Pris dans un accès de crise existentielle Frank Underwood 1 réquisitionne la cathédrale, ainsi que l’évêque qui s’y trouve, d’urgence, en pleine nuit. Après avoir posé ses questions métaphysiques sur la fonction d’un président des US à l’évêque, il demande à se recueillir seul devant le Christ. Après avoir vérifié que personne ne l’observe, Frank lui crache dessus !

Puis, le Jésus en plâtre lui tombe sur la figure !

La scène vaut le détour ! Cela m’a procuré cinq minutes d’un salutaire rigolade… Le comique étant bien sûr que, jamais, une icône ne peut vous répondre, encore moins quand vous l’insultez.

Lacan l’explique dans Le transfert, l’obsessionnel a besoin de blasphémer, ses fantasmes sont « sacrilèges » 2. En cela, il est plus « plus intelligent dans sa façon d’opérer » 3, il comprend que c’est du plâtre, tout ça. De son côté; Freud 4 l’avait précisé dans la Gradiva, cette place vide est celle du désir.

Dieu ? Un fake !

Franck l’affirme, c’est dans le titre, « House of card » : la maison de Dieu est un château de cartes, prêt à s’effondrer. Mais, les psychanalystes en disent un peu plus.

Ce truc en plâtre est l’élément central de la cathédrale, ce qui anime le discours de l’évêque sur son Dieu, ce autour de quoi l’église s’est construite…. Un objet assez spécial quand même !

Concrètement, littéralement, la figure adorée est vide. Donc, personne ne sait ce qu’elle contient. « Ils ne savent pas ce qu’ils font », dit Jésus.

« Ils ne savent pas ce qu’ils font, en adorant un Jésus en plâtre ! », ajouterait un psychanalyste… La vérité, c’est qu’il n’y a personne pour entendre les plaintes des hommes, même pas un Dieu. D’où l’ironie d’Underwood quand il sort de la cathédrale en ramassant l’oreille de plâtre : « au moins, j’ai son oreille ! « .

__________________________

1- (le héro de House of card US interprété par Kevin Spacey, saison 3, épisode 4)

2- Lacan J., Le transfert, le séminaire livre VIII, Paris, Seuil, 1991, p. 590-291 : chez l’obsessionnel, il existe «certains fantasmes sacrilèges où la figure du Christ, voire son phallus lui-même, se trouvent piétinés», « fantasmatisation appelée trop brièvement sacrilège ». La voie que choisit l’obsessionnel », c’est « frapper le phallus dans l’Autre », c’est un « rejet des signes » du désir de l’Autre.

3- Ibid, p. 289 4- Freud S. Le délire et les rêves dans la Gradiva de W. Jensen, Paris, Gallimard, 1983 p. 173-174 : « le graveur a choisi le cas exemplaire du refoulement dans la vie des saints et des pénitents. Un moine ascète s’est réfugié – sûrement pour fuir les tentations du monde – près de l’image du Sauveur crucifié. Alors, cette croix s’affaisse comme une ombre et, rayonnante, s’y substituant, s’élève à sa place l’image d’une femme nue aux formes épanouies, également dans la position du crucifiement. D’autres peintres, dont la pénétration psychologique était moindre, ont placé, dans les représentations analogues de la tentation, le péché insolant et triomphant quelque part à côté du Sauver sur la croix. Seul Rops lui, a fait prendre la place du Sauveur lui-même sur la croix; il parait avoir su que le refoulé, lors de son retour, surgit de l’instance refoulante elle-même… ».