Freud entretient des soupçons sur la question génétique du suicide….

Le suicide est-il génétique ?

Pouvons-nous le recevoir en héritage de nos parents ?

Est-il possible de le transmettre à nos enfants ?

Freud s’est montré assez radical quand à cette hérédité des névroses. Il estime que la névrose peut en effet se « transmettre ». Mais, pas par les gènes !

Par identification !

Au début de sa réflexion, Freud pensait que la transmission de la névrose était réelle. Un parent la transmet à sa progéniture (son fils) qui, à son tour la refile à la génération suivante (un neveu). Freud écrit cela dans une lettre adressée à Fliess (Freud, lettre du 11 01 1897, Naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 1956, p. 164). Prenant la peine d’un petit schéma, il décrit la transmission d’une névrose sur trois générations, et retrace « l’hérédité » de la « dégénérescence » : on voit là « comment un névrose peut se transformer en psychose à la génération suivante ».

Dés 1896, Freud tente de clarifier sa position sur l’hérédité, dans son article : « L’Hérédité et l’étiologie des névroses » (Revue neurologique, volume 4 (6), Paris, 1896, p. 161 169).

A cette époque, Charcot attribue un rôle important à « l’hérédité nerveuse », dans l’étiologie des névroses, « les autres influences étiologiques ne devant aspirer qu’au nom d’agents provocateurs ». En particulier pour l’hystérie. En somme, pour les psys de l’époque (Charcot, Janet, etc…), c’était : les gènes d’abord, l’environnement après….

Mais, Freud entretient « quelques soupçons »… il n’est pas convaincu par l’hypothèse de la transmission génétique et « nerveuse » de la névrose.

Ses objections sont les suivantes :

– des affections jugée héréditaires ne sont pas neurologiques, mais dérivent d’altérations post-infectieuses

– on accepte des affections nerveuses de la famille sans en compter la fréquence et la gravité. Sans distinguer des transitions et des degrés de disposition. Sans voir qu’aucune famille n’y échappe tout à fait.

– On exclut les névroses acquises par principe et non pas sur la base d’études statistiques. Mais il existe des névroses acquises par des hommes non prédisposés.

– Même dans la syphilis ont a appris à reconnaître des influences dont la collaboration est indispensable que l’hérédité à elle seule ne saurait produire.

– La neurasthénie peut se produire chez « l’homme parfaitement sain de famille irréprochable » (…) si elle se bornait aux gens prédisposés, elle n’aurait jamais gagné l’importance et l’étendue que nous lui connaissons »

– Il faut distinguer l’hérédité « similaire » et « dissimilaire » : si la pathologie est strictement la même pour les deux parents, elle est « similaire ». Si les membres d’une famille ont des pathologies diverses, elle est « dissimilaire ». A côté d’eux et dans la même famille, il y a des membres qui restent sains. La théorie de l’hérédité ne dit pas pourquoi cette « personne supporte la même charge héréditaire sans y succomber ». Ni pourquoi une personne « aura choisi, parmi les affections qui constituent la grande famille névropathique, une telle affection nerveuse au lieu d’en avoir choisi une autre ». Donc, « il y a lieu de soupçonner l’existence d’autres influences étiologiques », sans cette étiologie spécifique, « l’hérédité n’aurait pu rien faire »

L’hérédité n’est donc pas le sésame qui donne toutes les explications possibles et définitives aux névroses. Il faut y rechercher « d’autres influences » que génétiques…. et que les gènes n’expliquent pas….

Freud met en avant «  l’irritation sexuelle précoce ». Elle est constitue « l’étiologie spécifique » des névroses. Freud estime que si elle vient à manquer, « l’hérédité nerveuse à elle seule ne peut pas produire les psychonévroses ».

Lacan adopte cette position freudienne. Il ne considère pas la génétique, « l’hérédité nerveuse », comme susceptible de provoquer les névroses. Il met en avant le rôle du surmoi et de l’identification :

« La névrose d’autopunition. Une première atypie se définit ainsi en raison du conflit qu’implique le complexe d’Œdipe spécialement dans les rapports du fils au père. La fécondité de ce conflit tient à la sélection psychologique qu’il assure en faisant de l’opposition de chaque génération à la précédente la condition dialectique même de la tradition du type paternaliste. Mais à toute rupture de cette tension, à une génération donnée, soit en raison de quelque débilité individuelle, soit par quelque excès de la domination paternelle, l’individu dont le moi fléchit recevra en outre le faix d’un surmoi excessif. On s’est livré à des considérations divergentes sur la notion d’un surmoi familial ; assurément elle répond à une intuition de la réalité. Pour nous, le renforcement pathogène du surmoi dans l’individu se fait en fonction double : et de la rigueur de la domination patriarcale, et de la forme tyrannique des interdictions qui resurgissent avec la structure matriarcale de toute stagnation dans les liens domestiques. Les idéaux religieux et leurs équivalents sociaux jouent ici facilement le rôle de véhicules de cette oppression psychologique, en tant qu’ils sont utilisés à des fins exclusivistes par le corps familial et réduits à signifier les exigences du nom ou de la race.

C’est dans ces conjonctures que se produisent les cas les plus frappants de ces névroses, qu’on appelle d’autopunition pour la prépondérance souvent univoque qu’y prend le mécanisme psychique de ce nom; ces névroses, qu’en raison de l’extension très générale de ce mécanisme, on différencierait mieux comme névroses de destinée, se manifestent par toute la gamme des conduites d’échec, d’inhibition, de déchéance, où les psychanalystes ont su reconnaître une intention inconsciente; l’expérience analytique suggère d’étendre toujours plus loin, et jusqu’à la détermination de maladies organiques, les effets de l’autopunition. Ils éclairent la reproduction de certains accidents vitaux plus ou moins graves au même âge où ils sont apparus chez un parent, certains virages de l’activité et du caractère, passé le cap d’échéances analogues, l’âge de la mort du père par exemple, et toutes sortes de comportements d’identification, y compris sans doute beaucoup de ces cas de suicide, qui posent un problème singulier d’hérédité psychologique ». Les complexes familiaux, article en ligne : https://frama.link/EZgXaLrR et commentaire de l’article.

Au total, la transmission fonctionne par le biais des « comportements d’identification ». Évidement, la position psychanalytique demande un peu d’effort et de lucidité ! Car, pour se rendre compte de ces mécanismes, il s’agit d’apprendre à repérer ces identifications…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *