Le comique signe la présence de l’objet

Regardez les séquences de la répétition de l’opéra « Mme Butterfly » au moment de son suicide (avec Roberto Alagna, Histoire d’opéras, Madame Butterly, Sttatsoper de Munich (2012), documentaire diffusé sur Arte le 01 12 2013).

On voit l’une de ses collègues attendre son cri, puis son voisin lui faire un signe : c’est bon ! C’était bien ! Bravo mon gars ! Un moment hilarant alors qu’il s’agit d’un suicide tragique !

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« Travailler à en mourir », le documentaire

« Travailler à en mourir », Infrarouge, émission du 10 février 2011. Documentaire réalisé par Paul Moreira. Produit par Premières Lignes Télévision rue Charlot Production. Avec la participation de France 2.

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Documentaire. Réalisé par Paul Moreira. Produit par Premières Lignes Télévision rue Charlot Production. Avec la participation de France 2.

« Qu’est ce qui détruit les hommes dans le monde de l’entreprise ?… Cette question,
nous voulions que ce soit d’abord les salariés qui y répondent. Ceux qui avaient plongé dans la dépression, frôlé le geste ultime du suicide, ceux que le stress avait usés jusqu’à la maladie. Pour remonter aux racines du mal, ce documentaire a raconté l’histoire d’hommes et de femmes qui ont travaillé dans trois secteurs industriels particulièrement pathogènes : la banque, les plateformes téléphoniques et la sidérurgie. Travailler à en mourir montre comment certaines méthodes de travail ont un pouvoir bien plus destructeur que celui de petits chefs aux manières autoritaires. Où l’on découvre que ce sont plus souvent des mécaniques, des technologies, des modes d’organisation, qui rendent malades. Dans le monde de la banque, les concentrations de ces dernières années ont bouleversé les méthodes de management et soumis leurs employés à une pression inconnue jusqu’alors. Les salariés qui ne s’adaptent pas deviennent des perdants. Nous avons rencontré deux d’entre eux : Jean-Marc et Roger. La révolution numérique a libéré des forces créatives mais dans les plateformes téléphoniques, elle a aussi multiplié les capacités de contrôle. Claudia parlait trente secondes de trop en moyenne. Trente secondes qui sont devenues un cauchemar. Contrats à durée déterminée. Intérim. Soustraitance. A la marge des grandes entreprises, les travailleurs précaires sont les premières victimes de la réorganisation du travail. Ils sont ceux sur lesquels
tombent toute la pression de l’urgence. Des dégâts d’autant plus terribles qu’ils sont difficilement repérables. Voire invisibles. Rudy et Jean-Luc était précaires dans la métallurgie. L’un est mort d’arrêt cardiaque après 21 heures de travail, l’autre est dans le coma. Travailler à en mourir explore une zone grise du salariat, un lieu l’angoisse où des logiques nouvelles broient des hommes et des femmes. Plus qu’une enquête, ce film est une dissection. Journalistes Virginie Roels et Sandra Fréquelin ».

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Dossier de France 2

Derrière l’Ukraine et les USA, la France est le troisième pays où les dépressions au travail sont les plus nombreuses. A travers trois secteurs professionnels – la banque, les plateformes téléphoniques, la sidérurgie –, le réalisateur Paul Moreira dissèque ces méthodes de travail, de management, d’organisation au pouvoir destructeur. Devant la caméra, les témoignages d’hommes et de femmes écrasés, usés, brisés par leur vie professionnelle.Travailler à en mourir, un documentaire Infrarouge poignant et alarmant.

« Si je reprends le travail, le soir même, je suis hospitalisé » ; « J’ai fait un malaise dans le magasin parce qu’ils m’ont licenciée » ; « Je préfère mourir que d’y retourner »… Des mots échappés d’un sanglot. Au service de pathologie professionnelle de l’hôpital de Créteil, les salles d’attente ne se désemplissent pas. En quatre ans, les consultations pour souffrance au travail ont même été multipliées par trois. Une augmentation significative, symptomatique d’un mal épidémique qu’aucune étude statistique globale ne permet aujourd’hui de réellement quantifier. Le corps médical alerte. L’actualité (la série de suicides au sein de la société Renault) parle d’elle-même. Pour beaucoup de salariés, l’entreprise est devenue un lieu de souffrance, le travail un univers anxiogène, parfois destructeur. Si le harcèlement au travail a souvent été pointé du doigt, les nouvelles méthodes de travail, d’organisation et de management méritent elles aussi d’être mises en accusation.

Les blessés de la finance
Immersion dans l’univers de la banque où règne le culte de l’objectif, du rendement à tout prix. « J’ai été frappé par l’émergence d’une vocabulaire guerrier, explique Paul Moreira.Dans cette guerre, ceux qui échouent doivent faire face à leur honte ». Ici, pour être efficace, le salarié doit apprendre à devenir agressif, quitte à oublier sa propre nature. Pour l’aider, des stages de motivation au cours desquels il se retrouve spectateur d’un bien étrange folklore : différentes mises en situation professionnelles – succession de saynètes sordides et caricaturales – jouées par les managers de la boîte. Pour Jean-Marc, conseiller en gestion de patrimoine, le message est rude : « On ridiculisait la manière dont j’avais toujours travaillé ». Une dévalorisation professionnelle amplifiée par de nouvelles procédures : communication par écrans interposés, agenda géré à distance… « J’avais l’impression qu’il y avait une espèce de système anonyme qui me broyait et que les hommes ne me reconnaissaient plus ». Et celui qui ne parvenait même plus à s’asseoir à son poste de travail finit par s’ « écrouler » lors d’une visite médicale annuelle. Jean-Marc est déclaré inapte au travail. Définitivement. Au sommet de l’échelle hiérarchique, même pression. Quand on demande à Roger, manager, de « traiter les gens à coups de pieds au cul », l’homme, à bout, est victime d’une crise d’angoisse. Aujourd’hui encore, il se sent incapable de reprendre une activité professionnelle. Pour Michel Francoz, psychiatre, les patients font preuve d’une « hypersensibilité, une hyperémotivité, décrites comme des états de stress post-traumatiques, comme après un attentat, une guerre. On retrouve les mêmes symptômes. »

Sous totale surveillance
Claudia, ex-téléopératrice d’un grand groupe de téléphonie mobile, a frôlé la mort de très près quand elle a tenté de mettre fin à ses jours sur son lieu de travail. « Je ne voulais pas mourir mais m’effacer », confie-t-elle à la caméra de Paul Moreira. Un passage à l’acte alarmant quand on sait qu’une étude médicale a récemment révélé que, dans les centres téléphoniques, un salarié sur trois serait en détresse psychologique. Pour Claudia, tout a commencé à cause d’un dépassement moyen de 30 secondes dans ses temps de communication. « C’est très déstabilisant de se savoir écoutée à n’importe quel moment, quand on sait qu’on est dans le collimateur, la faute se trouve toujours ». Dans une ambiance de total espionnage, la surveillance est permanente : contrôles des ventes en cours, temps de pause chronométrés, communications écoutées par un superviseur… lui-même surveillé à distance !

Les invisibles de la précarité
Les travailleurs précaires sont les premières victimes de la réorganisation du travail. L’un des ouvriers d’une des sociétés de sous-traitance présentes sur les chantiers d’un géant de la sidérurgie à Dunkerque témoigne : « ils gardent les postes stratégiques. Tout ce qui est travail de saleté, de chaleur, poussières, c’est sous-traité. Le matin, l’après-midi, la nuit… C’est des postes supplémentaires quand on est au repos…Quand ils ont besoin, ils appellent (…) Ca me bouffe les nerfs », ajoute-il. Les intérimaires, une population salariale plus flexible, docile aussi, car non syndiquée… Cette flexibilité, Jean-Luc Pruvost en a fait les frais. Victime d’une crise cardiaque, l’homme est plongé dans le coma depuis un an et demi. Un accident survenu alors qu’il était censé être au repos… En attente d’un CDI, l’homme acceptait les heures sans rechigner dans l’espoir de se faire un jour intégrer. C’est chose faite aujourd’hui. Un rêve contraint, un peu tard, par l’inspection du travail…

par Céline Boidin-Lounis

Ce qui manque au champ de l’Autre

Etudier un roman 1 est une excellente façon d’étudier le suicide quand on voit comment Lacan a su tirer avantage de Hamlet dans « Le désir et son interprétation 2 ». Déjà, dans ce séminaire, Lacan élabore le suicide comme un « suprême effort de don » du phallus à l’idole, le grand Autre qui a ce dont le sujet manque. Pour Hamlet en l’occurrence, c’est un suprême effort de don à sa mère.

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Les insuffisances des quartiers disciplinaires quand au suicide en prison

Le rapport du Dr Albrand est très attendu. Avant cela, le ministère « communique » en forme de bulletin de « victoire »: un bilan « positif » selon lui ! Il veut « humaniser » les quartiers disciplinaires. Mais en quoi le principe des quartiers pourrait-il être humain ?

Suicide en prison : un rapport regrette des « insuffisances »

Alain Salles, Le Monde, 22 01 2009

hargé d’une mission sur le suicide en prison par le cabinet de Rachida Dati, le docteur Louis Albrand estime qu’« il existe des insuffisances dans le dispositif mis en place par l’administration pénitentiaire ». Tout en parlant de « bilan globalement positif », il déplore « l’absence encore trop fréquente de définition d’un véritable plan individualisé de protection active de la personne détenue suicidaire ». Selon lui, le placement sous surveillance spéciale « consiste en fait essentiellement à des rondes supplémentaires qui peuvent se révéler dans certaines situations plus anxiogènes que protectrices ».

Le docteur Albrand a fait ces constats dans un pré-rapport de novembre 2008, dévoilé par Libération du 22 janvier et dont Le Monde a eu connaissance. Il doit remettre la version finale de son rapport à la fin du mois. Le nombre de suicides continue à augmenter, avec 115 morts en 2008 et 14 morts depuis le début de l’année, selon l’Observatoire international des prisons.

MANQUE DE MOYENS ET DE VOLONTÉ

En 2003, le psychiatre Jean-Louis Terra avait fait dix-sept recommandations qui ont commencé à être mises en œuvre par l’administration pénitentiaire. Le nombre de suicides a d’ailleurs baissé en 2006 et 2007.

Mais le docteur Albrand constate que plusieurs recommandations n’ont pas été appliquées. La mise en place d’un recueil d’informations à partir du moment où une personne à comportement suicidaire est placée en garde à vue s’est heurtée à la résistance de la police. L’administration pénitentiaire n’a pas mis en œuvre un placement des détenus suicidaires en cellule sécurisées, pendant soixante-douze heures, plutôt qu’en quartier disciplinaire, faute de moyens et de volonté du personnel. Idem pour une expérience de formation de certains codétenus, une information auprès des médias et une expérimentation de la vidéosurveillance.

Louis Albrand constate que la grille d’évaluation du potentiel suicidaire n’est utilisée que dans 48,7 % des cas. Dans les deux tiers des cas, il n’y a pas de surveillance spéciale avant et après le procès du détenu, notamment en maison d’arrêt, alors que ce sont des moments où il est fragilisé. La suppression des points d’accroche – alors que 95 % des suicides ont lieu par pendaison – n’est réellement effective que dans les nouveaux établissements, car cela « nécessite un budget conséquent ».

Le pré-rapport préconise « une prise en compte plus globale de la personne détenue (ses relations familiales, ses activités, un travail ou une formation qui pourraient l’occuper) ». Il propose aussi de mettre en place un système d’échanges d’informations, « accessibles aussi en dehors des heures ouvrables » pour associer « véritablement » les familles qui pourraient faire part de leurs inquiétudes par le biais d’un numéro vert, par exemple. Il suggère de diminuer le recours au quartier disciplinaire, « en privilégiant des mesures alternatives à la cellule disciplinaire, mais aussi en faisant des quartiers disciplinaires des lieux d’exécution d’une sanction plus humanisée ».

Dans un bilan sur les suicides de 2008, l’administration pénitentiaire indique que 71,56 % des personnes qui se sont suicidées avaient été repérées comme suicidaires : « Pour ces personnes, des mesures spécifiques de suivi ont été mises en place, mais pas forcément un plan de protection complet », reconnaît l’administration pénitentiaire.

Alain Salles