine, psychologue

Pierre Sadoul, Psychiatre

Guy Sapriel, Psychiatre, Psychanalyste

Karim Sarroub, psychanalyste et écrivain

Marie-Jean Sauret, Professeur Toulouse Le Mirail, Psychanalyste

Claude Schauder, Psychologue, psychanalyste, Professeur associé de psychopathologie à l’Université de Strasbourg

Nicole Schauder, médecin de santé publique, Directrice du Collège Régional d’éducation à la santé d’Alsace et directrice adj. de l’Observatoire Régional de la santé d’Alsace

Joshka Schidlow , journaliste

Pierre Sidon, Psychiatre, psychanalyste, membre de la Société pour l’Action et la Recherche en Psychiatrie

Bernard Sigg, psychanalyste retraité

Evelyne Sire-Marin, magistrat, membre de la fondation Copernic

Françoise Sironi, MCU à l’Université de Paris 8, Psychologue clinicienne, Expert près la Cour d’Appel de Paris

André Sirota, Professeur émérite, psychopathologie sociale et anthropologie psychanalytique, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, psychanalyste

Monique Soula Desroche, Psychanalyste, Analyste de Groupe et d’Institution

Antoine Spire, Journaliste et écrivain

Bernard Stiegler, philosophe, président d’Ars Industrialis

Rajaa Stitou, MCU à l’Université de Montpellier 3, Psychanalyste

Pierre Suesser, pédiatre en protection maternelle et infantile

Syndicat de la magistrature

Philippe Tabarly, Cinéaste

Dominique Terres-Graille, Psychiatre, Fédération des CMPP

Bernard Toboul, psychanalyste

Gérard Toupiol, Président de la FNAME

Alain Trognon, Professeur des Universités Université Nancy2, Psychologie Sociale

Hélène Vaillé, Pharmacienne et journaliste

Claude Van Reeth, Psychanyste, délégué de l’ IHEP pour la Belgique

Alain Vanier, Professeur à l’Université de Paris 7, Psychiatre-Psychanalyste

Georges Vigarello, directeur de recherche à l’École des hautes études en sciences sociales et co-directeur du Centre Edgar Morin

Christian Volckman, cinéaste

Elisabeth Weissman, Journaliste et essayiste

Anne Zeller-Masson, orthophoniste, vice-présidente du CV CMPP sud-est Marseille

Jean-Michel Zucker, Pédiatre

Les signataires de cet appel des appels se sont activement engagés dans :

Appel des enseignants en résistance

AUSPAN

Collectif Liberté Egalité Justice (CLEJ)

La nuit sécuritaire

La prévention prise en otage, la répression à tous les étages

Les droits des étrangers ne peuvent se réduire à un marché

Les élèves en difficulté à l’école ne sont pas tous des enfants handicapés !

Manifeste de la désobéissance

Manifeste des innombrables

Manifeste des menteuses

Manifeste pour des Etats généraux des droits et des libertés

Mobilisation pour la libération de la recherche

Mouvement pour une parole politique des professionnels du champ social MP4

Non à EDVIGE

Non à la destruction de la psychiatrie publique et de secteur

Non à la perpétuité sur ordonnance !

Non au contrôle génétique de l’immigration

Nous refusons la politique de la peur

Pas de 0 de conduite pour les enfants de trois ans

Pour le retrait de Base-élèves

Publier ou périr

Réseau education sans frontières

Sauver l’hôpital public

Sauvons l’université

Sauvons la clinique

Sauvons la recherche

Sauvons les rased

Se moquerait-on du livre et de la lecture ?

Un pays, une école, notre avenir

Universitaires contre une immigration jetable


signer la pétition —– voir les autres signataires

Stiegler

Résolution de soutien à l’appel public des Psychanalystes et Psychothérapeutes britanniques concernant la situation de la Psychothérapie et de la Psychanalyse en Grande-Bretagne

 







Participants à textura, un groupe psychanalytique orienté par Freud et Lacan à Köln (Cologne, Allemagne), nous sommes très préoccupés d’apprendre que la pratique de la psychanalyse pourrait bientôt devenir impossible en Grande‐Bretagne du fait que la plupart des pratiques psychanalytiques seraient rendues illégales. Il s’agit des standardisations actuellement envisagées de la psychothérapie, dans laquelle le législateur britannique inclut aussi la clinique psychanalytique et sa pratique dans la cure analytique. Le Health Professions Council britannique a reçu pour mission d’établir des standards nationaux pour toute activité psychothérapique. A cet effet ont déjà été élaborées plus de 450 règlementations qui s’appliqueraient à toute thérapie psychanalytique. Feraient partie de ces prescriptions, qui se verraient imposées à chaque psychanalyste mais aussi à chaque thérapeute, des règlements qui fixeraient presque tous les aspects du cadre, de la pratique et du style du travail psychanalytique et psychothérapique. Elles concerneraient, par exemple, le moment, où une intervention devrait être posée, des instructions sur l’expression de « sentiments appropriés », jusqu’au but recherché par ce processus. La fin d’une cure psychanalytique comme de diverses psychothérapies ne serait donc conditionnée ni par la parole de ceux qui s’adressent à un psychanalyste ou à un psychothérapeute, ni par l’orientation de celui‐ci, ni par la singularité de l’accomplissement de chaque travail. L’espace à protéger du travail analytique et psychothérapique serait ainsi détruit et rendu impossible. Comme nous avons pu le savoir, la grande majorité des psychanalystes praticiens ainsi que des psychothérapeutes en Grande‐Bretagne – malgré leurs différences théoriques – s’accordent sur le fait qu’une telle intervention est inacceptable pour tous ceux qui pratiquent la psychanalyse en tant qu’analysant ou analyste, et qu’en outre différentes formes de psychothérapie deviendraient impossibles du fait de ne pas être « standardisables ».


Orientés par Lacan, nous sommes convaincus que cette régulation de la psychanalyse et de la psychothérapie qui est poussée à l’ extrême en Grande‐Bretagne, mais qui existe dans toute l’Europe, contredit fondamentalement non seulement la théorie et la pratique des découvertes Freudiennes, dont principalement l’inconscient, mais aussi les travaux d’autres psychanalystes qui ‐chacun à sa façon‐ ont poursuivi la cause de Freud et ses questions. La lecture par Lacan de l’oeuvre de Freud et ses apports à la pratique et la théorie de la psychanalyse nous montre le chemin à suivre. Cette orientation comprend également ce que Lacan a lui‐même toujours prôné : la considération et l’interrogation des écrits et de la pratique des collègues appartenant à d’autres courants. En Grande‐Bretagne, nommons parmi eux principalement Mélanie Klein, Winfred Bion, Donald Winnicott et Michael Balint. Nous recevons ces ordonnances britanniques si menaçantes également comme une attaque destructrice envers la tradition psychanalytique et sa transmission.


Nous rappelons que la formation du psychanalyste comprend de grandes exigences quant à la qualité de ce travail. En font partie une très longue expérience personnelle de la cure psychanalytique, la lecture des textes fondateurs de la psychanalyse, la participation à des séminaires et groupes de travail, ainsi que la supervision et l’analyse de contrôle. Comme il ne s’agit pas ‐en ce qui concerne la psychanalyse‐ d’une technique « standardisable », mais d’une éthique toujours ouverte à ceux qui viennent avec leur souffrance singulière à la cure par la parole, la psychanalyse ne peut être transmise qu’à travers des cheminements de formation qui durent des années et qui ne sont pas réglables par l’Etat. Ceci implique également, que les psychanalystes sont constamment appelés depuis Freud à questionner leur travail, à échanger de façon critique avec leurs collègues, à reprendre toujours à nouveau leur propre analyse ou à retourner en supervision. L’évaluation requise du travail psychanalytique existe bel et bien depuis son début dans une forme propre et souvent particulièrement intense. Lacan tout particulièrement, mais aussi Freud, ont en outre toujours incité les psychanalystes à analyser de façon critique la mesure du savoir de leur temps.

La transmission de l’expérience particulière de la psychanalyse est soumise à des conditions spécifiques. En font partie sa temporalité propre ainsi que la nécessité de concepts qui tiennent compte du fait qu’il s’agit en psychanalyse finalement de quelque chose d’indisponible. Ceci échappe à la logique de notre société marquée par le néo‐libéralisme. La psychanalyse examine et explore le lien social entre les humains, ainsi que les formes dominantes de la science en questionnant leurs formes de discours et leur rapport au subjectif dans le sens du singulier.


Nous avons l’impression que la psychanalyse et la psychothérapie sont de plus en plus appelées à devenir les moyens d’un contrôle étatique ou social, voire même judiciaire. Il est par l’exemple déjà avéré qu’en Grande‐Bretagne des citoyens soupçonnés de terrorisme doivent être saisis et « traités » dans des cabinets de psychanalystes, ce qui ferait office d’une rééducation.


Toutes ces évolutions méconnaissent qu’il ne s’agit pas en psychanalyse du statistiquement « normable », du rapidement saisissable et fixable, mais du singulier de la parole dans la rencontre entre l’analysant et l’analyste, qui a rapport à des règles de jeu « qui doivent puiser leur signification dans le contexte du plan de jeu » (Sigmund Freud : Zur Einleitung der Behandlung (1913), GW VIII, p.454). Ceci correspond à la cure analytique en tant que travail de culture et contredit l’idée du « citoyen transparent », de la création de normes pour tout et de la possibilité de contrôler les processus de socialisation. Dans cette mesure, nous ne considérons surtout pas les événements en Grande‐Bretagne et dans d’autres pays d’Europe, l’Allemagne y comprise, dans le sens d’intérêts catégoriels proprement dits. Pour nous, l’essence de la psychanalyse que Freud a nommée « travail de culture » est entièrement en jeu. Il s’agit quant à cette essence de l’affirmation de la loi du désir humain face à un Autre compris comme un tout, de l’ Autre de l’Etat et de son autorité. A travers la tentative d’une règlementation de la cure psychanalytique, la « normation » est par contre élevée au niveau de la « loi ».
Pour nous, en Allemagne, ainsi que pour nos collègues anglais, les Etats Généraux en France qui ont pu collecter plus de 15000 signatures en juillet 2008, représentent un espoir. Celles‐ci s’adressent à l’Assemblée Nationale contre d’avantage de régulation des conditions requises pour une installation comme psychothérapeute et pour renforcer le poids de la psychanalyse. Ces « Etats Généraux » comprennent également des psychanalystes de courants théoriques différents.

Nous soutenons avec insistance par cette résolution, également dans le cadre de la solidarité avec le College for psychanalysts à Londres, ainsi qu’avec le Center for freudian and analytic research, les efforts de nos collègues anglais pour rendre intelligible aux administrations sanitaires et aux hommes politiques de leur pays la valeur d’une psychanalyse aussi peu réglementée que possible par l’Etat, et ceci également dans le sens de la tradition démocratique de la Grande‐Bretagne qui donne une valeur particulière au citoyen émancipé. Nous parions par ailleurs sur le fait que le pays qui a accueilli Sigmund Freud lors de son émigration va rester fidèle à la tradition de cette hospitalité par rapport à la psychanalyse, ainsi que pour la transmission de l’oeuvre de ceux qui en Grande‐Bretagne ont repris la cause Freudienne et ont continué à la développer.

Ainsi, nous nous adressons à nos collègues de l’Assoziation für die Freudsche Psychoanalyse (Association pour la psychanalyse Freudienne), des archives Lacan à Brégence (Bregenz), de la Freud‐Lacan‐Gesellschaft (Association de psychanalyse, Berlin), du Psychoanalytisches Kolleg (Collège clinique psychanalytique), du Lehrhaus für Psychoanalyse (Ecole de psychanalyse) à Hambourg, du Kasseler Forum für Psychoanalyse (Forum de psychanalyse) à Kassel, pli à Munich, du Psychoanalytischer Salon Berlin ( Salon psychanalytique à Berlin), du Lacan Seminar à Zürich et du Neue Wiener Gruppe (Nouveau groupe de Vienne, Autriche), avec lesquels nous travaillons depuis de longues années.

Au‐delà de ces associations (germanophones), cet appel et la demande de le signer s’adresse également aux autres cercles psychanalytiques, ainsi qu’à tous ceux qui accordent de la valeur à la cause Freudienne et à la psychanalyse en tant que travail de culture.

Nous allons remettre cette liste de signatures à nos collègues anglais en février 2009 et la communiquer aux Etats Généraux en France dans le cadre de leur engagement « Sauvons la clinique ». Jusque‐là, nous vous invitons à joindre votre signature à cet appel en l’adressant à l’adresse mail de Michael Meyer zum Wischen, Psychanalyste à Köln, Allemagne : praxismzw@web.de

Traduction par Gabrielle Devallet‐Gimpel (Toulouse)

Les auteurs

Klaus Findl, bildender Künstler, Köln

Miriam Goretzki-Wagner, Coach, Bonn

Andreas Hammer, Dipl.-Psych., Köln

Fotini Ladaki-Schmidt, Dipl.-Psych., psychoanalytische Praxis, Köln

Béatrice Ludwig, Linguistin, Köln

Jean-Baptiste Mariaux, PhD., Köln

Dr. med. Michael Meyer zum Wischen, psychoanalytische Praxis, Köln

Karin Schlechter, bildende Künstlerin, Köln

Les signataires:

Karin Adler, Psychoanalytikerin, Paris

Eckhard Bär, Psychoanalytiker, Sozialarbeiter, Suchtherapeut, Kassel

Ute Bergmann-Näher, Ärztin, psychoanalytische Praxis, Rottenburg / Tübingen

Michel Borsotto, Psychoanalytiker, Coaraze Andréa Bryan, bildende Künstlerin, Köln

Cristina Burckas, Lic. Psych., psychoanalytische Praxis, Freiburg

Christine Chagneaud, Psychologin, Psychoanalytikerin, Albi

Patrick Coadou, Employé mairie, Villeneuve Les Bouloc, Psychopathologie clinique université du Mirail, Toulouse.

Prof. Dr. Marcus Coelen, Institut für romanistische Philologie LMU München, Psychoanalytiker, München

Geneviève Condou, Klinische Psychologin, Toulouse

Gabrielle Devallet-Gimpel, Psychiaterin, Psychoanalytikerin, Blagnac

Harold Dielmann, Dipl.-Psych., psychoanalytische Praxis, Köln

Dr. U. Oudée Dünkelsbühler, Dozentin und Psychoanalytikerin, Hamburg

Dr. phil. Susanne Gottlob, Psychoanalytikerin, Hamburg

Marylène Guery, Dipl.-Psych., psychotherapeutisch-psychoanalytische Praxis, Köln

Annemarie Hamad, Psychoanalytikerin, Paris

Maire Jaanus, Professor of English and Comparative Literature, Barnard College/Columbia University, New York, NY

Franz Kaltenbeck, Psychoanalytiker in Paris und Lille, sowie in der medizinisch-psychologischen Abteilung der Haftanstalt Sequedin am Centre Hospitalier Régional Universitaire de Lille

Eva Kiefer, psychoanalytische Praxis, Salzburg

Bernhard Kreuz, Dipl.-Psych., psychoanalytische Praxis, Neckartenzlingen / Tübingen

Ursula Lefkowitz, Psychoanalytikerin, Rambouillet

Dr.med. Chrisian Kläui, Psychiater und Psychoanalytiker, Basel

Christian Kohner-Kahler, Bewährungshilfe, Universität Wien, FH Linz

Corinne Maier, Psychoanalytikerin, Brüssel

Barbara Meyer zum Wischen, Dipl.-Psych., psychotherapeutische Praxis, Köln

Dr.med. André Michels, Psychiater und Psychoanalytiker, Luxemburg und Paris

Catherine Moser-Fride, Dipl.-Psych., Paris IV Sorbonne, psychoanalytische Praxis, Elchingen (bei Ulm)

Andreas Gottfried Müller, Dip.-Psych., psychoanalytische Praxis, Bremen

Dr.med. Peter Müller, Arzt und Psychoanalytiker, Karlsruhe

Susanne Müller, Dipl.-Psych., Kunstwissenschaftlerin, Paris

Prof. Dr. Karl Josef Pazzini, Koordinator des Psychoanalytischen Kollegs; Universität Hamburg, Fakultät für Erziehungswissenschaft, Psychologie und Bewegungswissenschaft, Sektion 1, Bildungstheorie, Bildende Kunst, Hamburg

Univ.-Prof. Dr. August Ruhs, Universitätsklinik für Psychoanalyse und Psychotherapie, Wien

Avi Rybnicki, Psychoanalytiker, Tel Aviv

Pieretta Sakellariou, psychologue clinicienne, plasticienne, Toulouse

Marie-Jean Sauret, psychanalyste (APJL), professeur des universités, Toulouse Dr.med Georges Schmit, psychoanalytische und psychiatrische Praxis, Brüssel

Dr. phil Bernhard Schwaiger, Dipl.-Psych., psychologischer Psychotherapeut, Neustrelitz

Madlen Sell, Dipl.-Psych., Freiburg i. Br.

Véronique Sidoit, Psychoanalytikerin, Paris

Khadija Taoujni, Étudiante en psychothérapie, Paris

Laure Thibaudeau, Psychoanalytikerin, Paris

Dr. med. Michael Turnheim, Universitätsdozent, Psychiater, Psychoanalytiker, Wien, Paris

Dr. Johanna Vennemann-Bär, psychologische Psychotherapeutin, Psychoanalytikerin, Hann.-Münden, Rom

Rivka Warshahawsky, Psychoanalytikerin, Klinische Psychologin, Israel

Mai Wegener, psychoanalytische Praxis, Berlin

Dr. phil. Peter Widmer, psychoanalytische Praxis, Zürich

Mag. Dr. phil. Markus Zöchmeister, psychoanalytische Praxis, Salzburg

 

Appendice

THE COLLEGE OF PSYCHOANALYSTSUK PRESS RELEASE

Under proposed new government guidelines, most forms of psychoanalysis could become illegal in 2009. The Government aims to regulate talking therapies next year and has already started the process of assessing the field. The Health Professions Council has been given the task of regulating talking therapies, with its partner Skills for Health (SfH) charged with developing National Occupational Standards for therapeutic work. Nearly all the psychotherapy and psychoanalytic organisations protested that HPC was inappropriate for talking cures, yet this has been totally ignored and HPC imposed as the regulator. The psychodynamic and psychoanalytic organisations in this country are already regulated by two main bodies (UKCP and BPC) which have been developed through the profession over the last twenty-five years. Each of the member organisations of UKCP and BPC has strict codes of ethics, practice and complaints procedures, and is inspected periodically by the regulatory body. Yet the new developments will render the existing regulatory structures for the most part obsolete. With this comes a new vision of what psychodynamic and psychoanalytic work actually is. For HPC and SfH, psychoanalytic work is seen more as an intervention to be applied – like a drug – TO patients than a long and painstaking work done BY patients. This view of therapy as an external intervention is reflected in the government’s plan to ‘give’ therapy to young Muslims they suspect of harbouring aspirations to terrorism: psychotherapy becomes a tool of social control rather than a choice made by the individual to explore their own life. A consultation process was begun by SfH in 2007, and the results just published in draft form.More than 450 rules have been listed for psychodynamic and psychoanalytic therapy. They dictate every aspect of how therapists should organise their sessions, how they should ‘monitor’ themselves and how they should carry out their work. They go into minute detail about the timing of interventions, the setting of the therapy, its aims – and even the expression of appropriate ‘feelings’. Such an application of externally-imposed rules – most of which were expressly contraindicated by Freud, Jung and the analysts who followed, such as Klein, Lacan and Winnicott – removes the very foundation on which such therapies are based, namely the freedom of both parties to work together authentically and creatively. If these rules are accepted, then it will no longer be possible for analysts – and many therapists – to work in this country. The SfH project shows how analytic work is being forced into the current culture of outcomes, where everything can be predicted in advance and evaluated in relation to the expected results. Analysis, however, involves an open-ended relationship, where results may emerge that were never predicted or even thought of by the person in analysis. The very distinction between conscious and unconscious motivation that lies at the heart of analytic work is ignored by the proposed regulations which encourage a ‘false self’, a box-ticking clinician, always fearful of being watched by the authorities and anxious to please them. If analysis has an aim, it is to help patients free themselves from irrational forms of authority, exactly those that now threaten to constrain the work of analysts. According to the government roadmap, HPC will establish a list of reputable practitioners, which will mean effectively those who adopt their particular formulations as to what psychoanalysis is about. All the documentation published to date by HPC shows a serious misunderstanding of the nature of analytic work, together with a new insistence on ‘good character’ defined in highly rigid ways. If this goes ahead, then members of the public will no longer have the freedom to choose their analyst. Rather, they will have to select a practitioner from a list which only includes those who practise a particular form of therapy. How did this situation come about after the long process of consultation with the profession? The working parties at SfH which have drafted the new rules are made up almost exclusively of members from one single highly partisan grouping, concerned to define psychoanalytic psychotherapy in a very narrow frame. This narrow frame fits a particular technique developed by the Chair of the SfH National Strategy Group together with the Chair of the SfH Working Group known as ‘Mentalization Based Therapy’ (MBT). Some research shows evidence for the value of this technique for particular NHS patient categories, but it represents a tiny minority of the total psychoanalytic therapy that is undertaken, mostly in the private sector. Its techniques and ethical framework are entirely opposed to most traditional psychoanalytic work. The Working Group and the National Strategy group, under these chairs, have excluded contributions which do not meet this narrow frame. SfH had promised seats on the working parties to representatives of other groupings, yet these were then withheld and SfH have admitted that they have not chosen to develop their work democratically. Requests for documents about the consultation process obtained under the Freedom of Information Act have shown astonishing failure to follow proper procedures and the hijacking of the consultation by a small and ambitious group of individuals. Thousands of therapists have been writing to MPs and politicians about the current situation, seeking a recognition of the fact that analytic work cannot be reduced to a set of rules to be mechanistically applied to a patient with predictable outcomes, but involves an exploration of the meaning of an individual’s history which can never be guessed in advance. Analytic work, for the majority of analysts, should be regulated by the bodies established by the profession and not by the State. For more information contact:

Haya Oakley (Site for Contemporary Psychoanalysis) – 07929 559 817 Julia Carne (Psychoanalytic Consortium) – 07774 903204 Darian Leader (Centre for Freudian Analysis and Research) – 07952 520 540 Sian Ellis (Association for Group and Individual Psychotherapy) – 07949 088 963 Joe Suart (The Guild of Psychotherapists) – 07772 510 475 Anne Worthington (The Guild of Psychotherapists) – 07904 870

 

E. Roudinesco : l’inculture au profit de la sécurité

 

Elisabeth Roudinesco dans Libération du 31 12 2008 : "Sécurité et inculture" : 

" En fait, nous, les Français, avons installé un pouvoir populiste et là où on devrait trouver l’autorité, on trouve désormais le discours sur la sécurité. Ainsi le traitement des malades mentaux et des prisonniers va-t-il à contre-courant des progrès réalisés, par exemple, en Europe du Nord, où il est prouvé que plus on réinsère intelligemment les délinquants et les malades mentaux, moins il y a de récidive. C’est un cercle vicieux : l’état des prisons ne va pas s’améliorer, les services psychiatriques ne recevront pas plus de moyens, donc la résinsertion va se passer toujours plus mal et on justifiera ainsi les pires mesures ".

Fument-ils en dormant ?, par Laurent Greilsamer

Voici la preuve de la validité de la notion de surmoi freudien et de celle de retour du refoulé, selon Laurent Greilsamer dans Le Monde :

" C’est une information sidérante qui n’a occupé que quelques lignes ou une poignée de secondes dans les médias : les fumeurs français fument toujours autant. Autant dire que la loi qui interdit de fumer dans les cafés, les bars-tabac et les restaurants depuis janvier 2008 n’a pas permis de faire reculer une consommation insolente.

Les fumeurs ont grillé 54 milliards de cigarettes cette année, ni plus ni moins qu’en 2004 ou 2005. Ils fument obstinément, obsessionnellement, et la première question qui vient à l’esprit, teintée d’un étonnement admiratif, c’est : comment font-ils ? Partant du principe que les Français travaillent chaque jour huit heures, qu’ils en passent deux dans les transports, deux dans les brasseries, quatre à regarder la télévision, et finalement huit à dormir, quand trouvent-ils donc le temps de fumer leur paquet quotidien ?

Oui, comment les Français font-ils pour rattraper le temps perdu ? Consomment-ils désormais leur ration à la chaîne ? Fument-ils en regardant la télévision, au risque de distraire une parcelle de leur cerveau disponible aux annonceurs et aux publicitaires ? Fument-ils en mangeant ? Mastiquent-ils en même temps nicotine et protéines, picotin et picotine ? Fument-ils au lit ? Fument-ils en dormant ? Questions bouleversantes qui obligent à reconsidérer totalement l’usage du temps de nos contemporains et inclinent à penser que le fait de fumer constitue pour certains un trait quasi existentiel.

Vous voulez interdire le tabac ? Vous croyez pouvoir enrayer la consommation de cigarettes ? Vous rêvez ! Des forces obscures, des forces proprement humaines résistent. En réalité, vous stimulez l’envie, la tentation. Car les chiffres publiés sont trompeurs en faisant croire à des ventes étales. L’interdiction de fumer dans les cafés, couplée à une augmentation régulière des tarifs des blondes et des brunes, stimule en fait les pulsions d’achat. Aux 54 milliards de cigarettes écoulées officiellement cette année, il faut ajouter les achats hors de France par les populations frontalières et l’explosion durable de la contrebande. Sans compter que la crise économique et le stress favoriseront en 2009 le tabagisme, comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis

Faut-il en conclure que la loi appliquée depuis janvier 2008 est un fiasco ? Non, bien sûr ! Ce texte consacre la victoire des non-fumeurs, hier obligés d’inhaler la fumée des autres. Il a rendu un "nez" à des millions de citoyens privés de leur flair au point qu’ils ne savaient plus distinguer l’ail de l’oignon, le bordeaux du bourgogne, ni l’air des villes de celui de la campagne.

Mais surtout, ce texte confirme qu’il est vain d’espérer – que ce soit en claquant des doigts ou en promulguant des lois – la naissance d’un homme nouveau, sans addiction, sans vice. La courbe des ventes de cigarettes en France démontre à la perfection qu’on ne peut renoncer à un vice sans contrepartie. Ou alors le vice en question perdure en se déplaçant.

C’est le principe des vases communicants appliqué à un usage, une coutume ou un besoin ancré depuis des siècles. Vous le chassez d’un point, il revient ailleurs. C’est ce qui est apparemment arrivé aux fumeurs : s’ils ne peuvent plus fumer le jour, ils fument la nuit. S’ils ne peuvent plus ni fumer au travail ni dans les cafés, ils fument dehors et chez eux. Au risque d’enfumer les leurs. Avec une certitude : tant qu’un produit de substitution aussi puissant que le tabac ne sera pas proposé en compensation, les fumeurs continueront à fumer. A moins qu’ils ne se mettent à boire davantage. Mais là, nous n’avons pas encore les derniers chiffres…"


Courriel : greilsamer@lemonde.fr

LE MONDE | 22.12.08

Le fou du pétitionnaire

A lire, un article de Daniel Pendanx à Bordeaux sur la « folie pétitionnaire » des responsables d’institutions en psychiatrie (Sur Oedipe).

« Ne pourrait-il s’agir aussi par là, par la bande (au sein de la communauté inavouable), de conquérir l’innocence, une espèce d’immunité narcissique, une façon de ne rien vouloir apprendre de nouveau sur notre propre désir, notre propre folie «meurtrière», et ce tout en apaisant notre culpabilité ? »

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Le fou du pétitionnaire

A lire, un article de Daniel Pendanx à Bordeaux sur la « folie pétitionnaire » des responsables d’institutions en psychiatrie (Sur Oedipe).

« Ne pourrait-il s’agir aussi par là, par la bande (au sein de la communauté inavouable), de conquérir l’innocence, une espèce d’immunité narcissique, une façon de ne rien vouloir apprendre de nouveau sur notre propre désir, notre propre folie «meurtrière», et ce tout en apaisant notre culpabilité ? »

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Nous refusons la politique de la peur, après le discours de Sarkozy du 2 décembre 2008


- Les premiers signataires 

- Signer la pétition

" Les annonces de Nicolas Sarkozy le 2 décembre au centre hospitalier spécialisé Erasme à Antony sont dans une remarquable continuité avec ses différentes décisions prises depuis l’époque où il était ministre de l’intérieur : loi sur la prévention de la délinquance, amputée de ses articles portant sur les malades mentaux, mais finalement réintroduits dans leur essence dans la loi de rétention de sûreté[1], le fichier Edvige, et maintenant dans une loi sur l’hospitalisation psychiatrique. L’amalgame organisé depuis la loi du 30 juin 1838 entre ordre public et obligation de soins trouve aujourd’hui son achèvement en une identification du soin à la seule mesure d’ordre public au nom d’une dangerosité potentielle, et s’inscrit dans un ensemble liberticide.

Depuis environ 3 ans, à chaque victime exemplairement médiatisée répond une nouvelle loi répressive. Logique démagogique qui ose avec arrogance déclarer ne connaître que les droits de l’homme pour la victime et subordonner les droits des « autres » à leur dangerosité. Logique de juriste besogneux qui se doit d’étalonner le droit à une justice d’élimination. Logique de violence sociale qui condamne la psychiatrie à repérer, contrôler et parquer à vie les marginaux, déviants, malades, désignés potentiellement dangereux. Logique de l’abus rendu légal, enfin, puisque cette dangerosité n’est ni définie, ni précisément limitée, ouvrant la voie à une extension indéfinie des mesures qui la visent. Obsession qui transforme tout accident en événement intolérable, la moindre erreur en défaillance monstrueuse, légitimant des précautions sans cesse durcies et toujours condamnées à se durcir car on ne supprimera jamais la possibilité d’un risque. A terme, nous ne serions même pas dans la mise en place d’un système de défense sociale —historiquement institué et toujours présent dans de nombreux pays européens (Allemagne, Belgique, Italie, Pays Bas, …)— à côté d’un système de soins psychiatriques « civil », mais dans le formatage d’une flic-iatrie dans les murs d’un asile d’aliénés post-moderne comme dans la ville.

Sur ce point, nous tenons à alerter du danger les familles et leurs associations,  les associations de patients et ex-patients. Le projet du président de la République n’est pas une obligation de soins ambulatoire, mais bel et bien une détention ambulatoire qui au plan des soins se résumerait à l’injection bimensuelle ou mensuelle d’un neuroleptique à action prolongée ou à la prise forcée d’un thymorégulateur, et qui au plan de la liberté individuelle placerait le sujet sous un régime de la liberté surveillée : tutelle à la personne, assignation à résidence, bracelet électronique, … ; tout cela sous l’égide des services préfectoraux, des services de psychiatrie publique … et de la famille. Pourquoi alors pour les soignants rechercher et travailler le consentement libre et éclairé ? Pourquoi pour les services de psychiatrie se mettre dans l’obligation (pour lui et son entourage) d’accueillir, d’écouter, de prendre soin, de soigner, d’accompagner un sujet souffrant, c’est-à-dire de le considérer dans sa dignité et sa singularité de personne, d’individu social, et de sujet de droit ? Disons aussi clairement aux usagers et à tous les citoyens que le soutien affiché par le chef de l’Etat à sa ministre de la santé pour son projet de loi HSPT (hôpital, santé, patients et territoire), son chantage public au soutien à ses réformes, confirme qu’il n’y a pas contradiction entre politique sécuritaire et politique de réduction des moyens pour la santé et le social. De plus, il semble aussi mettre fin à la psychiatrie de secteur comme psychiatrie généraliste dans la communauté comme les textes sur la nouvelle gouvernance le laissaient prévoir.

Que de vigilance obligée, que d’énergie perdue pour défendre les moyens existants face au bulldozer administratif et comptable. Pour les internés, nous savons : des moyens pour des cellules d’isolement, des unités pour malades difficiles, des vigiles et des caméras de surveillance. Pour les personnes qui seront soumises au traitement psychiatrique ambulatoire contraint (et elles seront beaucoup plus nombreuses que l es « sorties d’essai » prévues par la loi du 27 juin 1990) : Pour faire quoi et comment en dehors de la contrainte à la compliance des patients et d’une carcéralité ambulatoire, y compris pour des personnes n’ayant jamais fait l’objet d’une mesure de placement? Quels seraient les critères pour prendre une telle mesure ? La question de la levée d’une telle mesure fait également problème : la guérison ?

Que nous soyons contraints de répéter une fois de plus qu’il n’y a pas à assimiler crime ou délinquance et « maladie mentale », dangerosité et « maladie mentale », nous blesse professionnellement et politiquement au regard des décades de luttes et de pratiques de progrès dans le champ de la santé mentale. Que nous soyons contraints de répéter qu’il n’y a pas de risque zéro, que les politiques dites de « tolérance zéro » (pas davantage que les politiques de « défense sociale ») n’éliminent la dangerosité sociale, nous fait craindre que nous tendions —loi d’attaque sociale après loi d’élimination, outrances policières ou politiques après outrances policières ou politiques— au système décrit et dénoncé par Hannah Arendt : Le totalitarisme ne tend pas à soumettre les hommes à des règles despotiques, mais à un système dans lequel les hommes sont superflus (in Les origines du totalitarisme). Le type de pouvoir exécutif à l’œuvre ne laisse rien échapper, intervient sans cesse sur les professionnels pour les sanctionner et les corriger au moindre accident. Il conduit ceux-ci à l’excès de zèle pour prévenir les risques de ce qui n’est même plus excusé en tant que « bavures » ; au mieux, nous avons droit aux phrases compassionnelles du chef de l’Etat. La banalité du mal s’installe en même temps que les scandales s’accumulent : pour les « sans papiers », il faut faire du chiffre ; pour éduquer les collégiens contre la drogue, il faut faire une descente musclée de gendarmes ; pour que « justice soit faite », il faut l’affaire consternante du journaliste de Libération ou encore la menace de centres de rétention pour sdf récalcitrants.

Il ne s’agit donc guère de sagesse populaire et de  vertu républicaine, mais bien d’une idéologie populiste et d’une politique sécuritaire dangereuses, qui dans le même temps poursuivent au pas de course la démolition des services publics et une politique de santé entrepreneuriale et de paupérisation.

Nous nous déclarons opposants résolus à cette idéologie et à cette politique. Nous déclarons que nous continuerons d’y résister concrètement et solidairement. Nous appelons tous ceux qui agissent à élaborer un manifeste constituant d’un front du refus ".

Contact : cedep.paris@wanadoo.fr

Signataires (à la date du 9 décembre 2008) :

Sophie Baron – Laforet, psychiatre praticien hospitalier, vice-présidente de l’ARTASS

Francine Bavay, vice présidente de la région Ile de France en charge des solidarités et du développement social – les Verts

Alain Buzaré, psychiatre praticien hospitalier, Angers

Alain Chabert, psychiatre responsable de service, Chambéry

Franck Chaumon, psychiatre praticien hospitalier, psychanalyste, Paris

Jean Danet, universitaire, Nantes

Gilles Devers, avocat, Lyon

Claude Olivier Doron, philosophe et anthropologue de la santé, Université Paris VII

Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des Droits de l’Homme

Hélène Franco, secrétaire générale du syndicat de la magistrature, juge pour enfants à Bobigny

Dominique Friard, vice-président du Serpsy, cadre de santé

Jean Furtos, psychiatre responsable de service, Directeur scientifique de l’ORSPERE / ONSMP

Claire Gekiere, psychiatre responsable de service, Union Syndicale de la Psychiatrie

Serge Klopp, cadre de santé, militant du PCF, Paris

Pénélope Komites, adjointe au maire du XIIème arrondissement en charge de l’action sociale – les Verts

Anik Kouba, psychologue clinicienne, Clichy sous bois-Montfermeil, CEDEP

Olivier Labouret, psychiatre responsable de service, Toulouse

Jean Claude Laumonier, responsable santé de la LCR, cqdre de santé retraité

Christian Laval, sociologue, Lyon

Anne-Marie Leyreloup, présidente du Serpsy

Claude Louzoun, psychiatre praticien hospitalier, président du CEDEP ; Union syndicale de la psychiatrie

Jean-Pierre Martin, psychiatre praticien hospitalier, vice-président du CEDEP ; Union syndicale de la Psychiatrie

Jacques Michel, professeur à l’Institut des sciences politiques, Lyon

Marie Napoli, présidente de l’Union Syndicale de la psychiatrie

Pierre Paresys, psychiatre responsable de service, Lille

Serge Portelli, vice-président du tribunal d’Evry, syndicat de la magistrature

Marie Rajaplat, vice-présidente du Serpsy

Pauline Rhenter, politologue, Groupe de recherches en sciences sociales Ville et santé mentale, Paris

Jean Vignes, secrétaire Fédération Sud santé sociaux


[1]  Certains d’entre nous sont parmi les acteurs, soutiens et signataires des déclarations, pétitions, actions —dont la dernière en date : Non à la perpétuité sur ordonnance— contre les lois et actes liberticides qui ont cours en continu à l’heure actuelle.


 

DISCOURS DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

L’HOSPITALISATION EN MILIEU PSYCHIATRIQUE

Antony – Mardi 2 décembre 2008

Madame la Ministre, chère Roselyne,

Monsieur le Président du conseil général,

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Monsieur le Préfet,

Mesdames, Messieurs,

C’est la première fois, qu’un Président de la République rend visite au personnel d’un hôpital

psychiatrique. Je n’en tire aucune fierté personnelle. Je considère que faisant cela, je ne fais que mon devoir. Parce que vous accomplissez chaque jour une oeuvre remarquable au service de la société et si vous n’étiez pas là, bien peu nombreux seraient les volontaires pour faire votre travail. Vous travaillez dans un environnement rude pour prendre en charge des patients qui peuvent ne pas accepter les soins. Votre rôle est de guérir les maux de l’âme, les souffrances mentales qui sont sans doute les plus mystérieuses et les plus difficiles à traiter. Vos moyens d’agir, ce ne sont pas les IRM, les blocs opératoires, les prothèses : ce sont vos paroles, votre savoir faire dans la relation avec le patient, les

médicaments aussi.

Votre exercice professionnel et votre pratique sont à la fois riches et complexes. Votre métier, j’en suis bien conscient, comporte des risques. Votre travail vous apporte de grandes satisfactions quand un malade va mieux. Mais il y aussi l’agressivité, la violence, les réadmissions fréquentes de tous ces patients dont vous vous demandez si la place est bien ici. Je comprends fort bien que, certains jours, les difficultés de votre métier vous pèsent. Ces jours-là, quand vous ressentez ce poids, vous devez aller puiser dans l’amour de votre travail, la solidarité de vos collègues, la force de continuer.

Médecins, psychologues, infirmières, aides-soignantes, techniciens, agents de service, personnels administratifs en milieu psychiatrique, il n’y a aucune raison de cacher votre métier, vous êtes indispensables à la société, le rôle du chef de l’Etat, c’était d’abord de dire aux Français : regardez ces professions dont nous avons besoin. De tous les soignants, vous êtes sans doute ceux qui connaissent le plus intimement vos patients. Vous prodiguez des soins au long cours à des personnes qui, pour guérir, doivent pouvoir s’ouvrir à vous et aux autres. Etablir une relation personnelle entre vos patients et vous, c’est la clé. C’est ce qui fait l’extrême exigence de votre rôle. C’est ce qui en fait également sa noblesse.

J’ai voulu vous rendre hommage à vous, les personnels de l’hôpital psychiatrique, qui fait finalement peu parler de lui, l’hôpital psychiatrique qui est souvent incompris, l’hôpital psychiatrique qui est rarement reconnu. Lorsque l’on parle d’établissements d’excellence, on parle bien souvent d’autres établissements que des vôtres.

Comme notre société a besoin de vous, nous devons nous engager pour que l’on parle de vos établissements autrement qu’à l’occasion de faits divers qui mettent en cause les patients qui vous sont confiés. A mes yeux, ces faits divers ne remettent nullement en question votre compétence, votre dévouement, et les services que vous rendez à la société. Mais ces faits divers doivent nous interroger tous, moi compris, sur les lacunes que peut révéler notre système d’organisation et de fonctionnement de la prise en charge. Surtout lorsque des drames ne peuvent pas être imputés à la seule fatalité. C’est vraiment la maladie de notre temps, de tout expliquer par la fatalité : tout, la crise, les problèmes.

Non, C’est trop simple. On ne peut pas simplement dire : c’est la fatalité. Pourquoi être responsable si la fatalité explique tout ?

Vous vous souvenez tous du meurtre, dont on me parlait il y a quelques instants, commis il y a quelques jours à Grenoble sur une personne de 26 ans par un malade qui avait fugué de l’hôpital psychiatrique de Saint-Egrève. Je veux adresser mes pensées à la famille de ce jeune homme. Et vous dire que j’ai été choqué par cette affaire. Voilà une personne –je veux dire le futur meurtrier- qui avait déjà commis plusieurs agressions très graves dans les murs et hors les murs ! Voilà une personne éminemment dangereuse qui bénéficiait pourtant de deux sorties d’essai par semaine ! Et j’entends dire que rien n’indiquait que cette personne pouvait à nouveau passer à l’acte, que rien n’avait été fait pour renforcer sa surveillance ? Et j’ai été choqué de ne pas entendre beaucoup de mots pour la famille de la victime.

Entendons-nous bien. La place des malades n’est pas en prison. Si on est malade, on va à l’hôpital. Et je trouve injuste la façon dont on parle, ou plutôt dont on ne parle pas, des hôpitaux psychiatriques.

Mon propos n’est pas de dire que la seule solution est l’enfermement. Surtout l’enfermement à vie. Mon propos n’est pas de dire que seuls comptent les risques pour la société et jamais le cas particulier du malade. Vous êtes du côté du malade mais si vous ne l’étiez pas, qui le serait ? C’est le rôle des praticiens. C’est le rôle des soignants que d’être en quelque sorte inconditionnels du malade et de sa guérison. Mais je ne peux pas, moi, me mettre sur le même plan. La Ministre ne peut pas se mettre sur le même plan. C’est dans la rencontre de nos deux responsabilités que l’on trouvera le bon équilibre.

Un schizophrène est, avant toute autre considération, une personne malade. Je mesure l’apport extraordinaire de la psychiatrie à la médecine d’aujourd’hui et la singularité de votre mission.

Il faut trouver un équilibre, que nous n’avons pas trouvé, entre la réinsertion du patient absolument nécessaire et la protection de la société. Dire cela ce n’est bafouer personne. Mon devoir c’est de protéger la société et nos compatriotes, de la même façon que les personnels. Parce que vous êtes les premiers au contact de cette violence éruptive, imprévisible et soudaine. L’espérance, parfois ténue, d’un retour à la vie normale, – j’ose le dire ici – ne peut pas primer en toutes circonstances sur la protection de nos concitoyens. Mettez-vous aussi à ma place. Je dois répondre à l’interrogation des familles des victimes que je reçois. Les malades potentiellement dangereux doivent être soumis à une

surveillance particulière afin d’empêcher un éventuel passage à l’acte. Et vous savez fort bien, mieux que moi, que des patients dont l’état s’est stabilisé pendant un certain temps peuvent soudainement devenir dangereux.

Cela pose la question des moyens. Il faut plus de sécurité et de protection dans les hôpitaux

psychiatriques. Cette protection, nous vous la devons d’abord à vous, qui êtes en première ligne. Aux familles, parce que les familles sont les premières à porter le risque quotidien de la dangerosité.

Je souhaite que plusieurs mesures soient mises en oeuvre à cette fin.

Nous allons d’abord, chère Roselyne BACHELOT, réaliser un plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques. Et la Ministre de la santé a dégagé 30 millions d’euros. Ces investissements serviront à mieux contrôler les entrées et les sorties des établissements et à prévenir les fugues. Quand un patient hospitalisé d’office sort du périmètre autorisé par son médecin, l’équipe soignante doit en être informée tout de suite. Certains patients hospitalisés sans leur consentement seront équipés d’un dispositif de géo-localisation qui, si cela se produit, déclenche automatiquement une alerte.

Ce système est déjà utilisé à l’hôpital, par exemple dans les unités qui soignent des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Cela permettra de rassurer les personnels et d’alléger leurs tâches.

Par ailleurs, au moins une unité fermée va être installée dans chaque établissement qui le nécessite.

Ces unités seront équipées de portes et de systèmes de vidéosurveillance pour que les allées et venues y soient contrôlées.

Enfin, nous allons aménager 200 chambres d’isolement. Ces chambres à la sécurité renforcée sont destinées aux patients qui peuvent avoir des accès de violence envers le personnel.

La création d’unités fermées et de chambres d’isolement supplémentaires est une mesure dont je veux souligner l’importance. Ce n’est pas à vous que je vais apprendre que certaines personnes malades sont plus agressives que d’autres ; que certains patients ne sont pas faits pour l’hospitalisation conventionnelle sans pour autant relever des unités pour malades difficiles. Il manque, entre les deux, une prise en charge intermédiaire. C’est précisément ce vide que viendront combler les unités fermées et les chambres d’isolement.

Pour les malades les plus difficiles, nous allons, là aussi, renforcer le dispositif de prise en charge. Quatre unités supplémentaires pour malades difficiles de quarante lits chacune vont être créées. C’est une mesure, qui doit permettre aux personnels de travailler dans les conditions les plus appropriées à la spécificité de certains malades. C’est 40 millions d’euros d’investissement et 22 millions d’euros de fonctionnement en plus car, naturellement, il faut le personnel qui va avec ces nouvelles places.

L’Etat investira 70 millions d’euros -30 pour la sécurisation des établissements et 40 pour les unités pour malades difficiles. Et je souhaite que l’on aille plus loin. J’ai annoncé une réforme sanitaire des procédures de l’hospitalisation d’office. J’ai bien conscience que ce sont des sujets qu’il n’est pas raisonnable pour un Président de la République d’évoquer, m’a-t-on dit.

Pourquoi se mettre là-dedans ? Tout le monde s’est cassé les dents. Je vais me mettre là-dedans parce que c’est indispensable. Et, justement, parce que c’est difficile, c’est mon rôle de ne pas me cacher et de ne pas fuir les problèmes difficiles. Le drame de Grenoble ne doit pas se reproduire.

J’ai demandé à Roselyne BACHELOT, qui a toute ma confiance, de préparer un projet de loi.

Alors, vous me direz que le placement d’office ne concerne que 13% des hospitalisations. Mais ce sont celles qui exigent le plus de précautions, ce sont les plus difficiles. Là encore, je pense qu’un meilleur équilibre entre la réinsertion absolument nécessaire et la sécurité est nécessaire. Entre le tout angélique et le tout sécuritaire, est-ce que l’on ne peut pas se mettre autour d’une table pour trouver le bon équilibre, raisonnable, entre gens de bon sens ? Il faut réformer l’hospitalisation d’office pour concilier la qualité des soins et la sécurité des personnes.

Nous allons d’abord instaurer une obligation de soins en milieu psychiatrique. 80% de vos patients sont pris en charge en ville. De même qu’il existe l’hospitalisation sans consentement, il faut qu’il y ait des soins ambulatoires sans consentement. C’est l’intérêt même du patient et de sa famille.

L’obligation de soins doit être effective même en cas d’absence ou de défaut de la famille. On ne peut pas laisser seul un patient qui a un besoin manifeste de soins et qui peut, parfois, refuser de s’y soumettre.

Je connais bien le principe : nul ne peut être soigné sans son consentement. Encore faut-il que son consentement soit lucide. Vaste débat, me direz-vous, mais j’ai des obligations de résultats vis-à-vis de la société. Peut-on laisser des gens qui ont besoin d’être soignés sans être soignés, simplement pour la liberté qu’ils peuvent avoir de se détruire ? Ayons ce débat.

Moi je pense que c’est de la non assistance à personne en danger. Mais j’accepte bien volontiers qu’on discute, mais discutons-en vraiment, allons jusqu’au bout de la discussion. Les sorties de patients, absolument indispensables, doivent être davantage encadrées. La décision d’autoriser une personne hospitalisée d’office à sortir de son établissement ne peut pas être prise à la légère. Je ne dis pas qu’elle est prise à la légère. Vous avez des convictions j’en ai aussi. Je dis que la décision de sortie est une décision qu’on ne peut pas prendre à la légère. Elle ne l’est pas, tant mieux.

Mais allons plus loin, c’est une décision qui est lourde de conséquences. Je réfléchis à un système ou le préfet doit prendre ses responsabilités. Pourquoi le préfet ? Parce que c’est le représentant de l’Etat. En cas de sortie d’essai ou définitive, il doit y avoir un avis rendu par un collège de trois soignants : le psychiatre qui suit le patient, le cadre infirmier qui connaît la personne, ses habitudes et un psychiatre qui ne suit pas le patient. Et les psychiatres libéraux doivent pouvoir en faire partie. L’exercice collégial est la clé de la réforme. L’avis des experts est indispensable, mais je veux poser la question les experts. Les experts donnent leur avis mais la décision, ce doit être l’Etat, ou dans certains cas la

justice, mais pas l’expert. Je ne suis pas pour une société d’experts : les experts en comptabilité, les experts en bâtiment, les experts en médecine, les experts encore toujours.

Mais il y a un Etat, une justice, qui doivent trouve un équilibre entre des intérêts contradictoires et des points de vue contradictoires. Et le patricien doit pouvoir donner son avis de patricien : à son avis, cette personne est-elle capable de sortir, en a-t-elle besoin pour être soignée. Cette appréciation là, cette conviction là, sont parfaitement nécessaires et respectables, mais il faut qu’elles soient confrontées à une autre appréciation, celle de celui qui a à garantir l’ordre public et la sécurité des autres. Et c’est dans la rencontre entre ces deux points de vue, le point de vue de celui qui soigne le patient et le point de vue

de celui qui a la charge de l’ordre public qu’on peut trouver le bon équilibre. Et le préfet est là pour représenter l’Etat.

Je ne veux plus que les préfets décident de façon aveugle, automatique. Quand il y a un drame, chacun se renvoie la responsabilité et au fond trop de responsables tuent la responsabilité. Je veux qu’ils engagent leur responsabilité en connaissance de cause

Enfin, le Gouvernement s’assurera que les informations administratives sur les hospitalisations d’office soient partagées entre tous les départements avec un secret médical respecté de la façon la plus stricte.

Je voudrais vous dire que l’hôpital psychiatrique, c’est, à mes yeux, d’abord et avant tout d’un hôpital.

Il faut une grande ambition pour nos établissements psychiatriques qui doivent être considérés comme une composante à part entière du service public de l’hospitalisation. Je souhaite que vous soyez davantage concernés par la réforme de l’hôpital et mieux impliqués dans sa mise en oeuvre. Cette réforme, elle est aussi faite pour vous.

Et si la question de l’organisation et des ressources de l’hôpital psychiatrique se pose, alors nous devons, avec votre ministre, la poser sans tabou. Et c’est pour moi une priorité.

Grâce au plan de santé mentale 2005-2008, les moyens de fonctionnement alloués au secteur public ont progressé d’un peu plus d’un milliard d’euros entre 2004 et 2008. 3 000 postes de médecins et de soignants ont été créés. Le nombre de lits d’hospitalisation est resté stable depuis 2004, alors même que la prise en charge ambulatoire s’est développée, ce qui est heureux.

Un plan d’investissement important, en plus de celui que je viens de vous annoncer, est en cours. 342 opérations de modernisation doivent être réalisées entre 2006 et 2010 pour un montant total d’1,5 milliard d’euros.

Je le dis au ministre de la Santé, s’il apparaît qu’il faut investir davantage, nous investirons davantage. S’il faut accélérer certains projets, nous les accélérerons. J’y suis prêt. Mais je le dis aux praticiens que vous êtes, des moyens supplémentaires, oui, mais des réformes aussi : les deux vont de pair. Des moyens supplémentaires au service d’une politique de réforme : pas d’immobilisme dans ce secteur non plus.

Il faut que l’hôpital psychiatrique – allez, j’ose le mot – ait un patron, et un seul, qui ait le pouvoir de dire oui, de décider et d’agir. Il faut aussi que l’hôpital psychiatrique coopère davantage avec les autres acteurs de l’offre de soins, pour mieux gérer les urgences et pour rendre le parcours du patient plus fluide. Il est enfin important, essentiel, d’accroître l’attractivité de vos métiers et de vos carrières.

C’est un problème majeur dans notre pays. Vous avez un pays passionnant mais extrêmement exigeant. Il faut que l’on renforce l’attractivité de vos métiers et de vos carrières, tout en développant les passerelles avec les autres établissements de santé pour qu’il n’y ait pas de ghetto. Je vois bien les avantages de la spécialisation mais je crains la ghettoïsation, tellement facile dans notre pays.

Permettez-moi d’adresser un message particulier aux directeurs d’hôpitaux, qui sont au coeur de la réforme de l’hôpital que j’ai voulue avec Roselyne BACHELOT. Je leur fais confiance. J’ai de l’estime pour le travail remarquable qui est le leur. Mais pourquoi dis-je qu’il faut un patron à l’hôpital ? Parce qu’aucune structure humaine ne peut fonctionner sans un animateur. Et à l’hôpital, il y a tant d’intérêts contradictoires et de tensions. On est dans un système où tous peuvent dire non, personne ne peut dire oui. Celui qui a le plus petit pouvoir peut empêcher de faire une petite chose.

Mais celui qui a le plus grand pouvoir ne peut pas permettre de faire une petite chose. Le pouvoir de dire non, en fait, existe et le pouvoir de dire oui, non. Parce que chaque pouvoir équilibre l’autre dans un mouvement de paralysie quasi-générale. Je préfère de beaucoup qu’il y ait un vrai animateur, un vrai patron animateur et responsable, qui écoute tout ce qu’on lui dit, je pense notamment aux avis indispensables des médecins, qui prend des décisions et qui assume les responsabilités si cela ne va pas. C’est un système clair.

Vous le voyez, il n’est pas question que la psychiatrie soit oubliée ou négligée. Notre pays a besoin d’une hospitalisation psychiatrique qui soigne et guérit, une hospitalisation psychiatrique en progrès, où le bien-être des malades et des personnels doit être pris en compte et amélioré. Nous avons besoin d’une hospitalisation psychiatrique qui protège, et en même temps qui soit plus transparente. Ce n’est pas mystérieux ce qui se passe ici. Il ne faut pas avoir peur de la psychiatrie et de l’hôpital psychiatrique. C’est un besoin. C’est une nécessité. Et le fait que j’ai voulu venir ici, c’est pour montrer aux Français qu’ici il y a des femmes et des hommes qui travaillent avec passion, avec compétence, avec dévouement et qu’on a besoin d’eux. On n’a pas besoin de changer de trottoir quand on passe à côté d’un hôpital psychiatrique. La maladie psychiatrique, cela peut arriver à tout le monde

dans toutes les familles.

Par ailleurs, et je terminerai par cela, c’est trop important pour qu’on ait des débats d’école, de secte, d’idéologie. Il n’y a pas d’un côté ceux qui ont raison sur tout, moi compris, et ceux qui ont tort de l’autre côté sur tout. Il y a une nécessité de progresser. Des moyens supplémentaires, mais aussi une réforme. Une réforme pour que vous puissiez travailler mieux et que nous ayons moins de drames, comme ceux que nous avons connus. Parce que les premiers qui sont traumatisés, c’est le personnel, ce sont les médecins, dans un cas comme dans l’autre.

Voilà, Mesdames et Messieurs, j’espère que vous avez compris, pour moi, ces quelques heures passées dans votre établissement, ce n’était pas une visite comme les autres. Je voudrais vous dire combien je respecte le travail qui est le vôtre et le choix de carrière qui a été le vôtre. Parce que, j’imagine que, y compris dans votre entourage familial et personnel, il doit falloir passer du temps pour expliquer ce que vous faites et pourquoi vous le faites avec tant de passion. Et enfin, je comprends parfaitement que le malade est une personne dans toute sa dignité et que sa maladie ne fait que le rendre plus humain

encore, qu’un hôpital ne sera jamais une prison. Mais en même temps, des malades en prison, c’est un scandale. Mais des gens dangereux dans la rue, c’est un scandale aussi. Je veux dire les deux choses et qu’on ne vienne pas me dire que c’est un cas de temps en temps. Parce que si c’était nous, un membre de notre famille, on ne dirait pas cela. Donc, il va falloir faire évoluer une partie de l’hôpital psychiatrique pour tenir compte de cette trilogie : la prison, la rue, l’hôpital, et trouvez le bon équilibre et le bon compromis.

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie de votre attention et de votre accueil.

Nous refusons la politique de la peur, après le discours de Sarkozy du 2 décembre 2008


- Les premiers signataires 

- Signer la pétition

" Les annonces de Nicolas Sarkozy le 2 décembre au centre hospitalier spécialisé Erasme à Antony sont dans une remarquable continuité avec ses différentes décisions prises depuis l’époque où il était ministre de l’intérieur : loi sur la prévention de la délinquance, amputée de ses articles portant sur les malades mentaux, mais finalement réintroduits dans leur essence dans la loi de rétention de sûreté[1], le fichier Edvige, et maintenant dans une loi sur l’hospitalisation psychiatrique. L’amalgame organisé depuis la loi du 30 juin 1838 entre ordre public et obligation de soins trouve aujourd’hui son achèvement en une identification du soin à la seule mesure d’ordre public au nom d’une dangerosité potentielle, et s’inscrit dans un ensemble liberticide.

Depuis environ 3 ans, à chaque victime exemplairement médiatisée répond une nouvelle loi répressive. Logique démagogique qui ose avec arrogance déclarer ne connaître que les droits de l’homme pour la victime et subordonner les droits des « autres » à leur dangerosité. Logique de juriste besogneux qui se doit d’étalonner le droit à une justice d’élimination. Logique de violence sociale qui condamne la psychiatrie à repérer, contrôler et parquer à vie les marginaux, déviants, malades, désignés potentiellement dangereux. Logique de l’abus rendu légal, enfin, puisque cette dangerosité n’est ni définie, ni précisément limitée, ouvrant la voie à une extension indéfinie des mesures qui la visent. Obsession qui transforme tout accident en événement intolérable, la moindre erreur en défaillance monstrueuse, légitimant des précautions sans cesse durcies et toujours condamnées à se durcir car on ne supprimera jamais la possibilité d’un risque. A terme, nous ne serions même pas dans la mise en place d’un système de défense sociale —historiquement institué et toujours présent dans de nombreux pays européens (Allemagne, Belgique, Italie, Pays Bas, …)— à côté d’un système de soins psychiatriques « civil », mais dans le formatage d’une flic-iatrie dans les murs d’un asile d’aliénés post-moderne comme dans la ville.

Sur ce point, nous tenons à alerter du danger les familles et leurs associations,  les associations de patients et ex-patients. Le projet du président de la République n’est pas une obligation de soins ambulatoire, mais bel et bien une détention ambulatoire qui au plan des soins se résumerait à l’injection bimensuelle ou mensuelle d’un neuroleptique à action prolongée ou à la prise forcée d’un thymorégulateur, et qui au plan de la liberté individuelle placerait le sujet sous un régime de la liberté surveillée : tutelle à la personne, assignation à résidence, bracelet électronique, … ; tout cela sous l’égide des services préfectoraux, des services de psychiatrie publique … et de la famille. Pourquoi alors pour les soignants rechercher et travailler le consentement libre et éclairé ? Pourquoi pour les services de psychiatrie se mettre dans l’obligation (pour lui et son entourage) d’accueillir, d’écouter, de prendre soin, de soigner, d’accompagner un sujet souffrant, c’est-à-dire de le considérer dans sa dignité et sa singularité de personne, d’individu social, et de sujet de droit ? Disons aussi clairement aux usagers et à tous les citoyens que le soutien affiché par le chef de l’Etat à sa ministre de la santé pour son projet de loi HSPT (hôpital, santé, patients et territoire), son chantage public au soutien à ses réformes, confirme qu’il n’y a pas contradiction entre politique sécuritaire et politique de réduction des moyens pour la santé et le social. De plus, il semble aussi mettre fin à la psychiatrie de secteur comme psychiatrie généraliste dans la communauté comme les textes sur la nouvelle gouvernance le laissaient prévoir.

Que de vigilance obligée, que d’énergie perdue pour défendre les moyens existants face au bulldozer administratif et comptable. Pour les internés, nous savons : des moyens pour des cellules d’isolement, des unités pour malades difficiles, des vigiles et des caméras de surveillance. Pour les personnes qui seront soumises au traitement psychiatrique ambulatoire contraint (et elles seront beaucoup plus nombreuses que l es « sorties d’essai » prévues par la loi du 27 juin 1990) : Pour faire quoi et comment en dehors de la contrainte à la compliance des patients et d’une carcéralité ambulatoire, y compris pour des personnes n’ayant jamais fait l’objet d’une mesure de placement? Quels seraient les critères pour prendre une telle mesure ? La question de la levée d’une telle mesure fait également problème : la guérison ?

Que nous soyons contraints de répéter une fois de plus qu’il n’y a pas à assimiler crime ou délinquance et « maladie mentale », dangerosité et « maladie mentale », nous blesse professionnellement et politiquement au regard des décades de luttes et de pratiques de progrès dans le champ de la santé mentale. Que nous soyons contraints de répéter qu’il n’y a pas de risque zéro, que les politiques dites de « tolérance zéro » (pas davantage que les politiques de « défense sociale ») n’éliminent la dangerosité sociale, nous fait craindre que nous tendions —loi d’attaque sociale après loi d’élimination, outrances policières ou politiques après outrances policières ou politiques— au système décrit et dénoncé par Hannah Arendt : Le totalitarisme ne tend pas à soumettre les hommes à des règles despotiques, mais à un système dans lequel les hommes sont superflus (in Les origines du totalitarisme). Le type de pouvoir exécutif à l’œuvre ne laisse rien échapper, intervient sans cesse sur les professionnels pour les sanctionner et les corriger au moindre accident. Il conduit ceux-ci à l’excès de zèle pour prévenir les risques de ce qui n’est même plus excusé en tant que « bavures » ; au mieux, nous avons droit aux phrases compassionnelles du chef de l’Etat. La banalité du mal s’installe en même temps que les scandales s’accumulent : pour les « sans papiers », il faut faire du chiffre ; pour éduquer les collégiens contre la drogue, il faut faire une descente musclée de gendarmes ; pour que « justice soit faite », il faut l’affaire consternante du journaliste de Libération ou encore la menace de centres de rétention pour sdf récalcitrants.

Il ne s’agit donc guère de sagesse populaire et de  vertu républicaine, mais bien d’une idéologie populiste et d’une politique sécuritaire dangereuses, qui dans le même temps poursuivent au pas de course la démolition des services publics et une politique de santé entrepreneuriale et de paupérisation.

Nous nous déclarons opposants résolus à cette idéologie et à cette politique. Nous déclarons que nous continuerons d’y résister concrètement et solidairement. Nous appelons tous ceux qui agissent à élaborer un manifeste constituant d’un front du refus ".

Contact : cedep.paris@wanadoo.fr

Signataires (à la date du 9 décembre 2008) :

Sophie Baron – Laforet, psychiatre praticien hospitalier, vice-présidente de l’ARTASS

Francine Bavay, vice présidente de la région Ile de France en charge des solidarités et du développement social – les Verts

Alain Buzaré, psychiatre praticien hospitalier, Angers

Alain Chabert, psychiatre responsable de service, Chambéry

Franck Chaumon, psychiatre praticien hospitalier, psychanalyste, Paris

Jean Danet, universitaire, Nantes

Gilles Devers, avocat, Lyon

Claude Olivier Doron, philosophe et anthropologue de la santé, Université Paris VII

Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des Droits de l’Homme

Hélène Franco, secrétaire générale du syndicat de la magistrature, juge pour enfants à Bobigny

Dominique Friard, vice-président du Serpsy, cadre de santé

Jean Furtos, psychiatre responsable de service, Directeur scientifique de l’ORSPERE / ONSMP

Claire Gekiere, psychiatre responsable de service, Union Syndicale de la Psychiatrie

Serge Klopp, cadre de santé, militant du PCF, Paris

Pénélope Komites, adjointe au maire du XIIème arrondissement en charge de l’action sociale – les Verts

Anik Kouba, psychologue clinicienne, Clichy sous bois-Montfermeil, CEDEP

Olivier Labouret, psychiatre responsable de service, Toulouse

Jean Claude Laumonier, responsable santé de la LCR, cqdre de santé retraité

Christian Laval, sociologue, Lyon

Anne-Marie Leyreloup, présidente du Serpsy

Claude Louzoun, psychiatre praticien hospitalier, président du CEDEP ; Union syndicale de la psychiatrie

Jean-Pierre Martin, psychiatre praticien hospitalier, vice-président du CEDEP ; Union syndicale de la Psychiatrie

Jacques Michel, professeur à l’Institut des sciences politiques, Lyon

Marie Napoli, présidente de l’Union Syndicale de la psychiatrie

Pierre Paresys, psychiatre responsable de service, Lille

Serge Portelli, vice-président du tribunal d’Evry, syndicat de la magistrature

Marie Rajaplat, vice-présidente du Serpsy

Pauline Rhenter, politologue, Groupe de recherches en sciences sociales Ville et santé mentale, Paris

Jean Vignes, secrétaire Fédération Sud santé sociaux


[1]  Certains d’entre nous sont parmi les acteurs, soutiens et signataires des déclarations, pétitions, actions —dont la dernière en date : Non à la perpétuité sur ordonnance— contre les lois et actes liberticides qui ont cours en continu à l’heure actuelle.


 

DISCOURS DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

L’HOSPITALISATION EN MILIEU PSYCHIATRIQUE

Antony – Mardi 2 décembre 2008

Madame la Ministre, chère Roselyne,

Monsieur le Président du conseil général,

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Monsieur le Préfet,

Mesdames, Messieurs,

C’est la première fois, qu’un Président de la République rend visite au personnel d’un hôpital

psychiatrique. Je n’en tire aucune fierté personnelle. Je considère que faisant cela, je ne fais que mon devoir. Parce que vous accomplissez chaque jour une oeuvre remarquable au service de la société et si vous n’étiez pas là, bien peu nombreux seraient les volontaires pour faire votre travail. Vous travaillez dans un environnement rude pour prendre en charge des patients qui peuvent ne pas accepter les soins. Votre rôle est de guérir les maux de l’âme, les souffrances mentales qui sont sans doute les plus mystérieuses et les plus difficiles à traiter. Vos moyens d’agir, ce ne sont pas les IRM, les blocs opératoires, les prothèses : ce sont vos paroles, votre savoir faire dans la relation avec le patient, les

médicaments aussi.

Votre exercice professionnel et votre pratique sont à la fois riches et complexes. Votre métier, j’en suis bien conscient, comporte des risques. Votre travail vous apporte de grandes satisfactions quand un malade va mieux. Mais il y aussi l’agressivité, la violence, les réadmissions fréquentes de tous ces patients dont vous vous demandez si la place est bien ici. Je comprends fort bien que, certains jours, les difficultés de votre métier vous pèsent. Ces jours-là, quand vous ressentez ce poids, vous devez aller puiser dans l’amour de votre travail, la solidarité de vos collègues, la force de continuer.

Médecins, psychologues, infirmières, aides-soignantes, techniciens, agents de service, personnels administratifs en milieu psychiatrique, il n’y a aucune raison de cacher votre métier, vous êtes indispensables à la société, le rôle du chef de l’Etat, c’était d’abord de dire aux Français : regardez ces professions dont nous avons besoin. De tous les soignants, vous êtes sans doute ceux qui connaissent le plus intimement vos patients. Vous prodiguez des soins au long cours à des personnes qui, pour guérir, doivent pouvoir s’ouvrir à vous et aux autres. Etablir une relation personnelle entre vos patients et vous, c’est la clé. C’est ce qui fait l’extrême exigence de votre rôle. C’est ce qui en fait également sa noblesse.

J’ai voulu vous rendre hommage à vous, les personnels de l’hôpital psychiatrique, qui fait finalement peu parler de lui, l’hôpital psychiatrique qui est souvent incompris, l’hôpital psychiatrique qui est rarement reconnu. Lorsque l’on parle d’établissements d’excellence, on parle bien souvent d’autres établissements que des vôtres.

Comme notre société a besoin de vous, nous devons nous engager pour que l’on parle de vos établissements autrement qu’à l’occasion de faits divers qui mettent en cause les patients qui vous sont confiés. A mes yeux, ces faits divers ne remettent nullement en question votre compétence, votre dévouement, et les services que vous rendez à la société. Mais ces faits divers doivent nous interroger tous, moi compris, sur les lacunes que peut révéler notre système d’organisation et de fonctionnement de la prise en charge. Surtout lorsque des drames ne peuvent pas être imputés à la seule fatalité. C’est vraiment la maladie de notre temps, de tout expliquer par la fatalité : tout, la crise, les problèmes.

Non, C’est trop simple. On ne peut pas simplement dire : c’est la fatalité. Pourquoi être responsable si la fatalité explique tout ?

Vous vous souvenez tous du meurtre, dont on me parlait il y a quelques instants, commis il y a quelques jours à Grenoble sur une personne de 26 ans par un malade qui avait fugué de l’hôpital psychiatrique de Saint-Egrève. Je veux adresser mes pensées à la famille de ce jeune homme. Et vous dire que j’ai été choqué par cette affaire. Voilà une personne –je veux dire le futur meurtrier- qui avait déjà commis plusieurs agressions très graves dans les murs et hors les murs ! Voilà une personne éminemment dangereuse qui bénéficiait pourtant de deux sorties d’essai par semaine ! Et j’entends dire que rien n’indiquait que cette personne pouvait à nouveau passer à l’acte, que rien n’avait été fait pour renforcer sa surveillance ? Et j’ai été choqué de ne pas entendre beaucoup de mots pour la famille de la victime.

Entendons-nous bien. La place des malades n’est pas en prison. Si on est malade, on va à l’hôpital. Et je trouve injuste la façon dont on parle, ou plutôt dont on ne parle pas, des hôpitaux psychiatriques.

Mon propos n’est pas de dire que la seule solution est l’enfermement. Surtout l’enfermement à vie. Mon propos n’est pas de dire que seuls comptent les risques pour la société et jamais le cas particulier du malade. Vous êtes du côté du malade mais si vous ne l’étiez pas, qui le serait ? C’est le rôle des praticiens. C’est le rôle des soignants que d’être en quelque sorte inconditionnels du malade et de sa guérison. Mais je ne peux pas, moi, me mettre sur le même plan. La Ministre ne peut pas se mettre sur le même plan. C’est dans la rencontre de nos deux responsabilités que l’on trouvera le bon équilibre.

Un schizophrène est, avant toute autre considération, une personne malade. Je mesure l’apport extraordinaire de la psychiatrie à la médecine d’aujourd’hui et la singularité de votre mission.

Il faut trouver un équilibre, que nous n’avons pas trouvé, entre la réinsertion du patient absolument nécessaire et la protection de la société. Dire cela ce n’est bafouer personne. Mon devoir c’est de protéger la société et nos compatriotes, de la même façon que les personnels. Parce que vous êtes les premiers au contact de cette violence éruptive, imprévisible et soudaine. L’espérance, parfois ténue, d’un retour à la vie normale, – j’ose le dire ici – ne peut pas primer en toutes circonstances sur la protection de nos concitoyens. Mettez-vous aussi à ma place. Je dois répondre à l’interrogation des familles des victimes que je reçois. Les malades potentiellement dangereux doivent être soumis à une

surveillance particulière afin d’empêcher un éventuel passage à l’acte. Et vous savez fort bien, mieux que moi, que des patients dont l’état s’est stabilisé pendant un certain temps peuvent soudainement devenir dangereux.

Cela pose la question des moyens. Il faut plus de sécurité et de protection dans les hôpitaux

psychiatriques. Cette protection, nous vous la devons d’abord à vous, qui êtes en première ligne. Aux familles, parce que les familles sont les premières à porter le risque quotidien de la dangerosité.

Je souhaite que plusieurs mesures soient mises en oeuvre à cette fin.

Nous allons d’abord, chère Roselyne BACHELOT, réaliser un plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques. Et la Ministre de la santé a dégagé 30 millions d’euros. Ces investissements serviront à mieux contrôler les entrées et les sorties des établissements et à prévenir les fugues. Quand un patient hospitalisé d’office sort du périmètre autorisé par son médecin, l’équipe soignante doit en être informée tout de suite. Certains patients hospitalisés sans leur consentement seront équipés d’un dispositif de géo-localisation qui, si cela se produit, déclenche automatiquement une alerte.

Ce système est déjà utilisé à l’hôpital, par exemple dans les unités qui soignent des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Cela permettra de rassurer les personnels et d’alléger leurs tâches.

Par ailleurs, au moins une unité fermée va être installée dans chaque établissement qui le nécessite.

Ces unités seront équipées de portes et de systèmes de vidéosurveillance pour que les allées et venues y soient contrôlées.

Enfin, nous allons aménager 200 chambres d’isolement. Ces chambres à la sécurité renforcée sont destinées aux patients qui peuvent avoir des accès de violence envers le personnel.

La création d’unités fermées et de chambres d’isolement supplémentaires est une mesure dont je veux souligner l’importance. Ce n’est pas à vous que je vais apprendre que certaines personnes malades sont plus agressives que d’autres ; que certains patients ne sont pas faits pour l’hospitalisation conventionnelle sans pour autant relever des unités pour malades difficiles. Il manque, entre les deux, une prise en charge intermédiaire. C’est précisément ce vide que viendront combler les unités fermées et les chambres d’isolement.

Pour les malades les plus difficiles, nous allons, là aussi, renforcer le dispositif de prise en charge. Quatre unités supplémentaires pour malades difficiles de quarante lits chacune vont être créées. C’est une mesure, qui doit permettre aux personnels de travailler dans les conditions les plus appropriées à la spécificité de certains malades. C’est 40 millions d’euros d’investissement et 22 millions d’euros de fonctionnement en plus car, naturellement, il faut le personnel qui va avec ces nouvelles places.

L’Etat investira 70 millions d’euros -30 pour la sécurisation des établissements et 40 pour les unités pour malades difficiles. Et je souhaite que l’on aille plus loin. J’ai annoncé une réforme sanitaire des procédures de l’hospitalisation d’office. J’ai bien conscience que ce sont des sujets qu’il n’est pas raisonnable pour un Président de la République d’évoquer, m’a-t-on dit.

Pourquoi se mettre là-dedans ? Tout le monde s’est cassé les dents. Je vais me mettre là-dedans parce que c’est indispensable. Et, justement, parce que c’est difficile, c’est mon rôle de ne pas me cacher et de ne pas fuir les problèmes difficiles. Le drame de Grenoble ne doit pas se reproduire.

J’ai demandé à Roselyne BACHELOT, qui a toute ma confiance, de préparer un projet de loi.

Alors, vous me direz que le placement d’office ne concerne que 13% des hospitalisations. Mais ce sont celles qui exigent le plus de précautions, ce sont les plus difficiles. Là encore, je pense qu’un meilleur équilibre entre la réinsertion absolument nécessaire et la sécurité est nécessaire. Entre le tout angélique et le tout sécuritaire, est-ce que l’on ne peut pas se mettre autour d’une table pour trouver le bon équilibre, raisonnable, entre gens de bon sens ? Il faut réformer l’hospitalisation d’office pour concilier la qualité des soins et la sécurité des personnes.

Nous allons d’abord instaurer une obligation de soins en milieu psychiatrique. 80% de vos patients sont pris en charge en ville. De même qu’il existe l’hospitalisation sans consentement, il faut qu’il y ait des soins ambulatoires sans consentement. C’est l’intérêt même du patient et de sa famille.

L’obligation de soins doit être effective même en cas d’absence ou de défaut de la famille. On ne peut pas laisser seul un patient qui a un besoin manifeste de soins et qui peut, parfois, refuser de s’y soumettre.

Je connais bien le principe : nul ne peut être soigné sans son consentement. Encore faut-il que son consentement soit lucide. Vaste débat, me direz-vous, mais j’ai des obligations de résultats vis-à-vis de la société. Peut-on laisser des gens qui ont besoin d’être soignés sans être soignés, simplement pour la liberté qu’ils peuvent avoir de se détruire ? Ayons ce débat.

Moi je pense que c’est de la non assistance à personne en danger. Mais j’accepte bien volontiers qu’on discute, mais discutons-en vraiment, allons jusqu’au bout de la discussion. Les sorties de patients, absolument indispensables, doivent être davantage encadrées. La décision d’autoriser une personne hospitalisée d’office à sortir de son établissement ne peut pas être prise à la légère. Je ne dis pas qu’elle est prise à la légère. Vous avez des convictions j’en ai aussi. Je dis que la décision de sortie est une décision qu’on ne peut pas prendre à la légère. Elle ne l’est pas, tant mieux.

Mais allons plus loin, c’est une décision qui est lourde de conséquences. Je réfléchis à un système ou le préfet doit prendre ses responsabilités. Pourquoi le préfet ? Parce que c’est le représentant de l’Etat. En cas de sortie d’essai ou définitive, il doit y avoir un avis rendu par un collège de trois soignants : le psychiatre qui suit le patient, le cadre infirmier qui connaît la personne, ses habitudes et un psychiatre qui ne suit pas le patient. Et les psychiatres libéraux doivent pouvoir en faire partie. L’exercice collégial est la clé de la réforme. L’avis des experts est indispensable, mais je veux poser la question les experts. Les experts donnent leur avis mais la décision, ce doit être l’Etat, ou dans certains cas la

justice, mais pas l’expert. Je ne suis pas pour une société d’experts : les experts en comptabilité, les experts en bâtiment, les experts en médecine, les experts encore toujours.

Mais il y a un Etat, une justice, qui doivent trouve un équilibre entre des intérêts contradictoires et des points de vue contradictoires. Et le patricien doit pouvoir donner son avis de patricien : à son avis, cette personne est-elle capable de sortir, en a-t-elle besoin pour être soignée. Cette appréciation là, cette conviction là, sont parfaitement nécessaires et respectables, mais il faut qu’elles soient confrontées à une autre appréciation, celle de celui qui a à garantir l’ordre public et la sécurité des autres. Et c’est dans la rencontre entre ces deux points de vue, le point de vue de celui qui soigne le patient et le point de vue

de celui qui a la charge de l’ordre public qu’on peut trouver le bon équilibre. Et le préfet est là pour représenter l’Etat.

Je ne veux plus que les préfets décident de façon aveugle, automatique. Quand il y a un drame, chacun se renvoie la responsabilité et au fond trop de responsables tuent la responsabilité. Je veux qu’ils engagent leur responsabilité en connaissance de cause

Enfin, le Gouvernement s’assurera que les informations administratives sur les hospitalisations d’office soient partagées entre tous les départements avec un secret médical respecté de la façon la plus stricte.

Je voudrais vous dire que l’hôpital psychiatrique, c’est, à mes yeux, d’abord et avant tout d’un hôpital.

Il faut une grande ambition pour nos établissements psychiatriques qui doivent être considérés comme une composante à part entière du service public de l’hospitalisation. Je souhaite que vous soyez davantage concernés par la réforme de l’hôpital et mieux impliqués dans sa mise en oeuvre. Cette réforme, elle est aussi faite pour vous.

Et si la question de l’organisation et des ressources de l’hôpital psychiatrique se pose, alors nous devons, avec votre ministre, la poser sans tabou. Et c’est pour moi une priorité.

Grâce au plan de santé mentale 2005-2008, les moyens de fonctionnement alloués au secteur public ont progressé d’un peu plus d’un milliard d’euros entre 2004 et 2008. 3 000 postes de médecins et de soignants ont été créés. Le nombre de lits d’hospitalisation est resté stable depuis 2004, alors même que la prise en charge ambulatoire s’est développée, ce qui est heureux.

Un plan d’investissement important, en plus de celui que je viens de vous annoncer, est en cours. 342 opérations de modernisation doivent être réalisées entre 2006 et 2010 pour un montant total d’1,5 milliard d’euros.

Je le dis au ministre de la Santé, s’il apparaît qu’il faut investir davantage, nous investirons davantage. S’il faut accélérer certains projets, nous les accélérerons. J’y suis prêt. Mais je le dis aux praticiens que vous êtes, des moyens supplémentaires, oui, mais des réformes aussi : les deux vont de pair. Des moyens supplémentaires au service d’une politique de réforme : pas d’immobilisme dans ce secteur non plus.

Il faut que l’hôpital psychiatrique – allez, j’ose le mot – ait un patron, et un seul, qui ait le pouvoir de dire oui, de décider et d’agir. Il faut aussi que l’hôpital psychiatrique coopère davantage avec les autres acteurs de l’offre de soins, pour mieux gérer les urgences et pour rendre le parcours du patient plus fluide. Il est enfin important, essentiel, d’accroître l’attractivité de vos métiers et de vos carrières.

C’est un problème majeur dans notre pays. Vous avez un pays passionnant mais extrêmement exigeant. Il faut que l’on renforce l’attractivité de vos métiers et de vos carrières, tout en développant les passerelles avec les autres établissements de santé pour qu’il n’y ait pas de ghetto. Je vois bien les avantages de la spécialisation mais je crains la ghettoïsation, tellement facile dans notre pays.

Permettez-moi d’adresser un message particulier aux directeurs d’hôpitaux, qui sont au coeur de la réforme de l’hôpital que j’ai voulue avec Roselyne BACHELOT. Je leur fais confiance. J’ai de l’estime pour le travail remarquable qui est le leur. Mais pourquoi dis-je qu’il faut un patron à l’hôpital ? Parce qu’aucune structure humaine ne peut fonctionner sans un animateur. Et à l’hôpital, il y a tant d’intérêts contradictoires et de tensions. On est dans un système où tous peuvent dire non, personne ne peut dire oui. Celui qui a le plus petit pouvoir peut empêcher de faire une petite chose.

Mais celui qui a le plus grand pouvoir ne peut pas permettre de faire une petite chose. Le pouvoir de dire non, en fait, existe et le pouvoir de dire oui, non. Parce que chaque pouvoir équilibre l’autre dans un mouvement de paralysie quasi-générale. Je préfère de beaucoup qu’il y ait un vrai animateur, un vrai patron animateur et responsable, qui écoute tout ce qu’on lui dit, je pense notamment aux avis indispensables des médecins, qui prend des décisions et qui assume les responsabilités si cela ne va pas. C’est un système clair.

Vous le voyez, il n’est pas question que la psychiatrie soit oubliée ou négligée. Notre pays a besoin d’une hospitalisation psychiatrique qui soigne et guérit, une hospitalisation psychiatrique en progrès, où le bien-être des malades et des personnels doit être pris en compte et amélioré. Nous avons besoin d’une hospitalisation psychiatrique qui protège, et en même temps qui soit plus transparente. Ce n’est pas mystérieux ce qui se passe ici. Il ne faut pas avoir peur de la psychiatrie et de l’hôpital psychiatrique. C’est un besoin. C’est une nécessité. Et le fait que j’ai voulu venir ici, c’est pour montrer aux Français qu’ici il y a des femmes et des hommes qui travaillent avec passion, avec compétence, avec dévouement et qu’on a besoin d’eux. On n’a pas besoin de changer de trottoir quand on passe à côté d’un hôpital psychiatrique. La maladie psychiatrique, cela peut arriver à tout le monde

dans toutes les familles.

Par ailleurs, et je terminerai par cela, c’est trop important pour qu’on ait des débats d’école, de secte, d’idéologie. Il n’y a pas d’un côté ceux qui ont raison sur tout, moi compris, et ceux qui ont tort de l’autre côté sur tout. Il y a une nécessité de progresser. Des moyens supplémentaires, mais aussi une réforme. Une réforme pour que vous puissiez travailler mieux et que nous ayons moins de drames, comme ceux que nous avons connus. Parce que les premiers qui sont traumatisés, c’est le personnel, ce sont les médecins, dans un cas comme dans l’autre.

Voilà, Mesdames et Messieurs, j’espère que vous avez compris, pour moi, ces quelques heures passées dans votre établissement, ce n’était pas une visite comme les autres. Je voudrais vous dire combien je respecte le travail qui est le vôtre et le choix de carrière qui a été le vôtre. Parce que, j’imagine que, y compris dans votre entourage familial et personnel, il doit falloir passer du temps pour expliquer ce que vous faites et pourquoi vous le faites avec tant de passion. Et enfin, je comprends parfaitement que le malade est une personne dans toute sa dignité et que sa maladie ne fait que le rendre plus humain

encore, qu’un hôpital ne sera jamais une prison. Mais en même temps, des malades en prison, c’est un scandale. Mais des gens dangereux dans la rue, c’est un scandale aussi. Je veux dire les deux choses et qu’on ne vienne pas me dire que c’est un cas de temps en temps. Parce que si c’était nous, un membre de notre famille, on ne dirait pas cela. Donc, il va falloir faire évoluer une partie de l’hôpital psychiatrique pour tenir compte de cette trilogie : la prison, la rue, l’hôpital, et trouvez le bon équilibre et le bon compromis.

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie de votre attention et de votre accueil.

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