A dangerous method, soirée débat le 30 janvier 2012, au cinéma Métropole à Lille, 20 h 00

Le film de David Cronenberg, « A dangerous method », est un film important.

D’abord, le travail de Cronenberg paraît considérable avec, sans doute, derrière ce film, pas mal de lectures et de documentation, tout ce travail paraît exact (1). On voit les échanges de courrier dans le trio Freud, Jung et Spielrein, reconstitué assez habilement.

Ensuite, à propos de sexe, nous voyons une scène assez piquante. Jung, tout en reconnaissant la découverte de Freud, l’importance de la sexualité dans les névroses, s’évertue à échapper à ça où à le contourner. C’est très bien rendu par ce film.

Un jour, on voit Jung et Sabina se promener. Jung lui explique que, bien sûr la sexualité, c’est important, merci à Freud de le démontrer mais, tout compte fait, n’y aurait-il quand même pas moyen de découvrir des facteurs de la névrose qui ne soient pas exclusivement sexuels ? La réponse de Sabina est claire et nette. Elle lui dit : « et pourtant, dans mon cas, c’était bien à cause de la sexualité ! » Dit comme ça, c’est convainquant et sans appel !

Et finalement, c’est ce point que nous ne rappelons peut-être pas assez et qui s’avère crucial. Le psychanalyste commence par se mettre en cause soi. Avant d’envisager de devenir analyste, chaque analyste s’est investi dans sa propre analyse. Là dessus, il n’y pas d’échappatoire possible, ce que nous montre Sabina.

Et c’est aussi par une sorte d’honnêteté par rapport à soi-même que nous pouvons avancer le mieux dans la science. En effet, la thèse de médecine de Sabina était en réalité son propre cas clinique. Sa théorie de la dissolution de soi dans l’amour, la tendance à la destruction citée dans ce film, c’est d’abord dans l’analyse que Sabina l’a expérimenté.

Alors, venez en discuter à la soirée débat de l’Aleph !

Cela va être passionnant !

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1 – pour s’en rendre compte, il suffit de consulter le livre intitulé « Sabina Spielrein : entre Freud et Jung », paru chez Aubier en 2004, d’après un dossier découvert par Aldo Carotenuto et Carlo Trombetta, l’édition française étant assurée par Michel Guibal et Jacques Nobécourt


La psychanalyse pense l’instinct au contraire de le « glorifier »

Marie Bonaparte rappelle une idée fondamentale à propos de la psychanalyse. La psychanalyse tourne le dos au nazisme.

L’une des premières psychanalystes en France, une pionnière à sa façon, s’est exprimée à la mort de Sigmund Freud, le 4 octobre 1939, au moment où la violence explose en Europe. Et elle nous rappelle avec simplicité quelques évidences. Des choses qu’il s’agirait peut-être de ne pas oublier et sur lesquelles Michel Onfray ne semble pas vouloir porter sa haute et claire attention philosophique :

  • Les conquêtes de l’esprit sont plus hautes que les actions de force et de puissance
  • La matière étudiée par la psychanalyse est l’instinct
  • Les instruments de cette étude sont la raison, l’investigation et la connaissance
  • la psychanalyse étudie l’instinct (Freud) au contraire de le « glorifier » (Onfray)

Mais, mieux vaut lire Marie Bonaparte que la commenter :

« J’ai, depuis l’enfance, appris à estimer plus haut que les actions de force et de puissance les conquêtes spirituelles » (…),« or, le laboratoire où Freud accomplit ses découvertes, en est-il de plus magnifique : l’âme humaine, l’âme de nous tous, aux secrets jusqu’à lui inexplorés ? » (…) « La matière étudiée par Freud : les instincts, les forces animales, barbares, sexe et agression, hantant le tréfonds de nous tous, ainsi que leurs transformations. L’instrument d’investigation : la raison, notre raison spécifiquement humaine aboutissant, par cette investigation et par la connaissance, à la maîtrise justement de ces forces archaïques. Or le public confond souvent la matière avec l’instrument et il s’est même trouvé hier un journaliste français pour accuser Freud d’avoir “ glorifié ” l’instinct et par-là préparé l’avènement du nazisme ! Hélas ! parmi les persécutés par le barbare credo pangermaniste actuel, Freud fut l’un des plus visés parce que l’un des plus grands »,

Marie Bonaparte, La mort de Freud (1939), Marianne, mercredi 4 octobre 1939


Marie Bonaparte et la sexualité féminine…

lemel.1284712652.jpgMarie Bonaparte a pris une part majeure dans le développement de la psychanalyse en France. Mais, ses théories n’ont pas toutes fait l’unanimité, loin de là ! Si bien que le livre de Lemel est un atout pour comprendre les débats qui ont déchiré les analystes d’avant guerre. En particulier, le conflit qui a opposé Marie Bonaparte, Mélanie Klein et Anne Freud, sur la sexualité féminine.

La sexualité selon Marie Bonaparte

Par Alain Rubens, lexpress, le 22 09 2010, dans un essai remarquable, Alix Lemel éclaire les théories freudiennes sur la sexualité féminine

sur Amazon

« Les 200 clitoris de Marie Bonaparte, voilà qui ne manque pas d’air. En 1924, la princesse Marie Bonaparte (1882-1962) signe un article médical où elle avance, à partir d’un improbable échantillon de deux cents femmes, les raisons purement anatomiques de la frigidité. Le clitoris serait trop éloigné du vagin pour permettre l’orgasme total. La chirurgie fera l’affaire. Un vague délire scientiste ? Marie Bonaparte, c’est l’égérie de la psychanalyse française. De sa rencontre avec Freud à la mort du vieil homme qu’elle a aidé à quitter la Vienne des années noires. Marie aime Jack l’Eventreur, le Vampire de Düsseldorf et les amants louches. Filouterie et armes blanches. C’est une femme volontaire et décidée à n’être point victime.

Dans sa conception inaugurale de la sexualité, Freud ne décrit pas, il légifère. Injonction est faite à la femme d’abandonner le clitoris, simple “pénis vestigial”, pour migrer vers l’orgasme totalement vaginal. C’est donc se placer sous la dépendance du plaisir de l’homme. Le 30 septembre 1925, Marie Bonaparte rencontre Freud, moins comme névrosée que comme femme combattante de l’ordre mâle. Dans ce cabinet feutré où trône le divan, la lutte s’engage contre Freud, le “Grand Exciseur” symbolique. Marie ne cède pas. En 1927, elle se rend en Suisse pour libérer son clitoris, au moyen d’une légère résection. Au total, trois opérations qui ne servent à rien.

Mais la lecture de La lettre volée d’Edgar Poe lui permet de jeter une clarté inattendue sur le passé de Freud. La princesse tient Freud par la barbichette, il n’a jamais admis qu’une femme en prenne à son aise avec la jouissance. Des choses cachées depuis la fondation de la psychanalyse. Un Freud aux abois vacillant sur le dogme vaginal face à une Marie qui ne s’en laisse pas conter. Etrange permutation des rôles. En 1926, devenue l’éminence du mouvement psychanalytique français, la princesse s’est rendue indispensable à un Freud contesté. En 1937, dans l’adieu fait au divan, “Analyse terminée, analyse interminable”, il consigne sa défaite devant le “continent noir”, cette grande énigme de la sexualité féminine. Un livre exceptionnel, lumineux, bien écrit et une critique de haute tenue qui tient la dragée haute à Freud ».


Freud et l’invention de la psychanalyse

Présentation de Sigmund sur Arte : http://archives.arte.tv/societe/psycho/ftext/cdr_flash.htm

L’invention de la psychanalyse, présentation du documentaire sur Arte : http://www.artepro.com/programmes/15218/presentation.htm

Freud l’histoire de la psychanalyse sur Youtube : http://www.dailymotion.com/video/xf23l3_sigmund-freud-l-histoire-de-la-psyc_webcam


Quelle serait la réponse de Freud à Onfray ?

Sigmund Freud ne manque pas de réponses à opposer à Michel Onfray. Du genre : « il s’agit de se faire sa propre opinion sur l’état véritable des choses »…. ou alors, « entendre l’autre son de cloche » (celui de l’analysant)….. Dans son livre, Onfray reproche à Freud de se livrer à une « invention littéraire » dans ses observations cliniques. Il n’en est rien, l’examen de la cure de Dora montre au contraire que ses rêves organisent une fiction par laquelle la souffrance est prise en compte, l’interprète, et lui permettent de se décider pour la voie à suivre. Ce qui suit est la version abrégé d’un texte rédigé en mai 2010, et publié in extenso sur le site de l’Aleph (cliquer sur ce lien)

Les « cartes postales »

Michel Onfray prétend que les observations cliniques de Freud sont des « inventions littéraires», que sous couvert d’un secret médical qu’il ne respecterait pas dans sa correspondance et dans ses discussions avec ses collègues, il transformerait la vision du monde de ses patients en fonction de ses « propres » obsessions, et que du fait qu’il mépriserait ses patients, il ne tiendrait pas compte de leur souffrance.

Je pense que cette « carte postale » Onfrayenne en dit long sur la pertinence de sa prose. Onfray ne comprend rien à la chose qui consiste à recevoir une personne en entretien, à la nature de la parole, le fait de parler à un analyste étant justement de permettre de tenir compte de la fiction amenée par les rêves. Onfray ne voit pas à quel point Freud a respecté le secret de ses patients, rigueur pour laquelle ses patients l’ont d’ailleurs remercié. Onfray ne voit pas non plus que le tact manifesté par Freud dans ses écrits, son exhaustion et sa précision sont justement le signe de la grande attention de Freud à l’égard de la souffrance de ses patients.

Dora s’en vient voir Freud

Parlons pour cela de Dora, soit Ida Bauer, dont l’histoire est commentée par Freud dans sesCinq psychanalyses, et discutée par Onfray, non sans grossières erreurs, ni déformations malveillantes.

L’article est publié en 1905, il est réédité en 1909, il est encore édité en 1923, avec de nombreux ajouts de Freud en notes de bas de page.

C’est le cas d’une fille vierge de dix-huit ans, amenée à Freud par son père, qui lui-même a été son patient pour des lésions syphilitiques, pour lesquelles il a réalisé un traitement médical et non pas psychanalytique.

Depuis l’âge de huit ans, elle souffre d’étouffements qui durent plusieurs mois. Puis, de toux nerveuses à partir de douze ans. Avec des migraines qui se sont arrêtées à seize ans, la toux continuant, accompagnée d’aphonie complète au moment où elle voit Freud, « sur l’ordre formel de son père ». Ses parents avaient lu une lettre d’adieu de leur fille, « disant ne plus pouvoir supporter la vie ».

En ces débuts d’entretiens, Freud est informé par le père de Dora que celui-ci est lié à Mme K qui est l’amie de Dora. Que deux ans auparavant, après une promenade, Dora accusa Mr K de lui avoir fait une déclaration que celui-ci « nia énergiquement », appuyé par sa femme qui accusait Dora de ne s’intéresser qu’au sexe et d’avoir même lu « La psychologie de l’amour » de Mantegazza, ce qui l’aurait « excitée », au point qu’elle aurait « imaginé » toute la scène.

Dora exigeait que son père rompe avec Mme K, ce qu’il se refusait à faire, présentant le récit de Dora comme une « fiction » et sa relation à Mme K comme une amitié : « Tachez de la remettre dans la bonne voie », demanda-t-il à Freud.

À ce point de la demande, Freud doit choisir : soit avaliser les accusations de l’entourage de Dora, soit « se faire sa propre opinion sur l’état véritable des choses ». Il opte pour la deuxième option et donne à Dora l’occasion de faire « entendre l’autre son de cloche ». Il la reçoit alors pour des entretiens réguliers. Loin « d’écarter la souffrance réelle » de Dora, il lui donne ce faisant les armes pour se défendre contre les accusations de son entourage. Les « causes occasionnelles n’étaient donc pas mentionnées » dans le premier entretien avec Freud. Ce sera le travail de l’analyse de relier les symptômes aux évènements antérieurs. Contrairement à ce que prétend Onfray, Freud a bien repéré le dégoût « sexuel » de Dora. C’était même le point de départ de son analyse. Voyons de quoi il s’ agissait.

Le travail up to date de Freud

Le travail de Freud montre de nombreux retours sur ses conceptions et ses théories. C’est un texte déjà très construit qui est sans cesse remanié. Ce dont il avertit le lecteur dans le préambule en évoquant les « corrections », les « amplifications » et les « mises à jour, up to date ».

C’est une interprétation ouverte des faits, dont le sens varie tout au long de l’article. Freud ne cache pas sa propre « mécompréhension » des questions soulevées par l’analyse. Toutes les significations possibles de ces deux rêves sont envisagées. Aussi bien les significations des faits et des souvenirs que celles des fantasmes possibles dans ces rêves.

Le champ de l’interprétation est alors ouvert par les entretiens entre Freud et Dora. Elle peut dénoncer la tentative de séduction de M. K quatre ans plus tôt, où il a tenté de l’embrasser en la serrant contre lui. Freud ne la contredit pas, il ne la réprime pas, il ne l’accuse pas, il ne lui « tord pas le cou ». Il l’invite à tout lui dire et à associer librement. Ce qu’elle dit alors se rapporte à son père dont elle se plaint.

Freud lui donne raison à trois reprises : son récit « correspond absolument à la vérité » insiste-t-il. Il désapprouve l’idée que son père la traite comme une enfant qui ne connaîtrait rien au sexe alors que ce dernier l’accuse dans le même mouvement de fantasmer. Il reproche au père de Dora de ne pas avoir su reconnaître le comportement séducteur de M. K envers elle. Freud n’est pas allé dans le sens du père de Dora qui s’est d’ailleurs détourné de cette cure. Le fait que M. K et Mme K soient dans leur tort est posé clairement : Freud se range du côté de Dora.

L’après-coup de l’inconscient

Par les rêves, l’inconscient permet un retour en arrière et une relecture des faits. Il interdit une thèse a priori sur les faits qui amènent Dora à Freud, comme ses parents voudraient l’imposer. Il oblige Freud à changer ses vues et rend la source méconnaissable et secrète. L’inconscient crée une division chez Dora et lui permet un choix. Chacun des deux rêves indiquent une « décision », de sa part.

Ce dispositif « fonctionne » à deux. Il comprend Freud et Dora, pas Freud seul. Le cas « procède » des deux et non d’un seul. Freud offre ses hypothèses, Dora offre ses rêves, elle consent à l’entretien, elle vient et elle s’y prête. Dora y intervient par ses remarques et ses réflexions.

Dora revient voir Freud et le remercie en l’informant de sa situation quinze mois après la fin de la rédaction de l’article. La cure a ouvert une porte à Dora, elle lui a permis de se venger de son père : celui-ci a quitté sa maîtresse. Dora a au moins pu « résoudre le conflit existant » l’opposant aux accusations de son père et de Mme K. Il a ouvert la voie à son destin de femme.

Loin de prétendre à la guérison systématique de ses patients, Freud montre au contraire, et il le reconnaît publiquement, à quel point cette cure était inachevée. Il fournit bel et bien « le détail et les raisons d’un ratage ». Son article est bien publié, mais, le détour par l’inconscient a rendu l’identification de Dora impossible et donc maintenu le secret sur son identité. Celle-ci n’a d’ailleurs été découverte que dix-huit ans après, lors d’une rechute traitée par Félix Deutsch en 1923. C’est l’occasion pour Freud de faire acte de lacunes de sa pensée en soulignant, toutes ces années après, ce que la psychanalyse a pu découvrir entre deux : le transfert (grâce à Dora en somme) et le fait que la cure n’a pas permis d’établir « une barrière de défense contre des état morbides antérieurs ». Elle déclarera, à la fin de sa vie en 1955, sa fierté de faire l’objet de cet article, quand elle rencontre Félix Deutsch : elle « manifestait une immense fierté d’avoir fait l’objet d’un écrit aussi célèbre dans la littérature psychiatrique ».

Le champ du rêve est le lieu de la bataille de la pensée, duquel le sujet sort armé pour suivre sa propre voie. Loin d’avoir méprisé Dora, de lui avoir « tordu le cou », Freud s’en est fait le porte-parole. Obnubilé par ses cartes postales, Michel Onfray ne sait pas voir tout cela !

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– Michel Onfray, Le crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne, Grasset, 2010, chapitre IV, « Une abondance de guérison de papier », quatrième partie, « Thaumaturgie. Les ressorts du divan », pages 411 à 437. « Carte postale n°4 : la psychanalyse procède d’observations cliniques : elle relève de la science », p. 29. Une recension détaillée de la polémique lancée par Michel Onfray contre Freud figure sur le site : « Onfray martèle Freud » : http://efleury.fr/OnfraymarteleFreud/

-Freud S., Cinq psychanalyses, (1905), Paris, PUF, 1954, traduction par M. Bonaparte et R. M. Loewenstein, p. 13

- Deutsch F., « Apostille au fragment d’une analyse hystérique (Dora) », 1957, RFP, XXXVII, janvier-avril 1973, p. 407-414.



« Pourquoi tant de haine ? »

La réponse de quelques uns aux affabulations mensongères de Michel Onfray

Pierre Delion, professeur de psychiatrie à Lille, Christian Godin, philosophe, Roland Gori, professeur de psychiatrie, Frédéric Lelièvre, philosophe, Guillaume Mazeau, historien, et Elisabeth Roudinesco, historienne, publient aujourd’hui une réponse à Michel Onfray et ses affabulations sur Freud.

« Nul ne peut tuer en abstentia, ni en effigie », c’est-à-dire que dans le débat des idées, vouloir tuer un cadavre comme celui de Freud est une absurdité. Cela fait de Michel Onfray une sorte de croque mort qui s’intéresse aux antiquités de l’histoire, du genre de la petite statuette d’un bureau de Vienne au début du siècle (et non pas la pensée en oeuvre dans un texte).

D’autant plus surprenante que l’auteur de cette entreprise est philosophe. Mais, de nombreux philosophes se sont déjà levés contre Onfray pour dénoncer les fautes de son raisonnement dans cette discipline. Par exemple Frédéric Bisson en septembre 2009, avant la sortie du livre de Onfray et qui dénonce le gouffre qui oppose la méthode d’Onfray de la généalogie de Nietzsche : cliquer sur ce lien

J’ai recensé l’essentiel des commentaires de la polémique sur le site OnfraymarteleFreud : cliquer sur ce lien

Il devient évident que le propos de Michel Onfray est révisionniste et mensonger.


Freud sur votre lecteur…

J’ai fait une trouvaille sur internet : vous pouvez lire Sigmund Freud sur votre lecteur, en accès libre, ad libitum….

Bonne lecture !

Le mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient

Malaise dans la civilisation

Psychopathologie de la vie quotidienne

Cinq leçons sur la psychanalyse


Onfray martèle Freud : les références internet de la polémique

Pourquoi avoir constitué un site voué à recueillir les références disponibles sur la polémique Onfray ?

(Se rendre à : OnfraymarteleFreud)

D’abord, au cours du mois de janvier, je remarque l’annonce par le magazine philosophie magazine d’un débat entre Jacques-Alain Miller et Michel Onfray. Je ne fais pas trop attention, je ne vais pas y voir… Une amie et collègue m’en parle. Elle est désolée, dépitée et déçue par Onfray que, jusque là, elle appréciait.

J’essaie de voir cette vidéo, ce qui n’était pas si facile. Il y avait bien les extraits du magazine, mais l’entretien intégral n’était pas disponible. Grâce à Dakone (http://dakone.unblog.fr), il était quand même possible d’y accéder. Je n’ai pas trop compris l’enjeu. J’ai bien noté « l’histoire antiquaire », mais il m’a fallut le temps de comprendre pour voir la référence à Nieztsche.

Puis, Geneviève Morel (http://www.aleph.asso.fr/offres/gestion/actus_73_6721-1/genevieve-morel-commentaires-en-avant-premiere-du-livre-de-michel-onfray-contre-freud-sur-une-emission-tele.html) me fait parvenir son article sur l’émission de télévision « Vous aurez le dernier mot ». Écoutant l’émission, je suis littéralement ulcéré par les propos de Michel Onfray !

Je découvre alors l’article d’Elisabeth Roudinesco, et les prises de position de Michel Onfray dans son blog.

Diantre !

Quelle fougue !

Lire la suite en suivant ce lien: OnfraymarteleFreud


"Le pamphlet contre S. Freud et la psychanalyse, une nouvelle imposture !"

Attention : j’ai reçu ce communiqué par mail car je suis abonné à la liste de diffusion du Collectif des 39 et que j’ai signé sa pétition, mais, à ma grande surprise, je ne parviens par à retrouver ce communiqué sur le site de la nuit sécuritaire….. Qu’en penser ? Doute, perplexité…..

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Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire
Communiqué

En tant que soignants (psychiatres, éducateurs, psychologues, infirmiers…), certains, psychanalystes, d’autres non, mais tous engagés dans un mouvement contre une psychiatrie sécuritaire, normative et hygiéniste, nous ne pouvons que nous insurger contre le propos récent de Michel Onfray.
Pierre Delion, qui fait partie des fondateurs de notre mouvement a su dire tout ce que nous devons à la fondation freudienne pour l’invention d’une pratique de psychothérapie institutionnelle, forgée dans la résistance au nazisme et à l’indifférence devant les 40000 malades mentaux morts de faim et d’abandon.
Ce qui compte pour nous c’est une politique de la folie et une éthique fondée sur une mise en acte d’un inconscient qu’il faut bien appeler freudien, ainsi qu’une méthode qu’il s’agit de réinventer sans cesse à partir d’une écoute et d’une « pratique de la folie » soutenant des soins psychiques relationnels.
A rebours de toute idolâtrie comme de tout dévoiement de la psychanalyse, la transmission d’une pratique de la psychiatrie en prise avec l’inconscient ne peut être qu’une refondation permanente d’un savoir clinique qui laisse aussi sa place aux savoirs, trouvailles et inventions de la psychose.
La pratique nous permet de vérifier chaque jour la pertinence d’une approche soignante qui accueille le délire comme tentative de guérison, et donne la possibilité au patient de s’ouvrir au monde en le reconstruisant.
Il est assez scandaleux que les attaques que nous subissons depuis ces vingt dernières années de la part des tenants de l’économie néolibérale, et qui visent à éradiquer la subversion d’un accueil de la parole folle, trouvent aujourd’hui un relais de la part de quelqu’un qui se prétend de notre bord et se présente sous le jour d’une posture pseudolibertaire. Se dévoile ainsi un discours prétendument démystificateur qui fait le jeu de la marée montante de tous les courants obscurantistes visant à faire taire le sujet, à le formater ou à l’enfermer.
Il nous semble donc essentiel de soutenir le socle fondateur de nos pratiques contre une prétention nihiliste à dire n’importe quoi au mépris de toute vérité historique. Cette imposture qui est un trait de notre époque est la même qui empêche la transmission et rejette notre engagement pour une psychiatrie orientée par l’hospitalité pour la folie.

Le 30 avril 2010,
Le collectif des 39

www.collectifpsychiatrie.fr


Pourquoi B. Maris et G. Dostaler ne lisent-ils pas Lacan ? Pourtant, ils en profiteraient…

B. Maris et G. Dostaler affirment que la notion de « pulsion de mort » freudienne peut rendre compte de la tendance morbide des banquiers à  » croire  » en l’existence irrationnelle de la stabilité du marché de la finance. Ce marché se régulerait tout seul, selon nos chers financiers. Cette couteuse croyance, nos auteurs de « Capitalisme et pulsion de mort  » la rapprochent de la notion freudienne de  » pulsion de mort  » comme JP Tuqoi le rapporte dans sa critique du monde.

Loin d’avoir toujours bien compris ce que Freud a voulu expliquer par sa notion de  » pulsion de mort « , je ne voudrais pas prétendre en épuiser les significations possibles. Il parait en effet très juste, très à propos, d’interroger Freud à ce sujet. Freud n’a-t-il pas révolutionné l’approche de l’obsession pour la sortir du marasme psychologisant de Janet dans lequel plongent naivement nos comportementalistes contemporrains ?

Mais, justement, Lacan a su prolonger la pensée freudienne sur ce point et ce qu’il nous en a expliqué donne un peu de clarté en ce domaine. Souvent, Lacan me permet de croire un peu mieux comprendre l’enseignement freudien.

 » Pulsion de mort  » ?

Voyez le séminaire sur la  » lettre volée  » dans les écrits de Lacan !

« Tu crois agir quand je t’agite au gré des liens dont je noue tes désirs. Ainsi ceux-ci croissent-ils en forces et se multiplient-ils en objets qui te ramènent au morcellement de ton enfance déchirée. Eh bien, c’est là ce qui sera ton festin jusqu’au retour de l’invité de pierre, que je serai pour toi puisque tu m’évoques » (Lacan cite E. Poe).

Avec Lacan,  l’argent, en tant que système symbolique, en tant que système de signes, une longue série de plus et de moins qui s’ajoutent ou se retranchent les uns aux autres, a une vie autonome et indépendante de nos subjectivités. Et pourtant, la  » vie  » de l’argent pèse largement sur nos vies de tous les jours. D’une façon mortelle….

Lacan n’aurait peut-être pas dénié cette image du film Matrix dans laquelle nous pouvons voir le fonctionnement réel du système informatique de la matrice capable de fabriquer et d’alimenter des pépinières de nouveaux nés humains….

Lors de la récente crise financière mondiale, n’a-t-on pas décrié ces mathématiciens des banques, apprentis sorciers des placements virtuels aux effets bien réels sur les retraites de millions d’êtres humains ?

Alors, B. Maris et G. Dostaler semblent prendre la bonne voie quand ils se penchent sur Freud pour mieux interroger l’actualité financière.

Encore un effort et ils pourront en savoir un peu plus avec Lacan !


« Capitalisme et pulsion de mort », de Gilles Dostaler et Bernard Maris : les banquiers sur le divan de Freud

Critique dans Le Monde par JP Tuquoi, le 02.02.09

ccusé d’avoir dérégulé à tout-va pendant dix-huit ans et d’avoir laissé la bride sur le cou aux banquiers, l’ex-président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, auditionné il y a quelques semaines par le Congrès à propos de la crise financière, eut cette phrase étonnante. Sa principale erreur, avoua le banquier des banquiers, a été de « croire que le sens des banquiers de leur propre intérêt était la meilleure protection ».

A quoi obéissent donc les banquiers et, au-delà, les différents acteurs du capitalisme, si ce n’est à leur intérêt ? Sigmund Freud (1856-1939) avait sa réponse : à une « pulsion de mort », écrit-il dans Au-delà du principe de plaisir (1920). A un amour irrationnel de l’argent, répond l’économiste John Maynard Keynes (1883-1946) dans plusieurs de ses écrits.

Les deux explications semblent divergentes. En réalité, elles se rejoignent, et c’est le mérite de Capitalisme et pulsion de mort, le livre érudit de l’économiste Bernard Maris et de l’historien Gilles Dostaler (spécialiste de Keynes), de rapprocher la pensée du père de la psychanalyse et celle de l’économiste britannique.

Freud est convaincu qu’au plus profond de l’individu se niche « l’humaine pulsion d’agression et d’auto-anéantissement ». Celle-ci couve en nous et affronte sans cesse la pulsion de vie qui pousse les individus à s’unir à d’autres pour « assurer la survie de l’espèce ».

Avec Keynes, on change d’angle de vue mais pour arriver, à partir d’autres outils, au même constat. La pulsion de mort, c’est l’amour de l’argent. S’il apaise notre inquiétude, l’argent est aussi « le problème moral de notre temps ». A travers la concurrence entre nations – ferment du capitalisme – ou entre classes sociales, l’argent, écrivent les auteurs du livre, nourrit une « guerre interminable » qui menace la survie de la nature autant que celle de l’homme. Et de citer cette phrase de Keynes : « Nous serions capables d’éteindre le soleil et les étoiles parce qu’ils ne rapportent aucun dividende. »

L’état actuel de la planète confirme, selon les auteurs, le diagnostic de Freud et de Keynes. La mondialisation, loin d’être pacifique, engendre des conflits armés entrevus par Freud lorsqu’il parlait du « narcissisme des petites différences ». Quant à la crise financière, elle est venue confirmer la place excessive prise par l’argent. Keynes souhaitait « l’euthanasie du rentier ». A l’heure où rebondit le débat sur une nouvelle répartition de la valeur ajoutée entre le travail et le capital, le thème redevient d’actualité. Il était temps.

Dostaler G., Maris B., Capitalisme et pulsion de mort, Paris, A. Michel